‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 176 sur 320 · LES PILLES DE LA CROIX. — SA VIE CACHÉE. — SON MINISTÈRE PRÈS DES AMES · texte numérisé non relu

LES PILLES DE LA CROIX. — SA VIE CACHÉE. — SON MINISTÈRE PRÈS DES AMES

Les Frères, fatigués des visites importunes d'un supérieur titulaire qui ne venait chez eux que pour y jeter le trouble, suppliaient M. de la Salle de quitter la paroisse Saint-Sulpice et de chercher au loin une maison où il leur fût permis de vivre en repos. Déjà des défections regrettables avaient décimé leurs rangs; si le vent du mauvais esprit soufflait plus longtemps encore, c'en serait fait de la communauté.

Ces considérations louchaient profondément le cœur du Saint. Néanmoins, il ne pouvait se résoudre à quitter Noire-Dame des dix- Vertus. Depuis cinq ans qu'il habitait ce couvent, la maison lui avait paru providentiellement destinée à son Institut. Située aux portes de Paris, largement aérée du côté de la campagne, assez vaste pour contenir une grande communauté , elle semblait faite pour répondre à tous ses desseins. Aussi avait-il institué une procession, à laquelle il assistait lui-même tous les jours en surplis, pour obtenir du Ciel la grâce de se fixer sur cette terre aimée, où Dieu avait si visiblement béni ses œuvres. Il crut un moment que ses vœux avaient été exaucés; car une personne, qui connaissait ses désirs, lui laissa par testament une somme considérable1, pour l'acquisition de celle maison et l'établissement de son noviciat.

1 D'après Blain, c'était une somme de 50000 livres, t. II, p. ■'•; d'après Maillefer, |>. IT!>, la somme n'étail que de 5 000 livres.

Mais Dieu ne permit pas que l'affaire réussît au gré de son serviteur. Des manœuvres secrètes détournèrent le legs de s;i destination, et M. de la Salle, frustré, vit la Grand' Maison passer aux mains d'un autre acquéreur. II obtint cependant que le nouveau propriétaire y gardât la communanté jusqu'à ce qu'elle eût trouvé un autre abri. Une seule condition fui mise- à celte prolongation de séjour, c'est que le jardinier habiterait, avec sa famille, le pavillon même qu'habitaieni les Frères. Le brave homme n'y demeura pas longtemps. Des bruits nocturnes, étranges, qui n'avaient plus été entendus depuis l'entrée d^s Frères, jetèrent un tel effroi dans la famille du gardien, qu'il s'empressa de déloger. Suivant une persuasion que nous n'avons aucune raison de contredire, ces bruits étaient le fait d'une ancienne religieuse du couvent, enterrée sous la chapelle : sans discuter ces dires, M. de la Salle célébra une messe de Requiem et fit communier les Frères pour le repos des âmes du purgatoire '.

Au bout de six semaines. M. de la Salle quitta la Grand'Maison et transporta sa communauté au faubourg Saint- Antoine, rue de Charonne. S'il eut le cœur meurtri de sortir d'un lieu qui lui était cber à tant d'égards, il éprouva par ailleurs un sentiment de délivrance, en arrachant ses Frères aux ennuis d'une persécution qui ne désarmait pas.

La maison de la rue de Charonne, suffisante, mais peu commode, ne pouvait être qu'un asile momentané. Comme s'il eût" pressenti qu'une nouvelle persécution l'en chasserait bientôt. M. <le la Salle- ne passa aucun bail. 11 \ demeura en effel moins d'un an et demi ; car, v étanl entré le 20 août 1703*, il en sortil vers le mois de décembre 1704

Bi un. i. Il . p. ',. — - Ibid., !. II. p. :;. — ' En effet, M. de la Salle se rendit à Saint- Roch dans l>'^ premiers jours <!<• janvier 1706: or il avail déjà quitté la rue <!<■ Charonne depuis quelque temps.

Page 1