OUVRAGES DE M. DE LA SALLE
plus parfait que tous ceux qui l'avaient précédé , constitua un remarquable traité de politesse. Il parle, dans une première partie, « de la modestie qu'on doit faire paraître dans le port et le maintien du corps; » dans la seconde, « de la bienséance dans les actions communes et ordinaires. » « Il a sçu y employer pour preuves des exemples tirés de la sainte Ecriture et des Pères de l'Église, et faire entrer, dans le détail des devoirs de civilité et de bienséance , la pratique de l'humilité chrétienne et les maximes de l'Evangile. Aussi faut-il avouer que, de tous les ouvrages du saint prêtre, celui-ci est le plus travaillé '. »
Pendant qu'il se livrait à l'organisation de l'Institut, M. de la Salle recourait souvent aux conseils de se> anciens maîtres. M. Tronson vivait encore; les jours de congé et durant les vacances, le supérieur des Frères pouvait le rencontrer à la maison de campagne d'Issy, un peu au delà de Yaugirard. Mais, durant l'année 1695, M. Tronson fut très absorbé par les affaires du quiétisme et par la discussion des articles d'Issy2. Aussi M. de la Salle s'adressait-il de préférence à M. Baûhin, supérieur
sive, afin de former les enfants à la Lecture des manuscrits : ces caractères italiques, toujours employés pour ce genre île livres, furent appelés caractères de civilité. M. île la Salle les adopta pour son livre. En 1(148 parut la Civile /toiuiestetc de Fleury Bourriquent, et, en l'iTl un Nouveau Traité de civilité d'Antoine Courtin. Le traité de M. de la Salle l'ut très fréquemment reproduit sous divers titres : les principales villes du royaume en publièrent chacune une édition particulière. Le Dictionnaire de pédagogie, auquel nous empruntons ces détails, s'approprie L'éloge qu'en a fait M. Defodon : « Excellent petit traite-, san> raideur, sans prétention, simple, naïf même, mais admirablement l'ai! pour ceux à qui il s'adresse, fondé, cela va sans dire, sur la religion, mais contenant aussi les meilleures leçons «le morale humaine. ■•
1 Bl.yin , t. II, p. 457. Nous ne pouvons que souscrire à ce témoignage. Les Règles de bienséance sont rédigées avec tant de tact, d'ordre et d'esprit chrétien, qu'elles méritent bien d'être encore aux mains des enfants. Voir l'ancienne édition, L736. Bibl. nat. Inv. H.. 10 848. — 2 Les conférences d'Issy se tinrent entre Bossuet, M-1 de Noailles évêque de Châlons, Paul Godet des Marais, évêque de Chartres M. Tronson: Fénelon y fut appelé à la fin.
du petit séminaire de Saint -Sulpice, avec lequel il était lié !'une si étroite et si sainte amitié. Depuis quelque temps il se confessait à M. Bauhin et le consultait dans toutes ses difficultés1.
La maison de campagne du petit séminaire était à Vaugirard, dans l'enclos où M. Olier avait fondé d'abord sa communauté, en décembre M» il ; le noviciat des Frères H en était distant que d'un quart d'heure. M. Baùhin se plaisait à visiter son sainl ami; s'il le trouvait engagé en quelque affaire, il se contentait de prendre de ses nouvelles; parfois il l'attendait en priant à genoux dans le jardin 2. M. de la Salle, de son côté, allait souvent prendre les avis de M. Bauhin. Sa présence, à la maison de campagne de Vaugirard, faisait toujours une vive impression sur les séminaristes; il était tellemenl pénétré de la pensée de Dieu, que son visage reflétait la vertu. « Quel est ce prêtre vénérable? demandaient les séminaristes; n'ester pas un sainl ? » M. Bauhin leur apprenait alors que « c'était un ancien chanoine de Reims qui avait tout quitté pour marcher sur les traces des Apôtres ». Et, tandis (pie parmi ses jeunes 'ecclésiastiques les uns louaient sa pauvreté et sa pénitence, les autres son recueillement et son humilité. M. Baùhin ajoutait qu'il admirait plus <pie tout le reste sa résignation sans réserve au bon plaisir de Dieu, car il savait son cher disciple disposé à voir (rnn œil tranquille le renversement de son œuvre, si la Providence l'ordonnait ainsi3.
Durant les vacances de 1695, les deux supérieurs se rencontrèrent avec leurs communautés, le jour de saint Lambert '. dans l'église paroissiale de Vaugirard. Ils
1 D'après i!i \i\. p. 329, M. de la Salle voyail sans cloute moins souvent M. Baud ranci, précédemment son directeur; il --'«''tait élevé entre eux quelques contestations, comme nous l'avons raconté plus haut. —
i'i un, p. 329. Il n'y avait pas encore de chapelle au noviciat de Vau-
I. — l'a UN, p. 330. — ' l.a fête de sainl Lambert, patron de
Vaugirard, >-,■ célèbre le 17 septembre.