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PROGRES DES ECOLES D'AVIGNON

les enfants dans la doctrine chrétienne. En 1720, il fit des Frères un tel éloge en cour de Rome, qu'il disposa heureusement le Pape à préparer la Bulle d'approbation. Il permit , en I 728 . qu'on érigeât une chapelle et qu'on fondât un noviciat dans la maison des Frères. C'est là que les Frères du Midi prirent l'habitude de tenir des assemblées et de venir annuellement renouveler leurs vœux. Il mit le comble à ses bienfaits en obtenant du pape Clément XII, en 1732, qu'une pension annuelle de 300 livres fût servie aux Frères sur les revenus de la légation d'Avignon1. L'école dont le Pape devenait ainsi le fondateur, — car il voulut prendre ce titre , — avait été créée en 1718, et n'avait subsisté, depuis, que par les cotisations, toujours instables, de diverses personnes de piété-.

L'établissement d'Avignon devint de bonne heure comme un second centre de l'Institut. Sur cette terre de l'Eglise romaine, notre Saint se trouve à l'aise. C'est par Avignon qu'il envoie ses lettres à Rome , et qu'il fait parvenir au frère Drolin des secours en argent ;. C'est à Avignon qu'il fait approuver ses livres , là qu'on les imprime, de là qu'on les répand dans les écoles J. Lorsqu'il fera plus tard ses visites dans la Provence et dans le Languedoc, Avignon sera comme son lieu de retraite pour s'abriter après ses courses apostoliques. D'Avignon, nous verrons bientôt l'Institut rayonner sur tout le Midi.

Des créations nouvelles exigeaient un accroissement proportionné du nombre des maîtres. De 171)1 à 1704, le recrutement des sujets ne fut pas abondant; du moins, il

1 D'après les pièces copiées dans 1rs Archives de \ aucluse : les copies existent ;'i la maison mère des Frères. Le l'ait dont il s'agit a été rapporté, mais sans date, par Blain, p. : t '- » T . — '-' D'après une noie prise aux Archives de Vauclùse, série II, Liasse 7. Il y a sur cette note une erreur de «laïc que nous avons corrigée à l'aide de la pièce précédente. — 3 Cf. Lettres, série C, n" 53. — '• Lettres, n" 63.

3o4 LES GRANDES ÉPREUVES

fut riche par la valeur des novices. Entre tous se distingua le frère Barthélémy, qui tint près du Saint une place si considérable, que son entrée dans l'Institut mérite de fixer notre attention '.

Joseph Truffet, — c'était son nom. — était né à Saint, petit bourg du diocèse de Cambrai, le 11 février 1678. Son père, modeste instituteur de campagne, l'avait élevé dans la piété et l'obéissance. Gomme il avait pour les belles-lettres d'excellentes dispositions, l'enfant fut placé au collège des Jésuites de Douai, où il fit toute son éducation classique jusqu'à la philosophie. Ses goûts religieux le portèrent d'abord vers l'état ecclésiastique; c'est pourquoi il reçut la tonsure et commença l'élude de la théologie. Mais bientôt il fut saisi d'une telle aversion pour le monde el si fortement incliné vers la vie de retraite, que, malgré la résistance de ses parents, il entra au monastère de la Grande -Trappe. Le célèbre abbé de Rancé la gouvernait encore. Avec le rare discernement des esprits dont Dieu l'avait doué, l'abbé reconnut vite que le jeune clerc se (rompait de voie; car les rudes austérités de la Trappe n'étaient point faites pour un tempérament si débile. D'ailleurs, par une sorte de mouvement prophétique, il lui déclara que Dieu avait sur lui d'autres vues.

Après de vains efforts pour entrer dans un couvent de chanoines réguliers, Joseph Truffet entendit parler des Frères des Écoles chrétiennes. Comme on lui représentai! une Société pauvre et persécutée . composée d'hommes menant la vie évangélique , vouée à l'instruction des entants pauvres, une voix secrète lui dit au fond du cœur Voilà où Dieu t'appelle. » Mais à peine

s'était-il mis en devoir de répondre à sa vocation, qu'un profond sentiment de tristesse l'envahit el faillit le perdre.

