‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 177 sur 320 · MAISON DE LA HUE DE CHARONNK · texte numérisé non relu

MAISON DE LA HUE DE CHARONNK

Toujours respectueux de Tordre établi dans l'Église, M. de la Salle ne s'était point fixé rue de Charonne, sans avoir demandé et reçu l'autorisation du curé de Saint-Paul, dont il allait devenir le paroissien. Celuici, dans le but sans doute de conserver plus sûrement l'esprit paroissial parmi les fidèles, s'opposait d'ordinaire à l'établissement de nouvelles communautés. Il fit néanmoins très bon accueil au supérieur des Frères. Déjà sa réputation de sainteté était parvenue jusqu'à lui; il vit, du reste, dans l'arrivée de M. de la Salle, une excellente occasion de procurer aux enfants pauvres de son quartier le bienfait d'une école de charité.

La nouvelle maison n'avait point de chapelle. Quoiqu'il eût avec lui plusieurs prêtres qui l'avaient suivi de la rue de Vaugirard, M. de la Salle ne se mit point en peine d'en aménager une. Pour la messe, il demanda aux Sœurs de la Croix l'hospitalité de leur église. En l'ace de sa maison, s'élevait en effet un couvent de Dominicaines, dites de la Croix. Ces ferventes religieuses, frappées de la modestie et de la sainteté que le serviteur de Dieu portait au saint autel, édifiées de la piété vive qui rayonnait dans la personne de ses Frères, s'intéressèrent promptement à cette humble communauté. Par une admirable disposition, la Providence avait préparé là, à cette famille dénuée de tout et persécutée, des protectrices dévouées dont la sollicitude lui demeura fidèle. Dès qu'elles eurent appris la détresse extrême où était réduite la communauté des Frères, ces pieuses filles s'empressèrent de la secourir. Par des aumônes en nature et en argent , elles devinrent comme les mères de ces enfants abandonnés.

Lorsque les Frères furent expulsés de la rue de Charonne, la charité des Filles de la Croix les suivit. Dans ses plus grands embarras, le serviteur de Dieu recourait à elles avec confiance. « Quand il manquait de tout, noi^

<lil son biographe1, il prenait son chemin vers ses bienfaitrices, disant agréablement : Allons à la Croix, et il en revenait chargé de leurs libéralitez. D'abord que ces bonnes dames le voyaient , sans lui donner le tems d'ouvrir la bouche pour expliquer ses besoins, elles s'empressaient de lui faire part de leurs biens, plus selon l'étendue de leur charité que sur l'étendue de leur pouvoir. » Ce fut surtout en 1 70'.* , lors de la famine, que M. de la Salle éprouva les grands effets de leur générosité. Comme il ne trouvait, pour ses novices, aucun moyen de subsistance à Rouen, il ramena son noviciat à Paris, pour le mettre à la portée des bienfaits des Filles de la Croix.

lX's qu'elles curent apprécié ses vertus et connu ses lumières, plusieurs Religieuses souhaitèrent de se mettre sous sa direction. Elles eurent moins de peine à obtenir de leurs supérieurs la dispense dont elles avaient besoin pour se placer sous la conduite de ce prêtre séculier, qu'à gagner son propre assentiment. M. de la Salle, en effet, éprouvait, pour la confession des Religieuses, une répugnance instinctive : tout entier à son œuvre, il ne voulait pas enlever à sa communauté une heure de son temps; il sentait, d'ailleurs, de quelle importance il était de donner l'exemple d'une grande réserve dans le commerce des Religieuses. Néanmoins il se laissa toucher; il pensa qu'il était juste de payer, par des soins spirituels, les services temporels que sa communauté recevait de ces ferventes Dominicaines.

Au reste , son zèle se prêtait à tous les dévouements. Souvent un acte de charité, commencé avec la plus grande simplicité, s'achevait par un trait d'héroïsme. Nous en avons un exemple dans un fait survenu lorsqu'il était au faubourg Saint-Antoine.

Le gouverneur de la Bastille le fît un jour appeler pour

1 Bljun, t. II, p. «'..

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