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ÉCOLE DE MARSEILLE

paroisse Saint-Laurent , où les pauvres étaient entièrement délaissés. Dan- ce quartier, peuplé de marins, les enfants parlaient en mer des l'âge de neuf à dix ans, de sorte qu'ils échappaient île bonne heure à toute influence religieuse. D'ailleurs, avant cet âge, ils se montraient si turbulents et si indisciplinés, qu'ils semblaient devoir être revèebes à toute éducation. Mais il en résultait pour eux les inconvénients les plus graves ; ils grandissaient dans l'ignorance et le vice; par défaut de culture, ils étaient incapables de se faire, dans l'âge mûr. une situation sortable ; chez les musulmans, qu'ils fréquentaient 9ur la côte d'Afrique, plusieurs perdaient la foi, et ceuxlà même qui n'apostasiaient pas ne faisaient d'ordinaire que de mauvais chrétiens. Vainement le clergé paroissial avait-il essayé , en multipliant les prônes et les catéchismes, de remédier au mal; leurs efforts restaient inutiles, parce qu'ils n'atteignaient pas les enfants1.

La fondation d'une école charitable était le seul moyen de les saisir. Pénétrés de cette idée, les notables de la ville s'assemblèrent, le 13 mars 1704, au nombre de trente-quatre, et s'engagèrent à payer chacun la somme annuelle de dix livres, pour l'entretien d'une école. Des statuts, empreints du plus pur esprit de foi, furent rédigés pour guider le maître dans son travail d'éducateur. Le maître choisi dans rassemblée du 1<> mai suivant fut un jeune diacre nommé Baron : il reçut la mission d'enleigner la lecture, l'écriture, l'arithmétique et le catéchisme, de conduire chaque jour les entants à la m après la classe du matin2. Dans la France entière, les écoles charitables se fondaient avec cette intensité de vie chrétienne.

De- l'année suivante, il l'ut question de confier aux Frères l'école de Saint -Laurent. Le succès de- écoles d'Avignon était connu ;"i Marseille par des voyageurs qui

1 D'après le Dessein... — 2 Ibid.

en avaient parlé avec admiration1. D'ailleurs, en 1605, le célèbre Père Croizet, jésuite, qui prêchait à Marseille, manifestait pour l'Institut les plus vives sympathies. Après en avoir conféré avec les fondateurs de l'école, il écrivit à l'évèque de Marseille2, alors à Paris, pour obtenir de M. de la Salle qu'il accordât pour Marseille deux des Frères d'Avignon. Ce fut sans doute à la suite de cette démarche que notre Saint écrivit au frère Drolin, le 4 septembre 1705 : « Nous allons faire un établissement à Marseille 3. »

Dans leur assemblée du "21 janvier L706, communication fut laite aux fondateurs d'une lettre de l'évèque agréant le choix des Frères pour l'école de charité, et annonçant que M. de la Salle enverrait incessamment des Frères d'Avignon. Celte nouvelle fut accueillie avec une joie unanime, dont l'expression se reconnaît jusque dans les termes du procès-verbal : « On pourra y avoir jusqu'à trois de ces Frères pour y enseigner à lire, à écrire, et l'arithmétique à ces pauvres enfants, et. pardessus tout, le catéchisme, selon l'usage de ce diocèse, et la crainte de Dieu l. »

Dès le mois de février \ en effet, le frère Albert se rendit à Marseille avec un autre Frère. Il prit possession de l'école le ('» mars6, el la conduisit avec beaucoup de piété el de prudence, et au grand contentement de tous les paroissiens. Les enfants y affluèrent en si grand nombre, qu'au 16 avril on en compta près de deux cents7, el que les fondateurs résolurent d'ouvrir une

1 Gabriel Morelel el Jourdan , riches négociants de Marseille, en avaient fait !<• plus enthousiaste rapport. — 2 L'évèque 'le Marseille était alors M. Vintimille du Luc. — 3 Lettres, série C, n° 53. — ■ D'après le procès-verbal <!u 21 janvier 170(1. — "• Des le II février, M. de la Salle signale la présence des Frères à Marseille. Lettres, série < ■ . n° 59. Il se peul que les Frères ne fussent pas encore partis; car ils n'ouvrirent leur classe que le 6 mars. — ,; Procès-verbal du i. avril 1706. — ' Lettres, série C, n° 55. M. de la Salle écrit le 16 avril:

Nous avons des Frères à Marseille qui commencent depuis peu. Ils

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