ENQUETE A LA GRAND'MAISON
Ce rapport, rédigé avec art, rendait M. de la Salle responsable des violences exercées par le maître des novices et par le directeur de la rue Princesse. « On ne manqua pas, dit Maillefer1, d'appuyer sur lous les chefs d'accusation (.4 de reproches qui y étaient énoncés, pour leur donner un air de vraisemblance; on insista principalement sur la division qu'on prétendait qui régnait entre les Frères, sur leurdégoust, sur l'incapacité de M. de la Salle à maintenir le bon ordre et la paix entre eux; on concluait enfin à ce qu'il leur fût choisi un autre supérieur, qui pût remettre le calme et la tranquillité, pour prévenir la ruine totale de cet établissement. » ("était donc pour mieux conserver l'œuvre de M. de la Salle que l'auteur de ce réquisitoire prétendait la lui arracher.
Une dénonciation si catégorique produisit sur le cardinal de Noailles un premier sentiment de surprise. Depuis longtemps il connaissait M. de la Salle; il avait la plus haute idée de son mérite et de ses talents; il le savait tort habile et très paternel dans le gouvernement de sa communauté ; lors de la visite qu'il avait faite à la Grand'- Maison avec le roi d'Angleterre, il avait admiré la piété des bières et le bon ordre de leurs classes. Il eût rejeté comme une odieuse calomnie l'acte d'accusation, si le puissant crédit du curé de Saint-Sulpice ne lui en avait, imposé. Mais pouvait-il ne pas prendre en considération un rapport présenté par un homme aussi éclairé et aussi dévoué aux Frères que Tétait M. de la Chétardye? Il prit le sage parti de suspendre son jugement, et il promit qu'une enquête serait ouverte pour vérifier les faits allégués. M. Pirot, son vicaire général, fut en effet désigné par lui pour informer.
M. Pirot, prêtre vénérable, âgé de soixante et onze ans, était un docteur de Sorbonne fort estimé; il était
intentionnée que lui. L'obscurité calculée de Blain ri de Maillefer, qui, Ipus deux, mil voulu taire les noms, nous permet ces suppositions. 1 Maillefer, \>. 161-162.
lie'- d'une étroite affection avec M. de la Chélardye. Il s'acquitta avec autant de promptitude que de prudence de la délicate mission d'enquêteur. Dans une visite qu'il iit à la Grand'Maison * , au mois de novembre 1702, il vit tous les Frères, leur lit promettre la plus entière discrétion, et les interrogea un à un sur l'état moral de la communauté. Les Frères, habitués par leur supérieur à une grande ouverture dame, parlèrent sans déguisement , de sorte que M. Pirot put se rendre un compte exact de l'état de l'Institut. Il s'assura que trois novices avaient été durement traités; mais, à part les plaintes formulées par les trois mécontents, toutes les accusations du Mémoire parurent sans fondement. Au lieu de la discorde, de l'indiscipline et du dégoût, il vit avec édification la paix. Tordre et la joie régner dans la maison.
La présence de M. de la Salle, loin d'entraver la mission de M. Pirot, ne put qu'en faciliter l'exécution. Le supérieur des Frères était, en effet, de retour: mais il n'était au courant de rien de ce qui s'était passé durant son absence. Aussi discret que confiant dans la Providence, il ne demanda point au vicaire gênerai l'objet de sa visite; il ne s'inquiéta point de ces interrogatoires, qui eussent alarmé une aine moins paisible que la sienne; il ne vit, dans la démarche de M. Pirot, qu'une preuve uouvelle de l'intérêt tout paternel que lui portait l'arclie- \ êque de Paris.
C'esl pourquoi, quelques jours plus tard, il se lit un devoir d'aller en témoigner sa reconnaissance au cardinal de Noailles. Celui-ci le reçut avec sa bonté accoutumée: m, h-, après les premières paroles d'affection, il lui lit la déclaration suivante : « Monsieur, vous n'êtes plu- supérieur; j ai pourvu n olre communauté d'un autre*. Cette parole inattendue, quoique prononcée avec douceur et
1 D'après Maii lefer el ta lettre 'lu curé tic Villers, l'enquête ne dura qu'une visite; nous croyons que Bi un s'esl trompé en admettanl plusieurs visites. — -' Blain, l . ! . p. 410.