‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 171 sur 320 · ECOLE D'AVIGNON · texte numérisé non relu

ECOLE D'AVIGNON

un ascendant qui le rendait maître des volontés. Convaincu de la souveraine importance des écoles chrétiennes, dans lesquelles il voyait le plus sûr moyen de relever le niveau moral du peuple, il les recommanda en chaire avec une telle véhémence, que ses compatriotes se mirent en devoir de multiplier les classes'. Plusieurs personnes charitables offrirent leur concours pour une œuvre si capitale ; la ville elle-même lui assura une rente de trois cents livres. Cinq nouveaux Frères furent mandés, et deux nouvelles écoles furent ouvertes, l'une sur la paroisse Saint- Jean, et l'autre sur la paroisse Sainte- Madeleine2. L'évèque bénissait de si louables efforts, et les encourageait de ses paroles et de ses deniers.

Ce n'est pas que tout se fit sans difficultés ; à Tïoyes comme ailleurs, il y eut des crises douloureuses à traverser. C'est ce que nous apprend une lettre du serviteur de Dieu :

Qu'on n'exécute rien, dit-il. touchant la cessation de ces écoles, jusqu'à mon arrivée... Je feray en sorte que tout se termine bien et que tout le monde soit content .

Ce tact dvi Saint conjurait tout péril et affermissait les fondations.

Il ne conduisit pas avec moins de prudence l'établissement d'Avignon. Depuis plusieurs années, le Midi lui demandait des Frères; la Provence et le Languedoc 1 appelaient pour tenir des écoles gratuites. Avant d'exposer lisciples au danger d'un pareil éloignement. il attendit que des sollicitations multipliées devinssent le signe formel de la volonté de Dieu. La ville d'Avignon reçut la première, pour ses pauvres, les maîtres de l'Institut.

Le sort des enfants pauvres y avait , en effet , ému une dame de grande piété. Marie-Anne de Sifrédy. épouse

1 D'après Courtalon-Delaistre, Histoire <l>> la ville et <lu diocèse </<• Troyes. — - Bf.ain, t. I, p. 392. — 3 Lettres, série C, n" iT.

ck' Jean- Pierre de M ad on , seigneur de Château -Blanc. Pour les faire instruire, elle avait légué, en mourant, la jomi!i>' de six mille livres, dont le revenu devait entretenir les maîtres1. Son mari, trésorier du Pape dans le Gomtat-Venais&in , digne héritier du zèle de M1"" de Château -Blanc, hésitait sur le choix des instituteurs. lorsque, en 1702, un pieux personnage de Lyon lui parla de M. de la Salle et de son Institut. Il avait à peine écrit au saint fondateur, qu'une circonstance providentielle lui permit de connaître plus à fond l'espril et les œuvres des Frères. Le frère Gérard, celui que Gabriel Drolin avait emmené à Rome, revenait alors en France et passait par Avignon. M. de Château-Blanc le vit. l'interrogea, se lit mettre au courant des moindres détails concernant la vie des Frères. Ce qu'il en apprit le porta à faire de plus vives instances [ires de M. de la Salle. qui se rendit alors aux ordres de la Providence*.

Le saint fondateur choisit trois Frères pour cette nouvelle école. Mais, avant de les envoyer au loin, il les présenta à l'archevêque d'Avignon, Laurent de Fiesquie, alors nonce extraordinaire du Pape en France, o II les a très bien receu, écrit M. de la Salle au frère Gabriel, el leur a donné sa bénédiction, avant que de partir, avec bien de la bonté3. •■ L'humble colonie se fixa à Avignon,

D'après le testament de M. de Château-Blanc, faii te 20 juillet 1749. archives de Vaucluse, série II. Liasse l->. — - Cf. Majllbfbr, p. 153 Cl 208-210. — :: Lettre du II février 1705 . série C, n» 57. Cette lettre, donl nous rectifions la date contrairement ;'i la copie qui porte 1708, ne peul être que de 170£ Blain el Maillefbr, se copiant Pua L'autre, ont commis Lous deux les mêmes fautes. 1° Ils disent lii w\ . p. 396; Mail- .. p. 210) que ce fui à Avignon qu'ils se présentèrent à l'archevêque: il est certain que La présentation eut lieu à Paris-, soàl parée que M. de La Salle <lil formellement que ce fut ■■■ :w.\\\\ que de partir a [Lettres, n' ■•■ . soit parce que Laurent de Fiesque, L'archevêque , se trouvait à Paris, comme nonce, el non à Avignon. 2° \\> disent que L'archevêque étail alors - messire d< Gontherj » Blain, p. 396; Mail- ;, p. 210 : c'était Laurent de Fiesque, qui ne fut nommé archevêque de Gênes qu'en 1705. I rançois- Maurice «le Gonteriis, des marquis de Cavaillac de Turin, fut nommé archevêque d'Avignon;..., cL

PROGRES DES ECOLES D'AVIGNON : ï o I

et y ouvrit une première école en 1703. Les Frères furent reçus dans la maison même de M. de Château- Blanc, et l'école se lit sur la paroisse de Saint-Symphorien.

