GAGNE SON PROCÈS
Malgré les soucis que lui donnait le gouvernement de son Institut, Jean-Baptiste ne perdait pas un instant de vue son œuvre capitale, les écoles de charité.
A peine eut-il organisé sa nouvelle maison, qu'il y ouvrit une classe pour les enfants pauvres1. Ce n'est pas que le quartier de la Grand'Maison . assez désert à cette époque, en exigeât la fondation. Mais M. de la Salle avait compris qu'à côté de son noviciat, vraie école normale d'instituteurs, il était bon d'avoir une classe qui servît aux jeunes maîtres d'école d'application.
L'année suivante, en 1699, M. de la Chétardye résolut d'ouvrir une nouvelle école près de la porte Saint- Michel, rue des Fossés -de -Monsieur -le -Prince. Jean -Baptiste, qui ne manquait pas alors de sujets, s'y prêta volontiers. Cette école devint, comme les autres, tellement nombreuse, qu'on fut obligé d'y préposer quatre Frères. Cependant elle ne subsista que peu d'années, parce que Les personnes qui s'étaient d'abord chargées de pourvoir aux dépenses pour l'entretenir vinrent à manquer2.
En même temps, les écoles déjà fondées ne faisaient que s'accroître; rue Saint-Placide, il fallut ajouter un cinquième Frère en 1698, c'est-à-dire dès l'année qui suivit sa création. Une statistique des œuvres charitables
1 Elle était ouverte avant le 1er décembre 1698. Simon de Doncoubt, t. III, p. 167. — - Simon de Doncourt, Iiemarqiies historiques, t. I, p. 58.
de Saint -Sulpice, datée du 1er décembre 1G98, nous apprend que les Frères instruisaient un millier de garçons pauvres dans quatorze classes : une à la rue de Vaugirard, cinq à la rue Princesse, cinq à la rue Saint- Placide, Irois à la rue du Bac, près du Pont- Royal1.
La gratuité, sans doute, al tirait les enfants pauvres dans ces écoles. Mais la parfaite tenue des classes était le plus sérieux motif qui portail les familles à diriger leurs enfant- de ce côté. Le supérieur des Frères avait tout prévu et tout réglé jusque dans les pins menus détails: chaque Frère possédait, manuscrites, les notes de pédagogie qu'il avait prises au noviciat et se faisait un scrupule de les appliquer fidèlement. A l'aide des documents contemporains, il nous est aisé de faire revivre ces anciennes écoles et de montrer qu'elles n'avaient rien à envier à nos institutions modernes-.
Le programme d'études comprenait le catéchisme ou doctrine chrétienne, la préparation aux sacrements, la lecture, l'écriture, le calcul, le dessin ou les principes d'architecture et de sculpture3. On occupait aussi les enfants à quelque travail convenable, selon leur sexe et leur aptitude, comme le tricot, la dentelle, la coulure, la tapisserie, etc., pour les mettre en étal de gagner leur vie et de se rendre utiles à la société s.
Au bienfaii de l'instruction on ajoutait, dans plusieurs écoles, dis aumônes considérables. On distribuait tons le- jours aux enfant- du potage à dîner, et aux plus nécessiteux du pain pour leur souper, sans compter les aumônes laites en cas de pressants besoins, surtout en cas de maladie .
Chacune des écoles ('lait visitée, Ions les huit ou dix jours, par des ecclésiastiques ou par des dames de charité, que M. de la Chétardye avait chargés de cette fonc-
1 Simon di Donxourt, Remarques historiques, t. III, |». Iii7. — - Ilml., t. III, p. 158 à 169. •' fbid., p. 168.— ; "in.-, un. Curés de S&int- Sulpice, \u>.. p. 124. -- ' Gosselin, ibid. Simon di Doncouht, ]>. 168.