ECOLE D'AÏ. AIS
« Je ne sçai, monsieur, si mon nom vous est encore connu et s'il vous est resté quelque idée de moi; mais je ne vous ai jamais oublié, et il me souvient très bien de vous que j'ai vu au séminaire de Saint-Sulpice ; vous étiez pour lors chanoine de Reims: c'était en L-671. J'ai apris qu'ayant quitté voire cauonicat, vous vous étiez adonné à toutes sortes de bonnes œuvres, et entr' autres à former une communauté de maîtres d'école, qui font beaucoup de bien partout où ils sont établis. Nous en aurions besoin en ce païs-ci, où nous avons peine à en trouver de catholiques, à qui nous puissions confier l'éducation de la jeunesse. Il nous en faudrait deux dès à présent pour Ahiis. Il s'agit de détruire l'hérésie en ce païs et d'y établir la religion catholique. L'œuvre est grande, et il faut de bons ouvriers. Nous les ferons payer par la Communauté. Ainsi vos maîtres n'auront rien à demander aux parens des enfans. Les pensions des maîtres sont déjà établies par Sa Majesté; et ainsi ce ne sera pas chose nouvelle. Mais il faut prendre ces huguenots par leur intérêt et leur faire voir que ces nouveaux maîtres formeront de bons écrivains. J'ai recours à vous, monsieur, pour avoir de vos élèves. Le Père Beauchamp, jésuite, m'a fort loué ceux qu'il a vus à Avignon et à Marseille, qui sont des villes fort catholiques. Le diocèse d'Alais est quasi tout huguenot : ainsi on a grand besoin de bons ouvriers qui puissent y rétablir la religion par l'éducation des enfans... Ayant du zèle comme vous en avez, il faut, s'il vous plaît, jetter les yeux sur ce pais, qui est le canton de ce Royaume où la Religion a le plus besoin de secours; et je vous puis dire encore que nous avons plus besoin de maîtres d'école que de tous autres ouvriers: car nous avons des prédicateurs, et nous manquons de catéchistes... J'attendrai l'honneur de votre réponse... »
La réponse de M. de la Salle ne se fit pas attendre. La lettre de son ami allait trop bien aux désir- de son propre cœur, pour qu'il ne s'empressât pas d'envoyer des
maîtres. Dès le mois d'octobre, en effet, deux Frères ouvrirent une école catholique dans la ville d'Alais. L'évêque ne tarda pas à reconnaître quels puissants auxiliaires il avait acquis. Ayant visité leurs classes et étudié leur méthode d'enseignement , il résolut de remettre entre leurs mains tous les écoliers de la ville et d'interdire tous les autres maîtres d'école. Cette ordonnance , à laquelle il tint sévèrement , amena les élèves en si grand nombre, que les écoles furent débordées, et qu'il fallut appeler d'autres Frères. Il le fit lui-même dans sa lettre du 28 janvier 1708, adressée au serviteur de Dieu1.
« Nous avons ici, monsieur, vos Frères maîtres d'école, dont on est fort content, ce qui m'en fait souhaiter plusieurs autres pour les répandre dans nos villes des Cévènes el dans tous les gros lieux. Quand j'en aurais trente, je les employerais bien. J'ai l'honneur de vous remercier de ceux que nous avons et de vous en demander d'autres. Je fais et ferai pour eux tout ce qui m'est possible. Ils font des biens infinis. J'aurai soin, pour les entretenir dans l'esprit que vous leur donnez, de veiller sur eux et île leur donner bonnement mes avis, quand il sera nécessaire, el île plus de vous en rendre compte. Nous avons besoin iei d'un Frère polir une seconde grande classe. parce que nous sommes obligez de soulager celle qui est établie, à cause du nombre et pour la commodité des habitants. J'espère que si nous pouvons étendre les secours • le vos bons el chers Frères, ce sera un moyen infaillible de faire beaucoup de progrez dans les familles de nos pauvres catholiques. Je vous mande, monsieur, mes sentiments, afin (pie vous vouliez bien que nous agissions de concert ensemble dans ce païs perdu, el qui mérite votre zèle charitable. Vous pouvez bien compter que je n'épargnerai rien pour le secours de vos Frères, el (pie
1 Lettre empruntée ;'i Blain, |>. 52.