L'AFFECTION DES FRÈRES LE MAINTIENT DANS LA CHARGE DE SUPÉRIEUR
Durant les quatre années de paix que la Providence venait de ménager à son Institut, M. de la Salle avait affermi et multiplié ses œuvres. Une l'ois l'élan donné, il ne lui restait, semble- t-il , qu'à diriger la marche de ses entreprises.
Mais Dieu, qui fonde sur la croix et cimente de larmes les constructions qu'il veul rendre solides, ramena bientôt Jean-Baptiste à la souffrance et à la persécution. Depuis la tempête qui se déchaîna contre lui vers la fin de 17(12 jusqu'au dernier coup dont il fut frappé à son lit de mort. il n'eut pas un instant de repos. L'épreuve, d'ailleurs, fut d'autant plus humiliante et plus douloureuse, qu'elle lui vint presque toujours d'adversaires connus pour leur
droiture d'intention et renommés pour leur zèle. Dieu permit qu'il en fût ainsi, pour mieux faire éclater à tous les regards l'héroïque sainteté de son serviteur.
Les premières difficultés naquirent d'un différend avec M. de la Chétardye 1.
Le curé de Saint- Sulpice, homme d'une solide piété. austère et dur à lui-même2, n'approuvait pas la sévérité des règles de l'Institut. Les mortifications en honneur dans celle fervente communauté lui paraissaient outrées ; li des maîtres chargés du lourd fardeau des écoles, une vie plus douce lui semblait nécessaire, ('elle impression ne lui était pas absolument personnelle ; car. vers la même époque, l'évêque de Chartres, nous l'avons vu, la ressentait et s'en ouvrait à son ami M. de la Salle. A plusieur- reprises, M. de la Chétardye recul les plaintes de certains novices mécontents, et il jugeait le supérieur dc> Frères trop peu indulgent à la faiblesse humaine, et trop rigoureux dans le châtiment des plus légères fautes'.
Il se croyait en droit de faire des remarques à M. de la Salle cl d'exiger de lui des adoucissements. Personne, en effet, ne portait plus d'intérêl que lui à la communauté des Frère-. Jusque-là, il les avait nourris et protégés : leur maison mère était sur sa paroisse : depuis la transaction passée le 18 mai 1699 entre les curés de Paris et le chantre de Notre-Dame, il avait toute juridiction sur les mai 1res de ses écoles de charité.
Dans ces conjonctures, M. de la Salle montra bien. a Paris comme à- "Chartres, que la fermeté du caractère ne le cédait pas. en lui. à l'humilité des sentiments. Autant d se faisait petit cl déférent dans les choses permises, autant il se mollirait courageux pour défendre son Institut. Empressé de faire droit à toutes les ohser-
1 M. de la Chétardye, s'il n'es! pas nommé dans Blain el dans Maili.efer, j csl du moins clairemenl désigné. Dans la lettre du curé de Villers, il esl expressément nommé.- - -' Ces) ainsi que Blain le représente ;'i plusieurs reprises , t. I, p. 400 el suiv. — :' Mau i i i eh . p. 161 .