SOLLICITUDE POUR LE NOVICIAT
De leur côté, les dames de Saint- Amand, heureuses de témoigner leur estime envers la communauté qui prenait leur place, laissèrent généreusement, pour L'usage des Frères, les tableaux et les tapisseries de la chapelle, ainsi que divers meubles de la maison.
Ce fut dans les premiers jours du mois d'août 1705 !, que M. de la Salle installa ses novices dans leur nouvelle demeure. Ils étaient peu nombreux, six seulement, tant les circonstances avaient été fâcheuses. Mais ils avaient à leur tête un homme habile, d'une grande piété, destiné à être la colonne de l'Institut, le frère Barthélémy. Sous la sage direction de ce maître , les novices se multiplièrent : onze nouveaux, parmi lesquels on ne compta qu'une défection, furent admis avant la fin de cette année 2. Dix autres postulants, dont huit persévérèrent dans l'Institut, se présentèrent durant Tannée 1706 3. Cette afïluence de sujets fut, pour le saint fondateur, la juste récompense de tant d'épreuves patiemment souffertes. Il pourra bientôt faire face aux nombreuses sollicitations qui lui viendront de diverses provinces.
Aucune partie de son Institut ne lui était plus chère que le noviciat ; tout l'avenir, il le comprenait bien , dépendait de la formation de ces jeunes recrues. Aussi, non content d'en confier la direction au Frère qu'il estimait le plus capable, il s'y dévouait lui-même avec la plus paternelle sollicitude. Quoiqu'il eut reçu de l'archevêque les pouvoirs les plus étendus pour le diocèse tout entier, il limitait son zèle à sa chère communauté; dès
' Le bail avait été passé le 11 juillet IT0:i | Archives «le lumen, 1), 539 . — - Parmi eux on remarquait: Jacques Nonnez, frère Fiacre; Gervais île Brecq, frère Antonin; Nicolas Lubez, frère Romain; Charles Bouilly, Frère Jacques; Vincent Floquet, frère Michel... Le Frère infidèle lui renvoyé en 1728. (Lucard, Annales, I, p. 180, d'après le registre 'les admissions, conservé aux Archives de l'Institut. — ! Parmi eux uous remarquons: frère Dosithée, frère Léonard, frère Dominique, frère Casimir, frère François, frère Augustin... (Lucard, Annales, p. 209, toujours d'après le Registre.)
400 L'ETABLISSEMENT DK ROUEN
rares étaient les exceptions à cette règle, qu'il s'était luimême imposée '.
Il aimait à vivre à Saint- Yon, au milieu de ses enfants. Lorsque les affaires ne le retenaient pas à Paris, il y revenait avec bonheur. Là, en effet, il trouvait la paix, le silence; il était à l'abri de la contradiction des hommes. Aux portes de Rouen, il était aussi isolé que dans un désert; son attrait pour la vie retirée et pour l'oraison ne rencontrait aucun obstacle.
Les conversations des hommes ne le distrayaient point de sa constante union à Dieu. Avec ses novices et ses Frères, il ne traitait que des affaires du salut et de la perfection chrétienne. Les trois ecclésiastiques qui l'avaient suivi de Paris, et s'étaient attachés à lui comme des disciples à un maître-, ne demandaient qu'à l'entendre parler des choses saintes. M. de Ponlearré , il est vrai, venait souvent, presque tous les jours, à Saint-Yon3; mais il y venait pour trouver la solitude et pour se soustraire aux bruits du monde, pour s'imprégner de l'atmosphère religieuse, toute céleste, que son saint ami faisait régner dans cette retraite, ou pour s'entretenir avec lui des choses de la foi.
fout en renouvelant son noviciat dans la ferveur, M. de la Salle n'oubliait pas ses frères dispersés. Il craignait, non sans motif, que les secousses des dernières années n'eussent ébranlé la vocation ou diminué la ferveur d'un certain nombre. C'est pourquoi, dès le mois de septembre 1705, il s'empressa de rétablir la retraite annuelle, telle qu'elle avait été pratiquée avec tant de fruit à Vaugirard et à la Grand'Maison. Il convoqua dnne tous les Frères que les vacances laissaient en liberté, et il s enferma avec eux dans Saint-Yon pour une retraite de lmil jours.
1 Ci un, i. Il . p. 30. Mah i i i er, p. 196. — - Bi v.n .1. Il , |>. :tl. — :1 [bid., i». 31.