QUELQUES DÉFECTIONS
bien -aimé père : plus on le déeriait, plus ils s'attachaient à lui.
Au bout de quelque temps, M. de la Salle, fatigué de ces basses intrigues, prit le parti de remettre au cardinal les pouvoirs de confesser qu'il en avait reçus. Par cette démission volontaire, il se déchargeait d'un fardeau qui pesait si lourdement sur ses épaules, et qu'on lui disputait avec tant d'àpreté; mais le cardinal n'y voulut rien entendre. Il fit savoir à M. de la Salle que son intention formelle était qu'il gardât, comme par le passé, le gouvernement de l'Institut1.
Cependant le mauvais levain ne pouvait manquer de fermenter en quelques âmes faibles. Le premier Frère qui se laissa séduire passait pour être le bras droit du supérieur. Avec un .autre qu'il entraîna dans sa chute, il prit la fuite et s'en alla prendre possession d'une école déjà acceptée par le fondateur2. Reçus d'abord avec sympathie , parce qu'ils se présentaient comme les fils de M. de la Salle, les deux transfuges furent honteusement chassés, dès que leur lâche désertion fut connue. Déshonorés, mais repentants, ces deux malheureuses victimes du mauvais esprit revinrent se jeter aux pieds de leur père et implorèrent son pardon. Le cœur toujours compatissant du supérieur calomnié allait s'attendrir, lorsque la communauté intervint pour qu'on fît un exemple en fermant la porte aux déserteurs.
Bientôt le frère Michel, ce pénitent fantasque dont les duretés avaient attiré tant de maux, se révolta à son tour3. Dégoûté de la direction du noviciat, il demanda une école à conduire. Il fut si blessé du refus de son sage supérieur, qu'il s'évada pendant la nuit avec un autre Frère assez ancien , et alla se présenter à la Grande- Trappe. Depuis la mort de Rancé (1700), la Trappe était
' Mammiii.. p. I7'i. — 2 Nous ne savons ni les noms des évadés, ni I-' nom de la ville où ils allèrent. ('S. Blain, p. 434. — 3 Iïlain-, p. 434.
gouvernée par Jacques de la Cour, ami de Jean-Baptiste de la Salle. Avant d'admettre le? deux Frères, Jacques de la Cour écrivit à leur supérieur. Dès qu'il connut leur infidélité, non seulement il refusa de les recevoir, mais il agit si bien sur leurs âmes qu'il les détermina à reprendre le chemin de la Grand'Maison. Toujours enclin à la miséricorde, M. de la Salle les accueillit avec bonté. Son cœur de père lui faisait oublier les fautes, et sa sollici- Lude de fondateur lui faisait garder ses précieux collaborateurs. Il envoya le frère Michel aux écoles de Chartres, où ce disciple repentant répara son péché par deux années (li- vie fidèle el par une courageuse mort. Peu de temps après, son compagnon sortit de l'Institut1.
Les Frères de l'Ecole dominicale causèrent, à cette même époque, les plus graves soucis à M. de la Salle2. Aucun Irais n'avait été épargné pour en faire des maîtres habiles. Ils enseignaient avec succès le dessin, la géoniétrie et les mathématiques aux jeunes ouvriers qui, chaque dimanche, se pressaient dans leurs classes. La vanité d'abord, puis l'appât du gain, leur gâtèrent Le cœur. Déjà la tentation était maîtresse de leur âme, lorsqu'ils -ouvrirent à leur supérieur de leur dessein très arrêté de quitter l'Institut. lue nouvelle si inattendue causa à M. de la Salle la plus vive douleur. L'humble supérieur se fût jeté à leurs pieds pour les retenir. Il leur représenta leurs vœux, leurs engagements envers 1 Institut, l'impossibilité où on était de se priver de leur concours, et surtoul le danger auquel ils exposaient leur salul éternel eu trahissanl leur vocation.
Le.- remontrances et les supplications furent également vaines. L un d'eux, le plus passionné el le plus impatient de sortir, s'évada. Il sembla que Dieu prît soin de châtier lui-même cel ambitieux; car il échoua dans son entreprise d'ouvrir une école supérieure, el ne trouva que
Bj tus . p. i 15. — - Ibid., p. i 3b el suiv.