LETTRES VI' FRERE GABRIEL
lourdement sur lui, si le frère Gabriel, maître dans « une école du Pape », avait reçu dès lors la rétribution qu'il recevra plus lard. Deux choses préoccupent principalement M. de la Salle dans la correspondance de 1705 à 1709 : Pourra-t-il subvenir à tous les besoins <\u frère Gabriel? L'école ouverte n'excite-t-elle point la défiance et la jalousie? « J'ai de la consolation, dit-il, que vous ayez toujours bon nombre d'écoliers. Mais aucun Italien ne vous dit-il rien touchant la gratuité de voire école? Cela ne vous fait-il point connaître? Personne ne demande -t- il de payer1? »
Ce n'est que vers 1710 que le frère Gabriel est décidément dans une « école du Pape ». « J'ay bien de la joie, lui écrit M. de la Salle, que vous ayez présentement une école du Pape:- c'est ce à quoy j'aspirais'2. » Le supérieur ne parle -t -il pas comme si elle venait seulement d'être obtenue? C'est à la prière de l'évêque de Cavaillon qu'elle a été concédée : aussi M. de la Salle va-t-il envoyer le frère Ponce pour lui en témoigner sa reconnaissance3. Dès lors, le frère Gabriel reçoit du Pape une pistole par mois ; les armes du Pape sont au-dessus de la porte de son école4. M. de la Salle ne craint plus de lui écrire directement; il se contente d'agrémenter son nom de la désinence italienne. Désormais il a des vues presque ambitieuses , car il souhaite de diriger les six écoles du Pape, à Rome. « Mandez-moi exactement, dit-il, comment vont vos affaires ; le Pape ayant six écoles dans Rome, il serait bien à souhaiter qu'elles fussent toutes entre les mains et sous la conduite de nos Frères5. » A partir de 1610, il n'écrit point au frère Gabriel sans promettre incessamment un aide.
L'école que l'évêque de Cavaillon avait obtenue de Clément XI était située rue de la Purification, près delà
1 Lettres, a° 7::, du 2ti novembre 1706. — - Lettres, h° 64, du 26 février 1710. — 3 Ibid. — • Lettres, n<< 49, du 12 mai 1710. — 5 Lettres, n 54, du 2i août 1711.
place Barberini. Le frère Gabriel la tint seul pendant plusieurs années encore. La tentative que fit en 1713 le sainl fondateur pour la visiter et lui conduire un compagnon ne put aboutir. Du moins, le fidèle disciple eut jusqu'au bout l'estime et l'affection de son père. A la lin «le l'année 17l(*>, il en recevait ce mot si plein de cœur : « J'ay été bien consolé de votre dernière, et la continuation de votre affection et de votre bon cœur m'a t'ait bien du plaisir. Faites-nous sçavoir. je vous prie, coin nient vont vos affaires... ,1e vous asseure que j'ay bien de la tendresse et de l'affection pour vous, et que je prie souvent Dieu pour vous'. »
Le frère Gabriel ne quitta Home qu'en I72K. lorsque les infirmités d'une vieillesse précoce, causées par des privai ions de tout genre, l'eurent mis hors d'état de travailler. Il avait eu la joie de concourir à l'obtention îles Bulles, qui furent délivrées le 7 février 172i. Quant à l'œuvre «les écoles, il lavai! soutenue si dignement, que. dès le mois de janvier 1730, un décret du Pape permetlai I aux Frères de tenir de nouvelles écoles et assignait une pension annuelle de trente-six éeus à chaque Frère de quartier8.
De retour en France, le frère Gabriel, Agé de soixantecinq ans. lit sa profession solennelle à Avignon entre les mains du frère Timolhée, supérieur général. Il mourut «•ii 173.'!. dans la communauté d'Auxonne, au diocèse de Besançon. Ame droite, honnête, simple mais courageuse. poussant la fidélité- jusqu'à l'héroïsme, le frère Gabriel Drolin a laissé une mémoire justement honorée et bénie dans l'Institut.
1 Lettres, n° 58, du '■'< décembre l~l«>. — *: Historique de la première maison <!<■* Frères des Ecoles chrétiennes à Rome, ms., Archives des J 'rères.