CONDITIONS 0NEREUS
faire le catéchisme aux pauvre- vieillards el aux grands garçons y renfermez :. Pourront lesdits Frères se retirer en telle maison dans la ville qu'il- jugeront à propos pour s v nourrir, entretenir et louer conjointement ensemble, comme il est dit cy- devant, en telle manière qu'ils aviseront bien, parce que ledit hôpital leur payera seulement la somme de six cents livres par chacun an. à courir du jour qu'ils commenceront leurs exercices. »
La situation établie par cette délibération subsista longtemps. La seule modification apportée fut que les Frères désigné- pour aller à l'hôpital cessèrent bientôt ce service, puisque, dès le 20 septembre suivant, le Bureau rétablit les anciens maîtres dans leurs fondions à l'intérieur de l'hôpital -.
Les engagements pris par M. de la Salle étaient fort onéreux pour l'Institut. En se résignant à ne recevoir que six cents livre- pour le traitement de dix Frère-. alors qu'il demandait d ordinaire trois cents livres en plus du logement pour chaque maître , il donna l'exemple d'un grand désintéressement et d'une parfaite confiance en Dieu. S'il n'avait pas eu le vif désir de continuer l'œuvre de Nyel à Rouen, jamais il n'aurait pris une pareille charge. Après avoir consacré trois cent dix livres au loyer d'une maison, il ne lui resta, pour nourrir et entretenir les Frères, qu'une somme dérisoire. Saint- Yon, il est vrai, faisait alors quelques bénéfices : il les employa au soutien des écoles de la ville. La Providence, de son côté, lui vint en aide par les mains de personnes charitables. Toutefois, jamais l'abondance n'entra dans la maison des Frères: souvent h* faim y éprouva ces fervents religieux. Ils en souffrirent particulièrement durant la famine de 1709, si bien qu'ils gardèrent très vivant le sou venir d'une somme de vingt-deux livres,
1 En marge <>n lil : < Cet article ;i été changé. » — - Voir ! des délibérations ■■/■■ Bureau des alides, ï< la dal • du 20 sep-
tembre 1707.
presque une fortune pour leur détresse, qui leur fut remise avec un billet ainsi conçu : << Xe vous embarrassez poinl d'où vient celle charité ; mettez seulement voire confiance en Dieu, ayez soin de le servir fidèlement, et lui-même vous nourrira1. »
Les injures leur lurent moins épargnées que l'argent. Dans les premiers temps surtout, leur patience fut mise aux plus rudes épreuves. Le peuple des rues, étonné de la singularité de leur costume, leur infligeail mille outrages; leur humble contenance ne faisait qu'enhardir une populace qui se voyait libre de les insulter impunément. Les gens de qualité, au lieu de les protéger, contemplaient avec un malin plaisir les malversations dont ees religieux étaient l'objet. Leur vertu cependant ne manquai! pas d'admirateurs; car, un jour que deux Frères étaient en butte aux injures dans la rue, un prêtre s'approcha d'eux et leur dit : « Ah! quel bonheur esl le votre, mes chers Frères, si vous sçavez leconnaître, et que je vous l'envierais, si j'avais assez de grâce pour le goûter! Vous êtes rassassiés d'opprobres; mais, si ces mépris vous plaisent el si vous vous y plaisez, vous n'êtes pas à plaindre. Ce qu'il y a de plus précieux et de plus glorieux esl votre partage, ainsi que parle saint Pierre
M. de la Salle, lorsqu'il était à Rouen, partageait les humiliations de ses Frères3. Mais, loin de s'en plaindre, il se réjouissait d'acheter à ce prix les bénédictions célestes qu'il attendait pour ses œuvres de Rouen. Ses privations, ses travaux et ses humiliations furent en elle! largement payes par la main de Dieu. A la place des injures, les Frères recueillirent bientôt les sympathies et la vénération. Quanl aux œuvres, déjà elles étaient prospères, car Sainl-Yon était devenu, pour l'Institut, un centre de vie et de développement.
îlain, i. II, p. 28, el M mii 1 1 1 !.. p. 192. — - l'.i ain, i. Il . p. 28. — ; \! \n m mu. p. 189.