‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 174 sur 320 · CUISE DE L'ECOLE DOMINICALE · texte numérisé non relu

CUISE DE L'ECOLE DOMINICALE

la misère au lieu de la fortune. Il mourut dénué de tout, sans les consolations des sacrements, sur la paroisse Saint- Roch, en L709.

M. de la Salle pourvut à peu près à son remplacement; mais, quelques mois plus tard, l'autre prit la fuite à son tour, ce qui jeta le supérieur dans le plus étrange embarras. Car si les sciences, qui attiraient tant d'élèves, n'étaient plus enseignées, l'Ecole dominicale tomberait à coup sûr. Or la chute de l'Ecole dominicale entraînerait pour l'Institut les plus graves conséquences, à cause du ressentiment que ne manquerait pas d'en éprouver M. de la Chétardye.

Pour conjurer les malheurs qu'il prévoyait, M. de la Salle résolut de soutenir à tout prix l'Ecole dominicale. 11 supplia un des Frères les plus capables de se mettre en mesure d'enseigner le dessin et les mathématiques. Déliant de lui-même, le Frère refusa. Il allégua pour motif que déjà deux autres Erères s'étaient perdus dans cette voie, et que sa conscience répugnait à mettre en péril sa vocation et son salut. La crainte qu'il avait, il eut le talent de la faire partager aux autres Erères, et tous ensemble rédigèrent un Mémoire sur le danger des Ecoles dominicales.

La lecture de ce Mémoire jeta M. de la Salle dans la plus grande perplexité. Devait- il se rendre aux raisons de ses Erères? Devait-il agir sur eux par autorité, au risque de les irriter et de les perdre? Il crut sage d'exposer son embarras au curé de Saint- Sulpice. M. de la Chétardye, que la suspension de l'école avait mécontenté. le reçut froidement, et lui imputa le départ des deux maîtres et la résistance des Erères. S'il eût sufli de savoir dévorer un affront en silence, la cause eût été vite gagnée ; mais l'humilité du Saint , quelque profonde qu'elle fût, ne terminait pas l'affaire.

Après quelques jours de réflexion, il revint auprès de M. de la Chétardye et lui présenta le Mémoire des

frères. Le curé de Sainl-Sulpice le reçut, cette fois, encore plus froidement, et l'accusa d'avoir lui-même écrit ce Mémoire. Et, comme le Saint s'en défendait, il alla, dans un mouvement d'impatience mal contenu , jusqu'à le traiter de menteur. M. de la Salle resta calme sous l'injure, et il eut assez de présence d'esprit pour répondre avec respect : « C'est, monsieur, avec ce mensonge que je vais dire la sainte messe. » Et il se rendit, en effet, à l'église paroissiale pour célébrer le saint sacrifice.

Ce qui avail été prévu arriva. M. de la Chétardve, irrité de la chute de l'Ecole dominicale, retrancha la pension des Frères , et bientôt la communauté se trouva plongée dans le plus affreux dénuement. Notre Saiul pliail sous le faix de tant de peines, lorsqu'un Frère s'oflril pour apprendre les sciences. En peu de temps. l'Ecole dominicale put reprendre son cours, et l'on vit de nouveau les élèves y accourir. Transportée à la lin de 1703 au faubourg Saint. - Antoine , l'Ecole dominicale ne tomba qu'un peu plus tard, sous les coups que lui portèrent les maîtres écrivains1.

Ce fui aussi par l'infidélité d'un Frère que, vers 1705, le séminaire des maîtres de campagne, fondé sur la paroisse Saint -Hippoly te , se trouva ruiné. Nous avons dit (pie M. de la Salle en avait confié la direction à Nicolas Vuyart, l'un des deux qui avaient juré avec lui , en 1691, de ne jamais abandonner l'Institut. La conlianrr même qu'il mil en lui devint l'occasion de sa perte2.

Lorsque le curé de Saint -Hippoly te sentit sa fin proebaine, il se préoccupa d'assurer l'existence du séminaire qu'il avail fondé. Mais il ne pouvait pas constituer les Frères pour héritiers, puisque ceux-ci n'avaient pas encore de Kl in- patentes pour posséder légalement.

: Blain, p. i:t'.i. — '-' llii.l.. p. 366. Dans sa Lettre à Gabriel Drolin, 'lu 2" :i\iil 1705, M. <l<- la Salle 'i;i : Je si :ai bien que vous êtes bien éloigné de faire ce que fail Frère Nicolas. Lettres, série C, u° 48.

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