‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 187 sur 320 · PLAINTES MES MAITRES ÉCRIVAINS · texte numérisé non relu

PLAINTES MES MAITRES ÉCRIVAINS

un troisième Frère vint prendre la seconde classe de Saint- Maelou; le 2i novembre, on en recevait un quatrième pour l'école de Saint-Eloi ;.

A peine furent-ils installés dans leurs écoles, que les Frères gagnèrent la confiance de la population et virent les élevés accourir en foule à leurs classes. Au bout de peu de temps, les deux Frères de Saint-Maclou comptèrent jusqu'à cent élèves chacun: celui de Saint-Eloi n'en avait pa- un moindre nombre: ils étaient cent cinquante à Saint -Godard.

Mais parmi ces enfants se glissèrent sans doute quelques élèves des maîtres écrivains. Ceux-ci s'alarmèrent de ces défections . et présentèrent une requête qui donna lieu au Bureau de prendre la délibération suivante - :

« Sur la requeste présentée par les maîtres écrivains de cette ville, que. dans les écoles établies dans ladite ville pour l'instruction des enfants des pauvres, les maîtres qui y sont préposez par l'ordre du Bureau, qui portent le titre de Frère- d'écoles de charité, y enseignent indifféremment toutes sortes de personnes, encore qu'elles ne doivent être que pour les véritables pauvres, suivant la volonté des sieurr- fondateurs , ce qui fait périr près de deux cents personnes ; dans les familles desdits exposants.— arrêté que le mémoire sera distribué aux rieurs quarleniers commissaires du bureau . pour être informé de la faculté des père et mère des enfants aisés qui vont aux écoles . et autoriser de congédier ceux qui ne seront pas véritablement panvres, et qui auront moyen d< faire instruire ailleurs, et qu'à l'avenir ceux qui prétendront être reçus aux écoles, apporteront certificat des

1 D'après le Registre des délibérations du Bureau : le 11 août, frère Guillaume; le 24 novembre, frère Joachim. — - Registre des délibérations du Barean des pawre* valides: Rouen, Archives de la Préfecture. Délibération 'lu 2+ novembre 1705. — z Ce nombre est exag< sein par la requête. Il faul remarquer cependant que- chaque moitié écrivain n'avait guère que de quatre à dix éic - Mode

individuel dans l'ei s snt.

sieurs curez de leur paroisse sur le fait de leur pauvreté, qu'ils présenteront au bureau pour estre pourveu à leur admission, ainsv que de raison. »

(les dispositions, prises pour calmer la jalousie des maîtres écrivains, n'allégèrent point le fardeau qui pesait lourdement sur les épaules des quatre Frères. Ces humbles religieux étaient soumis, en effet, à un surmenage inouï, menant de Iront les devoirs d'hospitaliers et les travaux de maîtres d'école. Dès le matin, ils assistaient au lever des pauvres de l'hospice, pour les aider, et leur faisaient la prière. Us allaient à huit heures dans leurs classes respectives, pour instruire les entants pauvres de la ville. De retour à midi, ils commençaient par servir les vieillards; le repas des pauvres fini, ils mangeaient à leur tour, mais hâtivement, afin d'être de bonne heure dans les écoles, au milieu de leurs enfants. Us n'en revenaient qu'à six heures du soir, et c'était encore pour assister les pauvres dans leur repas, les instruire des vérités de la religion et leur faire la prière '.

Un tel règlement de vie, qui ne tenait aucun compte des limites imposées aux forces humaines, ne pouvait être observé sans un notable préjudice pour la santé et pour la ferveur religieuse. Sans doute les anciens maîtres v avaient été soumis, mais ils en avaient allégé le poids en négligeant les écoles. Les Frères, qui mirent un zèle égal au soin des pauvres de l'hospice et à l'instruction des enfants, ne purent résister. Plusieurs d'entre eux. exténués de fatigue, tombèrent malades; à mesure qu'ils étaient mis hors de service. M. de la Salle les remplaçai! par de plus vigoureux-. Ce qui le préoccupait le plus, celait l'impossibilité pour les Frères de vivre en communauté, de se ressaisir eux-mêmes dans le recueillement et la prière. En peu de temps, cette désorgani-

1 Bi un. t. II. p. 23. — 2 Ibid., p. 24.

Page 1