ÉCOLE A VALRÉAS
Les considérants de ce legs honorent trop le caractère du grand évêque pour n'être pas cités : « Etant convaincu, dit-il, que le salut des peuples et leur bonheur éternel dépend principalement d'une éducation sainte de la jeunesse de l'un et de l'autre sexe, et qu'après les marques d'affection et de prédilection que non- avons données à nos chers concitoyens de notre chère ville de Mende, par la construction et la fondation que nous leur avons fait d'un hôpital général, qui est un azile perpétuel et universel pour toutes les disgrâces de la nature et de la fortune. . . , nous ne pouvons leur en donner de plus grandes qu'en leur fondant des écoles publiques, qui ne leur laissent rien à désirer de tout ce qui peut concourir au salut de leurs âmes et à leur félicité temporelle... »
Un langage si noble . si chrétien et si social tout à la fois, allait, bientôt recevoir sa récompense; car le saint évêque de Mende mourut le 10 novembre suivant. Son panégyriste put dire que, « par la droiture avec laquelle il avait disposé des biens temporels de son Eglise , il s'était fait des amis qui, selon la promesse de Jésus- Christ, l'auront reçu dans les tabernacles éternels1. »
En même temps que le frère Ponce ouvrait l'école de Mende, le frère Albert en ouvrait une autre à Valréas, petite ville de l'ancien diocèse de Yaison , dans le Gomtat- Venaissin. Nous ne connaissons cette fondation que par la correspondance du serviteur de Dieu. Le 28 août I 705, il écrivait au frère Drolin que déjà l'évèque de Yaison demandait dc^ Frères2. Nous apprenons, par la lettre du lei avril 1707, que c'était pour Valréas. « Le frère Albert, dit-il, a encore l'ait un établissement à Valréas, dans le diocèse de Yaison. Mu1' l'évèque de Vaison, que vous connaissez , approuve fort nos Frères , et leur a donné sa maison de Valréas pour logement'.
1 Cet éloge funèbre, prononcé le I" novembre 1708, an service anniversaire, se trouve aux Archives départementales de la Lozère, série G, n« 45. — 2 Lettres, série C, n° 63. — 3 Lettres, série C, n° 62.
La même année, les Frères furent mandés à Alais pour combattre le calvinisme par l'école. La ville d' Alais, autrefois dépendante de Nîmes, venait d'être érigée en é\ relié, à la prière de Louis XIV, par le pape Innocent XII. C'était depuis longtemps un foyer d'hérésie; on y comptait à peine une famille sur douze qui fût catholique. Après avoir essayé de réduire les huguenots par les armes, le roi très chrétien avait pensé qu'un évêque, entouré d'apôtres zélés, servirait mieux ses religieux desseins. En conséquence, il avait nommé évêque d'Alais1 un homme énergique, François -Maurice de Saulx, chef des missions royales du pays.
Le nouvel évêque choisit pour collaborateur, avec le litre de vicaire général, M. de Méretz. chanoine de Nîmes. prêtre également recommandable par son zèle, son expérience des âmes et sa hauteur de vues. En parcourant l'histoire des Cévennes, F évêque et son grand vicaire reconnurent que l'hérésie calviniste n'avait pris racine et ne s'élail ('tendue que par dc> instituteurs huguenots: il fallait donc chasse]' Le mal comme il était venu et ramener le catholicisme par de bons maîtres d'école. Mais où les trouver? Car il était nécessaire qu'ils fussent habiles, vertueux, désintéressés, pris à une source qui pût en donner toujours.
M. de Méretz, ancien élève de Saint-Sulpiee, avait appris tpie M. de la Salle, son ancien confrère au séminaire de Paris, avait formé une communauté de maîtres qui répondaient précisément à cet idéal. Le bruit de leur succès dans les- écoles d'Avignon et de Marseille était arrivé jusqu'à lui. Il n'eut pas de peine à persuader a :que qu'il fallait s'adresser aux Frères des Ecoles chrétiennes, et, le '2 juin I7H7. au nom de l'évèque d'Alais. il écrivit à M. de la Salle la lettre suivante* :
! François -Maurice de Saulx, sacré le 29 aoûl 1694, mourut nu mois tobre 1712. — '-' Lettre empruntée à Blain, t. II. p. 51.