RUINE 1)1 SÉMINAIRE DES MAITRES
D'ailleurs, M. de la Salle était trop connu comme supérieur des Frères pour être institué légataire. Il fut entendu que le frère Nicolas Vuyart serait l'héritier légal, de sorte que le curé de Saint-Iiippolyte mourut rassuré sur l'avenir de son œuvre.
Quelle ne fut pas la surprise de M. de la Salle lorsque, après la mort du curé, étant venu pour prendre des arrangements avec le frère Vuyart, il le trouva tout changé! Quelques jours avaient suffi pour faire entrer la cupidité dans ce cœur de religieux. Aveuglé par l'avarice, Vuyart méconnut son père , renia son supérieur , et répondit à M. de la Salle que, ce bien lui appartenant, il saurait bien en disposer par lui-même selon les intentions du donateur. La trahison d'un fils si cher fit au cœur de M. de la Salle une sanglante blessure; cependant il ne s'en plaignit à personne, et ne fit aucune entreprise pour le recouvrement d'un legs qui lui était destiné et dont il avait un si pressant besoin. Il oublia l'affront, et ne parut sensible qu'à la ruine désormais certaine du séminaire des maîtres de campagne.
Vuyart avait cru pouvoir continuer l'œuvre en son nom propre. Mais son illusion ne fut pas de longue durée. Dès que le second protecteur du séminaire, encore vivant, apprit la conduite indigne de Vuyart, il retira les huit cents livres de renie dont il avait doté l'école. De son côté, Vuyart, se sentant en contradiction avec son passé, quitta l'habit, congédia le Frère qu'il avait pour compagnon, et se fit relever de ses vœux. Le séminaire se vida promptement; Vuyarl essaya de se fixer sur la paroisse Saint- Ilippolyte en y continuant les pelites écoles, qu'il tint en effet assez longtemps.
Mais quelques années plus tard, soil (pie le legs eût été dissipé, soit que le remords fût entré dans son âme, Vuyart demanda d'être admis de nouveau dans l'Institut. Le cœur miséricordieux de M. de la Salle se fui encore ouvert à cet enfant prodigue, si les gens sages ne l'en
avaient détourné. Le disciple infidèle survécut peu de joins à son bon maître. Il tomba malade, en 1719, le lendemain de la mort de M. de la Salle, et mourut après cinq mois de dures souffrances. Heureux si ce long martyre put réparer l'outrage qu'il avait fait à son père, le scandale qu'il avait donné à ses Frères, le tort qu'il avait causé à l'Eglise par la ruine d'une institution aussi utile que le séminaire des maîtres de campagne.
Dans cette avalanche d'épreuves qui fondaient sur noire Saint, le eiel lui-même sembla se mettre de la partie, en prenant des victimes dans l'Institut. En 1705, une épidémie de pourpre ' sévissait à Chartres. Animés du zèle le plus désintéressé, les Frères ne voulurent point interrompre les classes, tant pour préserver les enfants du vagabondage, que pour laisser dans le calme les familles déjà atteintes du fléau.
Bientôt quatre Frères furent saisis par le terrible mal-. Le Saint se hâta d'envoyer, pour les soigner, le frère Jean-Chrysostome, infirmier de la maison mère. L'humble infirmier prodigua aux chers malades le plus actif dévouement. Mais ses soins furent inutiles. Frappé lui-même comme les autres, il mourut avec eux. Parmi les cinq hosties de et' douloureux sacrifice, se trouvait le frère Michel. Sa mort parut aux Frères un juste châtiment de ses tantes ; nous aimons à croire qu'elle en fut aussi la généreuse réparation.
' La pourpre es! une maladie grave qui se manifeste sur la peau par des taches rouges. — '- Os quatre Frères son! : frère Germain, encore novice; frère Lazare, calligraphe fort babile; frère Jacques el frère Michel. M. de la Salle, dans sa lettre du 28 aoûl 1705, annonce la mort île ces deux derniers à frère Drolin, qui 1rs connaissait. Lettres, n° 63.