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CRISE DE MAI VAIS ESPRIT

L'Institut venait d'échapper aux atteintes de la famine et de la maladie, lorsqu'il eut à se protéger contre le fléau bien plus dangereux du mauvais esprit. Dans la communauté de Paris s'ourdii un véritable complot contre la personne du saint fondateur1.

Par suite des longues absences de M. de- la Salle, que les soins de son noviciat avaient souvenl retenu à Rouen, un certain relâchement s'était introduit parmi les Frères de Paris : ils étaient devenus moins réguliers, et surtout moins mortifiés. Dés son retour à Paris, en I7ll(.), le sage supérieur remit en honneur toutes les pratiques d'austérité auxquelles il savait que la ferveur religieuse est attachée. Ce changement de vie fut une première occasion de mécontentement et de murmure ; la nature regimbait contre l'effort de la grâce.

De plus,. la pension du curé de Saint-Sulpice, qui, sans être une fortune, permettait jusqu'alors aux Frères ot Paris de vivre à l'aise, devint tout à fait insuffisante, quand, le noviciat étant revenu de Rouen, elle dut subvenir aux besoins de près de quarante personnes. Au reste, nous l'avons dit plus haut, ni la cherté des vivres ni l'exiguïté des ressources n'empêchaient M. de la Salle de recevoir des postulants. De ce chef, il résultait, pour la communauté de Paris, un état de gêne, de privations, parfois d'extrême détresse.

Si tous les compagnons de M. de la Salle eussent été des saints, ils auraient été, à son exemple, patients dans l'épreuve et généreux jusque dans la pauvreté. Mais flans tout groupement d'hommes, quelque parfait qu'il soit, il y a toujours des âmes moyennes, qui faiblissent sous le poids des fortes vertus. Aussi ne devons-nous pas être surpris des mouvements d'humeur qui se produisirent alors parmi quelques Frères.

D'ailleurs, ils fuient favorisés au dehors par les enne-

' Maillefer, p. 210-2-21. Blain, l. Il, p. 63-65. Entre les deux récits, il y a de légères variantes : nous avons suivi Blain.

mis du supérieur. Ces adversaires poursuivaient, depuis sept ans, la réalisation du même dessein : détacher de M. de la Salle, qu'on jugeait incapable de gouverner, les Frères de Saint- Sulpice, et les constituer, sous la direction d'un supérieur ecclésiastique, en communauté particulière. Ce plan était connu des Frères. Parmi eux se. trouva un esprit plus osé et pins turbulent qui s'offrit pour en faciliter l'exécution. Ses offres turent acceptées; on lui promit que, s'il taisait entrer les antres dans le complot , on leur louerait une maison à part, et on leur ferait arriver la pension que le cure de Saint -Sulpice pavait annuellement pour les écoles charitables.

Le Irai lie, — car c'en était un, — comptait sur le mécontentement pour gagner les Frères. Ses premières tentatives réussirent en effet. Mais, au chapitre qui suivit, l'un des affidés, pris de remords, dévoila le secret devant la communauté, et s'accusa d'avoir promis son concours à une entreprise qui avait pour but de renverser l'autorité du supérieur. Cette révélation produisit parmi les Frères présents une véritable stupeur. Eh quoi! une entreprise pour renverser leur supérieur! Ils n'avaient jamais conçu la possibilité d'une telle audace: car ils L'aimaient, au fond, ce supérieur auquel ils avaient voue obéissance. S'ils l'avaient critiqué parfois, c'était par mauvais genre* et non par mauvais cœur. C'était donc à une pareille extrémité que pouvait conduire le mauvais esprit! Indignés contre l'auteur du complot, les Frères demandaien i grands cris son expulsion. Seul, M. de la Salle demeurait impassible et se taisait.

Nous l'avons remarqué bien des fois , il en coûtait toujours a M. de la Salir de renvoyer un Frère. Sous l'écorce un peu austère de ses vertus, il y avait chez lui un cœur d'une inépuisable miséricorde; il croyail à la bonté chez les autres; il ne pouvait se résigner à perdre une seule brebis de son cher troupeau, un seul ouvrier de ses chères œuvres. Aussi fut-il indulgent, dans cette circon-

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