‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 154 sur 320 · ATTAQUES DES MAITRES D'ÉCOLES · texte numérisé non relu

ATTAQUES DES MAITRES D'ÉCOLES

la violence dans l'école de la rue Saint -Placide, ils saisirent et jetèrent à la rue tous les meubles des classes et tous les objets à l'usage des maîtres et des écoliers. Jean- Baptiste survint pendant cette scène de vandalisme, et, contenant sa trop juste indignation, il dit avec calme à ses rivaux furieux : « Tenez, prenez-moi aussi. » Les maîtres, affectant à son égard un faux air de cordialité, lui répondirent : « Ce n'est point à vous, mais aux Frères que nous en voulons1. » Ils oubliaient qu'on ne pouvait frapper les Frères sans atteindre leur chef.

Ainsi dévastée, l'école de la rue Saint-Placide resta fermée durant trois mois. Les Frères, cités en justice, furent accusés de prendre une rétribution scolaire sur les enfants de familles aisées. Ce grief, s'il eût été prouvé, eût en effet amené la condamnation des Frères; car, en vertu de la transaction du 18 mai 1699 2, qui réglait définitivement la situation des écoles de charité , elles devaient être absolument gratuites.

Blessé dans ses droits de curé, M. de la Chétardye prit l'affaire en main et la poussa avec vigueur. Il fit un devoir à M. de la Salle de plaider lui-même devant les magistrats la cause des enfants pauvres 3. De son côté, il profita des entrées qu'il avait près de Mme de Maintenon , pour placer sous sa haute protection les intérêts de ses écoles gratuites. Mm6 de Maintenon connaissait les Frères ; elle avait pour directeur Godet des Marais, l'ami dévoué du fondateur. Cédant volontiers aux instances de M. de la Chétardye, elle écrivit, le 3 juillet 1699, au président de Ilarlay le billet suivant :

« Comme vous estes le protecteur des bonnes œuvres. monsieur, aussy bien que le chef du parlement, je ne crains pas de vous faire aujourd'hui une recommandation en faveur des escolles charitables de Saint- Sulpice. Il n y en eut jamais de plus utiles ni de plus désintéressées.

1 Blain, j». ;iG2. — 2 Archives nationales, !.. 716. — 3 Bi.ain, p. 362.

Gependanl les maistres niaistresses d'escolle les troublent quelquefois, et, quoique jusques icy ils aient perdu tous les procès qu'ils ont intentés, ils y reviennent souvent. Je vous conjure, monsieur, de procurer le repos de M. le curé de Saint -Sulpice, qui n'en désire que pour servir Dieu '. »

Le jour de la plaidoirie venu. M. de la Salle se présenta courageusemenl devant ses juges. Il sortait de maladie; la Providence, semblait-il , lui avait brusquement rendu la santé, pour qu'il lui Lui-même l'avocat de -<•- écoles. Son argumentation fut 1res simple, mais 1res serrée. Ses ennemis L'accusaient de recevoir des rétributions scolaires: il les mil au défi d'en faire la preuve, et s'engagea a souscrire lui-même a la sentence qui fermerait toutes Les école.- de Frères . si ses rivaux démontraient qu'elles n'étaient pas entièrement gratuites. Incapables de l'élever ce lier défi de la charité, les maîtres accusateurs si- retirèrent couverts de honte, el le magistral les condamna -.

Pendani les aimées qui suivirent. Les maîtres des petites école- de Paris n'inquiétèrent point les Frères. D'ailleurs la transaction [tassée, celte même année, avec le chantre de Noire-Dame, consacrait L'autorité dv> curés de Paiis sur leurs écoles charitables.

Plus lard, en ITDi.ils reviendront à la charge, Lorsque AI. de la Salle rencontrera dans les maîtres écrivains de nouveaux ennemis, plus puissants el plus détermines a le perdre. Il traversera alors une période douloureuse ou il verra l<>u> ses adversaires triompher.

1 Correspondance administrative <!<■ Louis XIV, 1. IV. p. 180, dans les Documents inédits sur l'histoire </-• France. — - Blain . p.

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