II- ÉCOLES DE TROYES ET D IVIGNON. — ENTREE DU FRERE BARTHELEMY
Dieu se plut à féconder les épreuves de son serviteur. Pendant qu'à Paris on semblait rejeter le fondateur des Frères, en province on faisait appel à son dévouement; et M. de la Salle, dans le temps même de ses plus fâcheux démêlés, gardait assez de calme pour traiter de nouvelles fondations.
Celle de Troyes remonte à l'année 1701. Une pieuse dame. Madeleine de Galmet. veuve de Gilles de Launav. avait laissé une rente de deux cents livres pour établir sur la paroisse de Saint-Nizier une école de charité. Sans doute la ville de Troyes ne manquait pas de petites écoles1. Mais, là comme dans d'autres villes, les enfants pauvres étaient délaissés, faute de ressources pour la rétribution scolaire. M. Le Bé . curé de Saint-Nizier, étant en possession de cette rente, s'adressa naturellement à des maîtres qui faisaient profession de tenir gratuitement les écoles. Dans un voyage qu'il lit à Pari-, il pria M. de la Salle de lui donner des Frères, et le contrat fut en effet signé le i février 170J -.
Mais la rente de deux cents livre- ayant été partagée entre une école de garçons et une école de fdles. M. de la Salle n'envoya d'abord qu'un seul maître. Peut-être ce maître fut-il un laïque du séminaire de Saint-Hippo- Ivte: car nous savons que le serviteur de Dieu se faisail
\ki;k. l'Enseignement secondaire, à Troyes du moyen âge à h< lution, — - Ce contrai l'ut passé devani Lange el son confrère, notaires à Paris, La mention en est faite expressémeni dans le contrat, [e 13 aoûl 1703.
une loi de ne jamais accorder un Frère seul. Quoi qu'il en soit, 1 école charitable eut un plein succès, et les enfants y accoururent en si grand nombre, qu'il fallut bientôt songer à un second maître. Le 13 août 1703, « le sieur et la demoiselle Bouillerot, voulant contribuer à l'augmentation d'un autre Frère1, « signèrent, en présence de l'évêque de Troyes, Bouthillier de Chavigny, rengagement d'ajouter cent livres de rentes. Le curé et la fabrique promirent, de leur côté, la somme annuelle <le soixante-cinq livres.
Certes, ce n'était pas une fortune que ces deux cent soixante livres de rente pour l'entretien de deux Frères; néanmoins M. de la Salle accepta ces conditions, « de peur, écrit son biographe1, de manquer d'instruire les pauvres d'une grande ville, par trop d'égard à un vil intérêl : pourvu que ses Frères eussent le nécessaire, il était content. •< D'ailleurs, le curé de Saint-Nizier se montra pour eux plein de zèle et de bienveillance; étant supérieur du séminaire, il leur céda son propre presbytère. Ce ne fut qu'à la mort de M. Le l>é. vers 17 lu, que les Frères firent acquisition d'une maison convenable, grâce aux dons généreux de l'évêque et de quelques personnes de piété.
En peu d'années, les écoles charitables de Troyes prirent un développement extraordinaire. Ce succès fut le résultat des prédications du Père Ghantreau. Cet oralorien, originaire de Troyes, aussi recommandable par s;i vertu que zélé pour la gloire de Dieu , avait au plus liant degré le don de la parole. Il exerçait sur les cames
1 La minute du contrai est à Troyes : minutes de Lemercier et Meunier. 1);his ce contrat, donl nous avons la copie sous 1rs veux, on «lit e.xpressémenl qu'un Frère des Ecoles chrétiennes fut envoyé à Troyes en 17o|. Nous maintenons néanmoins L'interprétation donnée par nous dans le texte, parce que M. de la Salle a toujours pris pour règle de ne jamais envoyer un Frère seul. Le 26 septembre 1704, il écrivait a propos de l'école '!<• Darnétal : Vous sçavez.., que nous n'en pourrions pas envoyer un seul. » /. ettres, n° Tu. — - Bi un, p. 3ÎM.