PREMIERE REDACTION DE LA REGLE
ses règles que ce qui reçut leur pleine approbation. A la retraite générale qui suivit', lorsque les Frères de province se trouvèrent groupés avec ceux de Paris pour le renouvellement du vœu d'obéissance , l'humble supérieur voulut donner à la Règle la force de leur commun assentiment ; «( ils la reçurent avec respect et soumission, et en approuvèrent tous les articles en unité d'esprit et de cœur2. » Nous en ferons connaître les principaux traits, lorsque nous traiterons de la revision qui s'en fit à l'assemblée de 1717.
Le point qui préoccupa le plus M. de la Salle, en 1695, fut celui des récréations ;. Jusqu'alors elles n'avaient été l'objet d'aucune règle spéciale: chacun y parlait en toute liberté, sans gêne ni contrainte. Le vigilant supérieur s'aperçut qu'à la faveur de ce laisser-aller, de nombreux défauts se glissaient dans la conversation; il craignit que ce temps de relâche accordé au corps et à l'esprit ne devînt un péril pour la ferveur et le bon ordre de la communauté. Il est si aisé, en récréation, de blesser la charité ou la modestie, de troubler la paix par des contestations, de tomber dans l'ornière de la banalité ou de la trivialité î Ce fut pour obvier à ces inconvénients qu'il régla qu'aucun Frère ne prendrait la parole en récréation. sans avoir auparavant fait un léger salut au Frère directeur et en avoir obtenu la permission. Il interdit de parler des absents, sinon pour en dire du bien; aucun Frère ne parlera de sa famille, de son passé : on ne s'entretiendra jamais du peu de régularité des autres communauté:- . ni des nouvelles du monde. Les Frères se donneront une bonne tenue en pratiquant lis règles de la modestie : ils ne feront ni légèretés, ni badineries. ni gestes indécents; ils ne railleront ni ne contreferont personne; ils
1 D'après Maillefer, p. 129, cette réunion eu1 lieu ;'< la Trinité : ce doit être à la Trinité de 1695. — - Blain, |>. 340. — Cf. Maillefer, p. 132-133; Blain, p. 340-341.
ne parleront pas d'un ton trop élevé et ne riront pas aux éclats; ils ne se rendront pas fâcheux et incommodes aux autres, par un extérieur sombre et sauvage, par un silence affecté, ou par l'abus de la parole. Un recueil fut dressé <\v^ choses dont les Frères devaient s'entretenir pour rendre les récréations à la fois sanctifiantes et agréables1 .
1 )es règles si minutieuses, si elles étaient observées avec raideur, feraient de la récréation un exercice d'austère mortification; mais, gardées avec cette simplicité qu'inspire l'esprit de famille, elles ne nuisent point au vrai délassement.
La sollicitude de M. de la Salle pour les Frères le porta à composer d'autres écrits pour les guider, tant dans leurs fonctions de maîtres d'écoles que dans leur vie personnelle. Il réunit en un code intitulé : Conduite des écoles, les conseils qu'il avait jusque-là donnés aux maîtres, soit de vive voix, soit par écrit, pour la direction des elasses. Nous avons analysé plus haut cette excellente méthode de pédagogie. D'après Blain 2, c'est aussi à Vaugirard qu'il écrivit l'opuscule ayant pour titre : les Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne. Ce livre, destine aux enfants, n'était pas le premier qui parût en
genre; la Civilité puérile et honnête de Cordier avait été dans toutes les mains3. L'ouvrage de M. de la Salle,
Nous n'avons l'ail qu'analyser le chapitre \i de la Règle, concernant les récréations, — - Blain, t. I, p. 341. — 3 II es! intéressant de connaître 1rs traités de politesse qui onl précédé celui de M. <!r la Salle. Sous les Antonins, !<■ philosophe stoïcien Dionysien Caton écrivit un manuel de civilité sous le titre : Disticha de moribus ad filium; ce livre lui traduit en fiançais en 1548, et parut si. us le titre: les Quatre livres de Caton pour In doctrine de la jeunesse. En 1530, Erasmi avait publié a Bâle s,, h traité de civilité : De civililate morum puerilium; la traduction en Fui donnée en 1537. lui 1559 parurent deux nouveaux ouvrages : Invers, la Civilité puérile, de Jehan Louveau, et, à Taris, /.•/ Civilité puérile et honnesle, rlc Mathurin Cordier. C'est l'ouvrage de Cordier [ui obtint la faveur du public el eut de très nombreuses éditions, jusqu'à l'apparition «les Règles </< biensèanci de M. de la Salle. La Civilité de Cordier fut imprimée en caractères spéciaux imitant l'écriture cur-