‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 167 sur 320 · M. DE LA SALLE EST DEPOSE · texte numérisé non relu

M. DE LA SALLE EST DEPOSE

politesse1, eût été un coup de foudre pour une àme moins forte. Ce serait ignorer la nature humaine que de prétendre que notre Sainl ne sentit pas l'affront. Mais si la nature n'était pas morte en lui, du moins elle était domptée. Aussi baissa-t-il la tête sous l'arrêt qui le frappait ; il ne se plaignit point; il ne demanda aucun éclaircissement; il n'essaya aucune justification de sa conduite; il ressentit plutôt la joie de la délivrance. Depuis seize ans, en effet, il faisait d'inutiles efforts pour se décharger de la supériorité : la Providence venait de servir, par l'autorité légitime, les aspirations de son humilité. Rien ne montre mieux la paix de son âme que le silence absolu qu'il sut garder; car il ne s'ouvrit à personne du coup qu'il avait reçu, et il reparut parmi ses Frères calme et confiant comme par le passé. Jésus-Christ fut son seul confident, et. s'il lui en. parla dans l'oraison, ce fut pour le conjurer de confirmer la sentence.

Le jugement de l'archevêque prouvait que le rapport de M. Pirot avait été défavorable à M. de la Salle. Des influences secrètes avaient sans doute aussi pesé sur la décision. Mais l'arrêt de déposition, déjà connu du Sainl. devait être signifié à la communauté ; le nouveau supérieur devait être présenté aux Frères. M. Pirot fut chargé de cette nouvelle mission, et se présenta pour la remplir le premier dimanche de l'Avent.

Nous laisserons ici la parole à Charles de la Grange, curé de Villiers-le-Bel, ami de notre Saint, qui écrivit. quelques semaines après, une relation détaillée des événements qui nous occupent. Ce précieux document , adressé a M. Cuiart. curé de Saint-Pierre de Laon , mérite d'être intégralement cité-.

1 Blain, p. 410. — 2 L'authenticité de cette lettre n'est pas douteuse. Non- l.i trouvons citée en grande partie dans Blain, p. 418, et dans Maillefer, p. 169. Au procès apostolique de Paris, on la trouve entièrement transcrite; mais elle n'avail pas encore été livrée au public «lans son intégrité. Les Frères de Laon, alarmés des événements de Paris, avaient prié leur protecteur, M. Guiart, de prendre des infor-

Je n'ay pas été moins touché, 113" moins surpris que vous, mon très cher monsieur, des nouvelles que vous m'avez appris de M. de la Salle. Comme je ne l'honore et ne l'estime pas moins que vous, j'ay pris et prends toute la pari qu'on peut à la peine qu'on luy a fait. Je me suis donné l'honneur de l'aller voir; on ne peut estre plus édiffié que je le fus de sa contenance de sa fermeté, de sa résignation parfaite et de son abandon entier à la Providence. Je ne vous apprends rien de nouveau en vous parlant de ses éminentes vertus; ce n'est pas d'aujourd'huy que vous connaisse/, son rare mérite.

« J'ay veùe Monseigneur le Cardinal et M. Paulet, et j'espère qu'avec le temps Monseigneur le Cardinal reviendra des impressions qu'on luy a donné contre M. de la Salle. Il n'y a rien du quiétisme1. On l'accuse seulement d'être trop austère envers ses Frères, d'exercer des pénitences trop rigoureuses, el d'y être trop attaché. On voudrait le faire passer dans l'esprit de Monseigneur le Cardinal pour un homme peu capable de conduire, et surtout pour un homme extraordinairement arretté à son sens, qui ne se conduit, eà ses frères, que par son propre esprit.

« Son grand crime . à ce (pie j'ay pu découvrir, vient de ne pas se conduire selon l'esprit de M. le curé de Sainl- Sulpice ; il (celui-ci) voudrait entrer dans la régie et la conduitte intérieure de ses Frères, et c'est ce que, jusqu'à présent, M. de la Salle lui a refusé. Je ne sçay que trop quelle sera la suitte de cette affaire.. . C'est la principale partie de M. de la Salle, et. s'il était d'accord avec monsieur le curé, il aurait bon marché de l'archevêché.

« Deux ou trois novices sont sortis de chez M. de la Salle et se sont plains lies mauvais Iraileinens qu'ils y ont receus. M. de Saint -Sulpice a grossi leurs plaintes, a fait des perquisitions nouvelles, en a dressé un mémoire, et l'a prémations à source bien sûre. La réponse du curé de Villiers-le Bel montre que] soin II avail mis à se bien renseigner. La copie que aoua reproduisons doil être du temps: elle es! conservée aux archives des I r< res.

1 Ceci prouve qu'on avait craint à Laon qu'il n'eût été impliqué dans L'affaire «lu quiétisme.

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