1 Voir La biographie «lu frère Barthélémy , dans Blain, t. II, supplé-

!i, < nt.

ENTREE Dl FRERE BARTHELEMY 3ob

Lui-même a raconté ces combats intérieurs que tant d'âmes religieuses ont expérimentés.

« Cette manière de vie. dit-il, qui d'abord m'avait paru si agréable, me sembla tout à coup insupportable. Le dénuement entier de toutes choses, celte dépendance, cette profession publique du mépris du monde, cet état d'abjection dont on m'avait t'ait la peinture, me frappèrent si fort l'imagination, que je ne crus pas pouvoir me gêner jusqu'à ce point. Le tentateur, profitant de ma faiblesse, ne s'en tint pas là. En me faisant voir en esprit

- Frères, il me tenait ce langage : Garde-toi de te ranger avec eux; car si ta petite complexion ne t'a pas permis de rester à la Trappe, quelle espérance as-tu de demeurer dans un lieu où la vie est une mort véritable, par l'étude qu'on y fait de mourir à soi-même? Un gros habit souvent plein de pièces leur couvre le corps; leur nourriture répond au vêlement. Et ce qui y est tout à fait insupportable, c'est qu'on y vit dans une gêne et une sujétion continuelles. Telles étaient les pensées de mon esprit et les agitations de mon cœur, lorsque je faisais diligence pour embrasser cet état pauvre et humble. Je fus même fort découragé et sur le point de quitter mon entreprise; mais, m'étant recommandé à Dieu, je repris courage, et je me disais à moi-même en me reprochant ma lâcheté : Où est donc cette première ferveur qui te poussait à te donnera Dieu dans un Ordre des plus auss? Quoi! tu prends l'épouvante sans avoir pris les arme- pour combattre? Oh ! quelle lâcheté ! Oh! le lâche! Oli! le lâche M ■•

Sorti vainqueur de ces luttes intimes, il alla se jeter dan- les bras du -ainl fondateur des Frères. M. de la Salle le rient au noviciat le 10 février 170-*). et lui imposa le nom de frère Barthélémy. La ferveur du jeune novice ne le mit point à l'abri de tentations nouvelles.

1 Bi \in . i. Il , supplément . p. 9.

BicnlôL. en effet, il fut saisi d'un tel dégoût pour la vie qu'il avait embrassée, qu'il fallut toute la bonté du supérieur pour le retenir dans sa voie. Envoyé d'abord à Chartres pour s'y exercer aux fonctions de maître, le frère Barthélémy fut ensuite rappelé à Paris pour diriger le noviciat.

A partir de cette époque , la vie du frère Barthélémy se confond avec la vie de son bien -aimé père. Il est honoré de sa confiance, au point même que la jalousie s'en afflige. Il partage avec lui le gouvernement de l'Institut, jusqu'à ce qu'enfin il en porte seul toute la charge, après la retraite du fondateur. L'arrivée de ce cher disciple, au mois de février, fut ménagée par la Providence à M. de la Salle pour adoucir l'amertume des outrages dont on l'avait abreuvé, et dont il allait commencer à sentir les tristes conséquences.

§ III

SUITE DE I.A PERSECC TION. — ADO L CISSEMEN I DES \ USTERITES.

INFIDÉLITÉ DE PLUSIEURS FRÈRES. CRISE DE l'ÉCÔLE DOMINICA1 B

ET DU SÉMINAIRE DES MAI! DES DE SAINT - II I l'I'O I Y TE .

I 7 PIDÉMIE DE CHARTRES

L'ébranlement causé dans l'Institut par les événements «le 1702 eut (Tes conséquences funestes, qui faillirent ruiner l'œuvre de M. de la Salle. Mais Dieu, qui veillait sur la communauté, la sauva de ces périls, en raison sans doute des souffrances qu'endura son serviteur.