Les nouveaux maîtres gagnèrent promptement la eonfiance du peuple el la sympathie des notables de la ville, si bien que les elasses furent bientôt trop étroites pour contenir les élèves qui s'y pressaient. Dès le mois de mars 17n.">. le seigneur de Château-Blanc, continuant ses libéralités, acquit pour les Frères, sur la paroisse Saint- Pierre, une maison assez ample pour abriter vingt personnes1. En même temps, il écrivit à M. de la Salle pour solliciter d'autres maîtres, l'assurant c< qu'il était très content de ses disciples, que la ville en était très édifiée, et que Son Excellence M. le vice-légat était si satisfait de cet établissement, qu'il en donnait des marques en toute rencontre ». Il s'engageait à pourvoir lui-même a la subsistance des Frères, en attendant que la Providence y pourvût elle-même par d'autres moyens. «Je ne doute point, ajoutait-il. que le bon Dieu ne le fasse: car eelte œuvre est, de toutes les (ouvres de charité, la plus nécessaire en cette ville. J'espère, monsieur, que vous viendrez en juger par vous-même . et que nous aurons le bonheur de vous voir2. »

M. de la Salle accueillit avec joie la demande de ce généreux protecteur. Dans sa correspondance avec le frère Gabriel, on le voit se réjouir dc< merveilleux progrès des écoles d'Avignon. « On a acheté, dit-il, une maison commode à nos Frères, a Avignon, capable de loger vingt Frères. Le vice-légat les aime et envoie son

sacn'- à Rome, dans L'église de la Propagande, le 21 septembre 171 prit possession <!<• son siège par procureur Le -'■'< septembre. Il arriva ineognito le 9 mai L706, veille <!<• L'Ascension. » (Biblioth. d'Avignon, l° 1535, fol. I 12.

1 Lettres, série G, a0 is <■! n« 57. — - Blain, l. I. p. 3Gft.

page à leur école '. » Il lui annonce, le 4 septembre 1705, qu'il v a déjà cinq Frères à Avignon-.

Cette affection que, dès le premier abord, on témoigna aux Frères, ne se démentit point dans la suite. Du reste, les Frères qui prirent la direction des écoles eurent le talent de s'en rendre dignes. Le premier fut le frère Albert, qui déjà avait fondé l'établissement de Troyes, et qui resta à Avignon jusqu'en 1706 3. Ce Frère avait le don de bien commencer une fondation. « Les premiers six mois, disait de lui M. de la Salle, il fait des merveilles'1. >■ Après le frère Albert. Avignon eut le frère Ponce, celui-là même dont nous avons raconté les imprudentes sévérités; puis le frère Timothée, qui devint plus lard supérieur général de l'Institut5.

M. de Château-Blanc pesta, jusqu'à la fin de ses jours, le protecteur des Frères. Par son testament en date du :2n juillet 17 L96, il leur garantit la possession de leur immeuble et la rente d'un capital de huit mille livres. Il mit pour condition que les Frères <( feront dans les écoles le catéchisme, comme ils l'ont pratiqué jusqu'à présent, afin de former les enfants à la piété et pour qu'il ne -'introduise jamais aucune mauvaise doctrine. » C'est une allusion évidente au jansénisme, dont les Frères avaient été ad mi ralliement sauvegardés.

Les Frères avaient dans l'arelievèque d'Avignon . François -Maurice de Gonthery, un père sincèrement dévoué7. Ami des écoles charitables, il les visitait souvent, passant parfois de- heures entières à écouler les maîtres et les écoliers. Pour exciter l'émulation, il se plaisait a se faire juge lui-même des progrès réalisés par

1 Lettres, série C, o° is. Le vice-légat, en I7i»T>, était Antoine Banquiery; plus tard ce lui Reynier Deley. D'après une note tirée des Archives </<• Vaucluse, série II. Liasse '. — - Lettres, série C, n° - » - -S -

— 3 Ceci résulte de plusieurs lettres du suint où il est parlé du frère Albert. Cl'. Lettres, série C, n0! '.T. 50, 53, 57, 62. Il fonda l'école de Marseille en I7i>6. '• Extrait de la lettre n° 53. — ■'• Cf. Blain, p. 397.

— 8 Archives </<• Vaucluse, série H. liasse 15. — " Blain, t. I, p. 397.

Page 1