LES VISITEURS DU NOVICIAT
montèrent successivement à l'autel : Unis deux y parurent comme des saints, donnant à tous les fidèles 1 impression de la foi et du recueillement. M. Baùhin était au bout de sa carrière; il mourut l'année suivante, à l'âge de cinquante-cinq ans, miné par la pénitence1. M. de la Salle devait vivre encore, pour consolider son œuvre au milieu des plus étranges contradictions.
Parmi les jeunes ecclésiastiques que la sainteté du fondateur des Frères avait frappés, nous devons mentionner Louis Marie Grignon de Monfort. Il était élève du petit séminaire de Saint-Sulpice et disciple de M. Baùhin' sous les originalités de son ardente nature , on découvrait déjà la piété du saint et le zèle de l'apôtre ; il sera un jour l'émule de Jean- Baptiste -.
La réputation du nouvel Institut attira de nombreux visiteurs au noviciat de Vaugirard. Des ecclésiastiques de grande vertu y venaient, les uns pour consulter M. de la Salle sur leurs affaires personnelles, les autres pour faire la retraite spirituelle sous sa direction a. M. Guiarl. ancien curé de Saint-Pierre de Laon, passa plus de quinze jours auprès de lui, après sa promotion au canonicat.] L'évêque de Chartres était l'un de ses plus assidus visiteurs. « Il recevait tous ceux qui se présentaient, sans distinction du mérite ou de la qualité. Il n'y en avait pas même pour la manière de vivre; chacun assistait à la table commune, et on servait à tous les mêmes mets qu'à la communauté l. »
Non loin du noviciat de Vaugirard vivait, très retiré du monde, un homme dont le nom avait fait grand bruit
1 Cf. Grandet, les Saints Prêtres français <lu XVIIe siècle, édit. Letourneau, I897. — - Louis-Marie Grignon de Montforl (1673-1716 étail originaire «lu diocèse de Rennes; il entra au petit séminaire de Saint-Sulpicé en 1693, et fui ordonné prêtre en 1700. Tout en se livrant aux missions dans l'ouesl de la France, il s'occupa des écoles de charité. Ces! à ce titre que les Frères de Saint-Gabriel Vendée se rattachenl à lui. — : Maillefer, |>. 129. — * Ibid., p. 128.
à la cour de Louis XIV : c'était le comte de Charmel1. La grâce de Dieu l'avait saisi au milieu des plaisirs de la cour, et il était allé prendre près de l'abbé de Rancé des leçons de prière et de pénitence*. Depuis 1()<S(>, il passait une partie de son temps à la Grande-Trappe, et le reste i Paris ou dans son château de Gharmel, près de Château-Thierry. Il demeurait si caché, même à Paris, qu'il n'avait pas appris l'arrivée des Frères à Vaugirard.Ce fut à Charmel qu'il commença à les connaître. Trois Frères, à peine sortis du noviciat, avaient été envoyés par M. de la Salle aux écoles de Champagne, et, en passant à Charmel, ils avaient demandé l'hospitalité chez le curé du lieu. Celui-ci, tort surpris de leur modestie et de leur piété, les présenta au châtelain. Le comte les reçut, les interrogea sur les fins et la vie de leur Institut, et demeura charmé de tout ce qu'on lui raconta : il voulut que sa maison devînt l'asile de tous les Frères qui traverseraient le pavs. Dès lors, il conçut le plus vif désir de connaître le fondateur, et, de retour à Paris, il se rendit à l'humble maison des Frères. Une amitié toute surnaturelle unit les deux: serviteurs de Dieu, et, dans plusieurs circonstances, le comte de Charmel donna des preuves sensibles de son estime et de son affection pour M. de la Salle : lorsque la chapelle du noviciat s'ouvrit, en l ()'.)". il l'enrichit d'un devant d'autel et d'une chasuble de grand prix
1 Saint-Simon parle de lui à plusieurs reprises. A.vani sa conversion: C'était un gentilhomme tout simple de Champagne, qui s'était introduil .1 la cour par le jeu, qui y gagna beaucoup el Longtemps, sans jamais ; « \ < > i i- été soupçonné le plus légèrement du monde. Il prêtait volontiers, mais avec choix, el il se lil beaucoup d'amis considérables. Mémoires, édition Hachette, 1886, t. V. p. 381.) Après sa conversion : <■ Il l'-mt maintenanl expliquer ce qu'il lui dans sa retraite. Ce lui un homme à cilice, à pointes de fer, a toutes >i>rtc- d'instruments de continuelle pénitence; jeûneur extrême, ri sobre d'ailleurs à l'excès quoique naturellement grand mangeur, et d'une dureté générale sur lui-même impitoyable. ■> (Mémoires, t. XIII. p. -2iï.\.) — - L'abbé de Rancé l 1626-4700) étail retiré à la Trappe depuis 1662. Cf. Chati m briand, Vie de Ban i , — Blain , t. I, p.