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ÉCOLE DE MARSEILLE

seconde classe pour les mettre au large1. Dans l'assemblée du (') avril, le frère Albert fut mandé pour recevoir les félicitations du Bureau. Il fut prié « de s'attacher principalement à élever les enfants dans la crainte de Dieu, et de les instruire de tous les devoirs de chrétien , ce que ledit Frère promit avec beaucoup de modestie, moyennant l'assistance du Seigneur - » .

Pour qu'aucun enfant n'échappât à l'heureuse influence des Frères, le Bureau ne reculait pas devant les moyens énergiques. En effet, dans l'assemblée du 3 juin, il fut décidé qu'on prierait la commission d'assistance des pauvres honteux « de ne donner aucune aumône aux pauvres qui ont des garçons depuis l'âge de cinq à dix ans, qu'ils n'eussent un billet des Frères comme leurs enfants vont à l'école des pauvres garçons » ; car on avait constaté « que plusieurs n'y allaient pas par libertinage 3 ».

Cette école de Frères, commencée sous de si heureux auspices, fut la seule que posséda Marseille jusqu'en i720*. A cette époque, les classes furent momentanément fermées par suite du fléau qui désolait la ville ; les deux Frères furent atteints de la peste : l'un d'eux mourut; l'autre, sauvé comme par miracle, n'usa de la vie que pour la consacrer aux soins des pestiférés. Le fléau passé, M. de Belsunce, l'illustre évêque de Marseille, voulut que les quatre autres écoles de la ville fussent dirigées par les Frères. L'hôpital lui-même en demanda pour les enfants pauvres qui s'y trouvaient. En 1727. ils étaient au nombre de seize, généreusement entretenus par la ville , lorsqu'ils furent reçus au nombre des Réguliers et traités comme tels. Ce développement fut la

y ont près de deux cents écoliers. Il y a des écoles en quatre quartiers, ils les auront toutes dans la suite. »

1 Procès-verbal du 6 avril. — '2 Ibid. — 3 Procès- verbal du 3 juin. Le procès-verbal du 2 septembre laisse supposer que 1»; frère Albert n'était déjà plus à Marseille. M. de la Salle allait bientôt lui faire créer un établissement à Valréas. Lettres, série C, n" 62. — '' Blain , t. II, p. 12-13.

juste récompense des souffrances morales que, vers 17 J 2, à Marseille même, notre serviteur de Dieu supporta avec un si héroïque courage1.

La fondation de l'école de Mende ne fut pas moins consolante que celle de Marseille pour M. de la Salle. Elle se lil sur l'initiative et à la prière de François -Placide de Baudry «le Piencourt, évèque de Mende, comte de Gévaudan *.

Ce pieux prélat, depuis son entrée à Mende, en 1678, n'avait oessé de promouvoir les œuvres de zèle. A la suite du synode de 1686, il avait exhorté .ses prêltres, prieurs el curés, « de procurer à leurs paroisses de bons maîtres d'écoles, et de faire eu sorte que, dans les lieux considérables, et au moins clans les villes, il y eut des maîtres pour les garçons et i\v< maîtresses pour les filles . Lorsqu'il sentil sa fin prochaine, il voulut laisser, comme un gage de son dévouement à sa ville épiscopale, un capital dont la rente serait suffisante pour entretenir deux écoles charitables, une pour les garçons et l'autre pour les filles, Dans l'offre qu'il en lit au conseil de ville. le 29 juin 1706, il disait expressément que les maîtres seraient <■ de ceux qui sont élevés à Paris pour l'instruction el éducation de la jeunesse l ». Très touché de la générosité de son sainl évêque, le conseil de ville accepta de fournis les appartements nécessaires pour loger les maîtres et l'aire les classes, d'autant plus que ces conditions, dit le procès -verbal, « ne son! rien en comparaison de l'avantage qui doit en revenir au public5. »)

M. de Piencourt se hâta d'en écrire à M. de la Salle, cl le supplia d'envoyer deux maîtres pour commencer à Mende l'école de charité. Le supérieur, pour lors liés

' Cf. chap. \. — - La plupart des renseignements concernant Mende sont tirés des Archives départementales de la Lozère, série G, liassi 'kl, 64, 728, 1031, i";-'. 1078, et des archives communales de Mende, — : Archives départemenales de la Lozère, (i, 728. — ' Archives coat> munales de Mende, série BB, n° 9, fol. 59. — 5 Ibid.