Sa première peine fut d'être obligé d'adoucir la rigueur des pénilenecs en usage parmi les Frères. Quoiqu'il vît bien à quel relâchement les Frères pourraient être conduits par une vie plus douce, il crut devoir céder à la

AD01 CISSEMENT DES AUSTERITES 3ij7

pression qu'on exerçait sur lui de tous côtés. « Sans entrer dans l'examen de toutes les raisons, dit son biographe, il se rendit par humilité aux avis des sages, et par obéissance aux remontrances des supérieurs. Il se saisit de toutes les disciplines, et il modéra la pratique de tous les autres genres de mortification. » Ce n'est pas que l'austérité de sa maison égalât celle des plus sévères communautés; mais il comprit que pour des maîtres, la plupart jeunes et délicats de santé, livrés au rude labeur des écoles, certains ménagements devaient être gardés.

Mais l'amour de la pénitence était porté, dans la plupart des Frères, à un si haut degré, que la décision du supérieur les jeta dans la consternation. Il fallut toute ] autorité de leur Père pour modérer leur zèle dans la pratique des mortifications. Et, comme l'un des Frères lui demandait un jour pourquoi il avait interdit des exercices si propres à maintenir la ferveur, le Saint se contenta de répondre : Dieu nous a fait connaître qu'il ne fallait pas maintenant les continuer1. »

Lorsque M. de la Salle eut supprimé l'usage des macérations, il semblait que la tempête dût enfin s'apaiser, puisque le prétexte qui l'avait soulevée n'existait plus. Il n'en lut rien ; une opposition sourde continua d'affliger le cœur du Saint et d'entraver son action.

M. de la Salle ne retrouva plus dans le curé de Sainl- Sulpice cette bienveillance dont il avait d'abord éprouvé les heureux effets. Quelque chose de mal défini, d'où naissait le malaise, sépara dans la suite ces deux hommes de Dieu. Les relations, sans être rompues, devinrent froides. M. de la Chétardve se montra moins généreux dans les secours que les Frères attendaient de lui. Ce retrait, au moins partiel, de faveurs qui étaient devenues nécessaires à l'Institut, obligera bientôt M. de la Salle à

I'.iain. t. I. p. 5r30. — '-' Blain, p. 431. MAiiiui.it, p. L73.

quitter la rue de Yaugirard pour aller chercher un refuge au faubourg Saini- Antoine '.

Aucune vexation ne fut plus odieuse que les menées sans franchise du supérieur officiel qui fut nommé pour remplacer M. Bricot. Tandis que M. de la Salle le recevait, à chaque visite, avec les marques du plus profond respect, cet homme sans tact, une fois entré dans la communauté, semblait n'avoir à tâche que de semer la discorde et de préparer la ruine. On n'oserait croire à de telles impertinences, si les deux biographes du Saint, Blain et Maillefer, ne 1rs rapportaient à peu près dans les mêmes termes-. Le but poursuivi était de détacher les Frères de leur supérieur réel. Les plus flattteuses promesses étaient mises en avant. Les Frères n'avaientils pas tout avantage à se soumettre au nouveau supérieur que le cardinal leur avait choisi? Il multiplierait leurs ressources, il chasserait de la maison cette pauvreté et relie misère dont ils souffraient, il donnerait à tous leurs établissements plus de solidité. Pourquoi ne profiteraient-ils pas de la bonne occasion qui leur était offerte de secouer un joug intolérable? D'ailleurs, le crédit de M. de la Salle baissait tous les jours; et ses meilleurs amis, las de se heurter à son obstination, commençaient à le délaisser. Son entêtement à garder une austérité excessive était la seule cause des orages qui avaient éclaté sur sa tète. Pour eux, ils n'avaient qu'à se hâter de répudier cet homme, s'ils ne voulaient pas se condamner pour toujours à une vie pénible et languissante .

Ces discours empoisonnés, habilement répandus dans la communauté, produisirent tout d'abord un ell'et contraire a celui qu'on attendait. Il y eut . parmi les Frères, comme une recrudescence d'affection à l'égard de leur

1 Maillefer, p. I7i. — * Blain, p. tôl. Maillefer, p. 173. — 3 Tout ceci est tiré, ;'« [ >iu près textuellement, de Maillefer, p. I7;t.

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