ECOLE D'ALAIS
je serai avec affection dans leurs petits intérêts dans toutes les rencontres. Je demande vos bonnes prières; vous assurant, monsieur, que c'est sincèrement et de tout mon cœur que je suis votre très humble et très obéissant serviteur. »
Nous aimerions à citer les réponses de notre Saint à des lettres si consolantes pour lui ; mais elles ne nous sont pas parvenues. Il envoya le troisième Frère qu'on demandait à Alais ; mais il n'était pas en mesure de peupler de Frères toutes les écoles que l'évêque aurait voulu créer. Les maîtres d'Alais étant payés par le roi, l'école d'Alais porta le nom d'Ecole royale '.
Cependant l'établissement d'Alais ne se fit pas sans contradiction. L'évêque ne souffrait pas qu'aucun autre maître, soit catholique, soit huguenot, tînt école à côté des Frères. Et comme bien des maîtres recevaient des enfants en cachette, malgré sa défense formelle, il obtint du roi un édit qui chassa de la ville tous ces maîtres d'école. Par ordre du roi, tous les enfants sans exception, même ceux qui ne fréquentaient pas les écoles, durent aller, chaque dimanche et chaque jour de fête, au catéchisme des Frères. La crainte de l'amende remplit les écoles.
Mais cette multitude d'enfants ne fut pas d'abord une consolation des Frères. Les jeunes huguenots surtout, que leurs parents, par zèle religieux, jugeaient bon de mettre en garde contre la doctrine des Frères, étaient fort difficiles à tenir dans le respect. Néanmoins, à force de dignité, de patience, de constante impartialité, les Frères établirent la discipline dans leurs classes. Les catholiques, plus instruits, furent raffermis dans leur foi : si les huguenots ne se convertirent pas toujours, du moins ils apprirent à ne pas dédaigner leurs adversaires.
Ce fut aussi par l'intermédiaire d'anciens élèves de
1 Blain. t. II, p. 50-54.
Saint -Sulpice, qui l'avaient connu à Paris, que M. de la Salle fut amené à créer des écoles charitables à Grenoble MM. de Saléon ' et Canel2, tous deux chanoines de Saint-André, à Grenoble, faisaient partie d'un Bureau de charité, dont les membres travaillaient à l'envi, avec aulant d'humilité que de charité, au soulagement des pauvres et à l'instruction de la jeunesse. Les statuts de cette association témoignent du zèle le plus éclairé pour l'œuvre de l'éducation. « L'ignorance dans laquelle vivent la plupart des pauvres, y est-il dit, est sans contredit la source funeste des dérèglements auxquels ils s'abandonnent. Accoutumés dès leur bas âge, et par l'exemple de leurs parents, à mener une vie oisive qui se passe dans l'ignorance de tout ce qui regarde la religion de Jésus-Christ, ils laissent écouler leurs jours dans des vices et des désordres d'autant plus considérables et continuels, qu'il n'esl point de digue qui les arrête3. »
Persuadés que des écoles de charité étaient le seul remède au dévergondage des enfants, les associés, parmi lesquels on comptait les personnes les plus honorables de la ville , se cotisèrent pour avoir des maîtres qui pussent faire gratuitement la classe aux pauvres; la cotisation variait de vingt à cinquante livres, suivant la condition des souscripteurs. Avec beaucoup de sagesse, le Bureau résolut de n'ouvrir qu'une seule école pour faire l'essai, el de la placer sur la paroisse Saint-Laurent, où les pauvres riaient en plus grand nombre A. L'évêque de Grenoble, Etienne Le Camus5, bénit cette noble entreprise.
1 M. de Saléon devint successivement évêque d'Agen 1728 . de Rodez 1735 . archevêque de Vienne 174"/ , el mourut en 1751. 11 ne fut pas condisciple de M. de ta Salle à Saint- Sulpice, mais le connut seu-- Lemenl plus tard. — - M. Canel était conseiller-clerc au parlement dfl Grenoble, — Tai lier, le Vrai livre du peuple. Voir des extraits ded statuts du Bureau de charité. — ' Ibid. Consulter les Archives départementales «le l'Isère : ancien fonds de l'évèché de Grenoble, n — ■' Etienne Le Camus, évêque de Grenoble, mourut !>■ 12 sep-