ECOLE DE MEXDE 431

dépourvu de sujets formés, détacha le frère Pouce des œuvres de Rouen et lui confia la mission de répondre aux flatteuses avances de l'évêque. Le frère Ponce se montra digne, en effet, de celle confiance; caractère décidé-, maître habile, religieux d'une vertu sérieuse, il obtint un plein succès. Arrivé à Mende vers Le mois de février 17071, il eut si promptement organisé son école, que. dès le H avril suivant, l'évêque en faisait l'éloge dans une lettre adressée à M. de la Salle -.

Je ne puis, monsieur, disait-il. assez bénir Dieu de vous avoir inspiré le dessein de former des maîtres d'école pour instruire la jeunesse et la former dans la piété chrétienne. Les séminaires forment les bons ecclésiastiques; mais les bons maîtres d'école, donnant les premières impressions de la piété et de la religion, peuvent contribuer à sanctifier tous les chrétiens. On ne peut être plus content que je le -uis du Frère que vous m'avez envoyé, qui commence, en attendant un autre pour le secourir. à instruire notre jeunesse. Je vous serai fort obligé de lui joindre un bon sujet qui soit capable tant pour l'écriture que pour l'arithmétique; car c'est le moyen d'attirer toute la jeunesse, et par là de lui donner les premières impressions de la piété chrétienne. Je leur donnerai de ma part toute la protection qu'ils peuvent attendre, en sorte qu'ils auront une satisfaction parfaite dans leur emploi en cette ville. Le frère Ponce vous peut rendre compte de mes bons sentiments pour lui et pour cet établissement. Je vous supplie que mes bons sentiments augmentent par le bon choix que vous ferez des maîtres d école que vous m envoverez. Je vous en serai sensiblement obligé. »

M. de la Salle répondit à une lettre si sympathique par l'envoi d'un second Frère; il était (railleur- urgent

1 Aucun document ne fixe cette date; mais elle résulte d'une lettre de M. de la Salle, Lettres, G, n° 62, et de la lettre de l'évêque. — ' Lettre conservée par Bl.un, t. II, p, <>■.

de secourir le frère Ponce , que l'excès du travail avait rendu malade. Le frère Mathias, maître instruit mais caractère difficile , fut désigné pour Mende ; les lettres que lui écrivit M. de la Salle1, spécialement en 1708, laissent supposer qu'il troubla plus d'une fois la paix de la communauté. Peut-être fut-il le premier agent de ce mauvais esprit dont Blain2 parle en termes si sévères, et sur lequel nous aurons à revenir. Ses débuts furent bons néanmoins, el il concourut pour une large part au succès de l'école. Avant le mois d'octobre, il fallut qu'un troisième Frère vînt au secours des deux premiers.

Les marques d'estime et les témoignages de satisfaction ne se firent pas attendre. Dans la délibération du 10 octobre3, le conseil de ville remerciait l'évèque d'avoir t'a il venir « trois Frères de l'institution de M. l'abbé de la Salle, qui est une nouvelle congrégation instituée uniquement pour l'instruction de la petite jeunesse, et dont la piété et le zèle sont d'une édification connue dans plusieurs villes du royaume, et ils ont déjà ouvert leurs écoles en celle-ci avec un fruit merveilleux ».

L'essai des premiers mois parut à l'évèque une garantie si sûre de l'avenir, que, le 19 octobre 1707. pour prévenir les surprises de la mort, il voulut fixer par son testament la situation des Frères4. 11 légua pour l'entretien de trois maîtres la somme de cinq cent dix livres de rente, et deux cent cinquante livres pour l'entretien de deux maîtresses d'école5. Il exige que les écoles de garçons restent à perpétuité aux mains des Frères des écoles chrétiennes, parée que, dit-il, les maîtres formés par M. de la Salle « sont les plus fameux6 du royaume el ceux où la jeunesse fait plus de progrès dans la vertu ».

1 Ces lettres, où !<• millésime manque, sont presque toutes de 1708. — 1 l'.i un. I. II, p. iT is. — : Archives communales <lr Mende, série BB, n° 9, fol, 79. — ' Minute de Me Borier, notaire à Monde. Copie à la maison mère des Frères. — ' D'après le testament. — ,; Le sens de ee mol es! : « qui <>ni le plus de réputation.

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