REQUETE CONTRE LES FRERES
enfans auxdites écoles, encore bien qu'ils soient très éloignés d'être dans le cas de recourir à la charité. (Ici est intercalée une liste de noms. )
« Que cette entreprise n'est pas la seule qui ruine la communauté des supplians. Tous ceux qui, — sous l'autorité du sieur chantre de l'église de Paris ou autrement, — tiennent les écoles de charité ou de fondation dans toutes les paroisses , ne leur font pas moins de tort ; ils reçoivent non seulement les pauvres des paroisses sur lesquelles ils sont établis , mais encore des enfans de bons bourgeois, marchands et artisans; ils distinguent ces derniers en les mettant en lieux et places séparés. De laquelle malversation les supplians ont la preuve et en rapportent seulement une pour la justification de ce qu'ils exposent. Et, à cet effet, ils joignent à l'entreprise dudit de la Salle et de ses consorts celle des sieurs Desgoy et Dinval, qui conjointement tiennent, sur la paroisse des Saints-Innocens, une école fondée pour un nombre lixe d'enfans de pauvres rubaniers ; lesquels sieurs Desgoy et Dinval, abusant de cet établissement, reçoivent dans ladite école des enfans de bourgeois, marchands et artisans. Toutes lesquelles malversations ne se font pas sans intérêt, estant probablement vrai qu'on n'augmente jamais la peine à moins que la rétribution qu'on en attend ne porte à le faire; et ainsi les pauvres, pour qui ces écoles sont établies, ne sont pas ceux sur qui rejaillit l'attention des maîtres, mais bien ces enfans étrangers, par rapport à la rétribution que ces maîtres en reçoivent. Et ainsi les droits, privilèges et fonctions de supplians sont injustement usurpés par des particuliers chez qui régnent la tranquillité et le repos, pendant que les supplians, ou du moins un nombre considérable d'iceux , sont dans l'obligation de se procurer de quoi subsister, de chercher en province un établissement solide, ou de prendre le parti des emplois, estant sans écoliers et hors d'état de pouvoir satisfaire àleur capitation. Ce qui a si considérablement anéanti la communauté des supplians, qu'ils se voient dans l'impuissance de répondre, comme bons et fidèles sujets du Roy. au /de qu'ils ont d'entrer dans les besoins de l'Estat.
« Ce considéré, monsieur, il vous plaise, attendu les funestes effets que produisent de pareils abus à la communauté des supplians, leur permettre, pour en arrêter le cours, de faire assigner par devant vous, tant ledit sieur de la Salle que les nommés Ponce, Nicolas Gervet , Potier, Arabroise, Bernard, André. Antoine Nobert, Joseph. Baptiste Jean. Guillaume, Jacques, Jeannot , Pierre, François, Matthieu et autres consorts dudit sieur de la Salle, tenant différentes écoles dans les fauxbourg-s Saint- Germain et Saint- Marcel, et comme aussi lesdits sieurs Desgoy el Dinval et autres qui, tenant écoles de charité, y reçoivent des enfans qui ne sont pas dans le cas de la charité , pour voir dire que deffenses leur seront faites de recevoir, dans lesdites écoles de charité, aucuns enfans autres que ceux dont les pères sont véritablement pauvres et certifiés tels, auxquels il ne sera enseigné que des choses proportionnées à la qualité de leurs pères, à peine de cinq cents livres de dommages et intérêts pour chacun des contrevenans , envers la communauté desdits maîtres écrivains jurés. Et pour la contravention faite à votre dite sentence par ledit sieur de La Salle, il sera dès à présent condamné à deux mille livres de dommages et intérêts envers la communauté desdits maîtres écrivains jurés. A quoi ils se restreignent, nonobstant le tort considérable qu'ils ont souffert depuis ledit établissement.
<f Requièrent les supplians la sanction de messieurs 1rs gens <lu Roy, et afin que leur sentence qui de vous interviendra soit notoire, ordonner qu'elle sera affichée partout où besoin sera, et vous ferez bien. »
Ce réquisitoire-, forl habile, dénonçait à la fois toutes les écoles des Frères et d'autres écoles de charité, et faisail peser sur les Frères des accusations qui ne portaienl que sur les écoles qu'ils ne tenaient pas : ce n'était [>as a eux, en effet, que s'adressait le reproche de recevoir une rétribution des enfants riches et de séparer, dans les classes, les enfants aisés des enfants vraiment pauvres.
La requête du 7 juin fui suivit' d'une assignation à la-