NOUVELLES SENTENCES
quelle M. de la Salle ne répondit pas; et. le 11 juillet 170 i, une sentence fut rendue au Châtelet, qui condamnait les Frères à une amende de cinquante livres chacun, M. de la Salle à une amende de cent livres, et qui menaçait de poursuites les parents assez osés pour mettre encore, malgré leur aisance, leurs enfants aux écoles de charité.
L'arrêt du 11 juillet n'atteignait pas seulement M. de la Salle. Il frappait aussi, dans la personne des Frères de Saint-Hippolvte, les curés de Saint- Hippoly te et de Saint-Martin du Cloître-Saint-Marcel. Blessés dans leurdroits de tenir des écoles de charité , les deux curés forcèrent M. de la Salle de faire opposition au jugement. et ils intervinrent personnellement pour faire casser la sentence. L'affaire fut longuement plaidée: du côté des Frères et du côté des maîtres écrivains, des Mémoires furent rédigés. Le crédit des deux curés du faubourg Saint-Marcel ne fit aucune impression sur le juge du Châtelet, qui rendit, le 29 août 1704, un nouvel arrêt confirmant celui du 1 1 juillet.
Plus sévère encore que les précédentes, la sentence faisait « deffense aux Frères des escolles de charité de demeurer ensemble, nv de faire aucun corps de société ny commerce, jusqu'à ce qu'ils ayent obtenu des lettres patentes du roy et qu'ils les aient fait enregistrer; le tout à peine de trois cents livres d'amende et autres portées par les édits et déclarations de Sa Majesté... «. Ledit devait être affiché « aux portes desdites escolles et partout où besoin sera ».
Cette dure sentence, affichée dans tous les carrefours de Paris, ne fut pas exécutée partout avec la même rigueur. Au faubourg Saint-Germain et à Saint-Hippolvte. les curés maintinrent les Frères dans la direction de leurs écoles. Le séminaire des maîtres de campagne, qui était spécialement visé, resta ouvert et florissant jusqu au moment où Nicolas Vuyart trahit son devoir: la petite
école de charité, qui y était annexée, subsista plus longtemps encore '.
Les Frères de la rue de Charouue, moins protégés, subirent tout l'effort de la tempête. Des commissaires se présentèrent chez eux avec un attirail de marteaux, d'échelles el de charrettes. L'enseigne de la maison, qui portait seulement ces mots : Les Frères des Écoles chrétiennes, fut violemment arrachée. Les bancs, 1rs tables, les livres, tout ce qui servait à l'écriture et au dessin, et même à la lecture, fut emporté. Les Frères virent, sans élever une plainte, leurs classes livrées au pillage par des officiers publies. L'indignation du peuple, qui ne comprenail pas un tel brigandage, n'arrêta point les dévastateurs; les plaintes des pauvres, que la persécution de leurs maîtres frappait directement, ne furent point écoutées. La force triompha, pour le momenl du moins, de l'opinion publique2.
Le sac des classes de la rue de Gharonne amena la fermeture de l'école de charité. L'Ecole dominicale, cette heureuse institution qui avait préludé de loin à notre enseigneinenl moderne, trouva sa fin dans cette triste occurrence. Elle existait depuis plus de cinq années: elle avait formé déjà plusieurs centaines de jeunes apprentis; elle pouvait servir de modèle à d'autres fondations de ce genre. Le souvenir doil en rester, dans l'histoire de l'éducation, comme l'une des plus originales créations de Jean-Baptiste de la Salle. Pour parer aux inconvénients de la suppression de cette école. M. de la Chélardve pria M. de la Salle d'introduire dans les écoles de charité l'enseignemenf «lu dessin0'.
Le succès des maître- écrivains enhardit la communauté des maîtres des petites écoles. A leur tour, ils donnèrent du mouvement pour obtenir la fermeture des
Nous avons déjà raconté ces faits au § III du présent chapitre. — Bi u\. i. II. p, n». Ce pillage eul lieu dans tes derniers mois de l'année I 704. Bi un, t. I . p. W9.