‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 180 sur 320 · CONDAMNATIONS · texte numérisé non relu

CONDAMNATIONS

pas et ne comparut point. Ce n'était pas qu'il manquât de défense : il était approuvé par l'archevêque pour tenir des écoles avec sa communauté des Frères : il n'avait ouvert que des écoles de charité, et sons la juridiction des curés . à qui appartenait , depuis la transaction de 1699, toute autorité sur ces sortes de classes: en principe, ces écoles n'étaient ouvertes qu'aux pauvres; il avait lieu de croire que les familles dont les enfants étaient placés au rang des pauvres étaient réellement indigentes ; quant à faire une enquête sur la situation temporelle de ces familles , il ne le pouvait pas sans blesser les convenances, et ce n'était d'ailleurs pas son affaire1.

Au lieu de présenter sa défense , il se laissa condamner par défaut, le 22 février 1704. L'arrêt déclare confisqués tous les objets d'écriture dont la saisie avait été faite, condamne M. de la Salle et les Frères aux dépens et à cinquante livres d'amende, et ordonne « qu'il ne sera reçu dans les écoles de charité que des enfants dont les pères sont véritablement pauvres, et que l'on ne leur enseignera que des choses proportionnées à la profession de leurs pères2 ».

Cette sentence , faite pour ruiner les œuvres de l'Institut, n'émut point M. de la Salle; les classes ne furent point interrompues. On ignore s'il paya l'amende et les frais du procès; son extrême indigence et la suite des événements ne nous permettent pas de le penser.

De leur côté, les maîtres des petites écoles l'avaient déjà assigné devant le chantre. Ils se plaignaient qu'il eût ouvert des petites écoles sans la permission du chantre, qu'il y admît des enfants capables d'aller aux écoles payantes, qu'il rendît ainsi, par la gratuité, toute concurrence impossible. Une sentence- du chantre, en dale du

1 Blain, I. IF, p. 8.— - Le texte de l'arrêt, Arch. nat.. Y, 9413, a été Imprimé dans la Revue du monde catholique, en IST2. I. XV, p. 4-46-4 '

M février, le condamna à payer cinquante livres d'amende, à fermer ses écoles et à livrer tout son matériel scolaire1. Evidemment ces deux sentences, survenues au même moment et prononcées à peu près dans les mêmes termes, supposaient une entente entre la corporation des écrivains et la corporation des maîtres d'école.

Sous le coup de ces deux condamnations, M. de la Salle résolut d'agir. Assigné au mois de mai par les écrivains pour l'exécution de la sentence du 22 février, il confia su cause à L'avocat (iuellier. Cet avocat crut habile de dénoncer l'intrigue des maîtres écrivains-, et pria le juge de condamner les maîtres écrivains à payer l'amende que les maîtres d'école exigeaient en vertu de la sentence du chantre en date du I i février. Mais le juge du Chàtelet repoussa la demande de Guellier et condamna M. de la Salle aux frais du nouveau procès*.

Forts de cette décision du 30 mai, les maîtres écrivains déposèrent devant le lieutenant de police, le 7 juin suivant, une nouvelle requête pour amener l'exécution de la sentence du 22 février, ('cite pièce intéresse trop l'histoire des écoles, pour que nous n'en citions pas de larges extraits. Il y est dit 3 :

<r Que , par mépris de cette sentence et par un attentat à la justice, lesdits particuliers, qui, supposé qu'ils soient dans le droit de tenir des écoles de charité, ne devraient admettre dans iceDes que des pauvres, continuent au contraire à recevoir, dans plus de vingt écoles par eux tenues en différents endroits de la ville et fauxhourgs de Paris . tous ceux qui s'y présentent, de quelque état, faculté ou paroisse qu'ils puissent être, ainsi que les suppliants vous i'<>nt justifié, monsieur, par un état qu'ils vous ont mis es m. nus, contenant les noms, qualités et demeures d'un nombre très considérable de particuliers qui envoient leurs

1 Revue <lu monde catholique, IN72. I. XV, p. t~7. — 2 D'après Les

minutes du Châtelet, arrêl du 30 mai 1704. Arch. nat., Y, 9413. —

■ Pièce 'Ion! nous avons trouvé copie authentique aux Archives «les Frères.

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