DIFFICULTES A CHARTRES
stance, pour le Frère coupable : il le crut repentant, il estima que la protestation des autres avait assez châtié sa faute, et il le garda. Mais cette âme infidèle, empoisonnée par le mauvais esprit et blessée par l'humiliation
publique qui l'avait flétrie, ne se corrigea point. Soit qu'il se sentît lui-même indigne de sa vocation, soit que les Frères eussent exigé son départ pour rétablir l'ordre, le malheureux dévoyé quitta la communauté. Aussitôt le calme se rétablit, et la ferveur rentra dans la maison.
Les oppositions du dehors étaient d'autant moins justifiées, que M. de la Salle déployait plus de zèle pour contenter le curé de Saint-Sulpice et l'aire prospérer renseignement sur sa paroisse. En effet, sitôt que les épreuves de l'hiver et de la famine furent passées, il se mit en devoir de faire un nouvel essai d'École dominicale'. Après cinq ans d'interruption, les jeunes ouvriers furent de nouveau convoqués à des leçons de dessin, de géométrie, de mathématiques, etc.. Ils affluèrent comme la première fois. Mais les temps n'étaient pas mûrs, sans doute, pour le succès définitif de cet enseignement professionnel donné aux adultes; car l'Ecole dominicale tomba encore une fois après quelques semaines d'essai.
Sur ces entrefaites, la fondation de Chartres (huma de grands soucis à M. de la Salle. L'évêque, Godet des Marais, bienfaiteur insigne dc< écoles, forma le projet, en 1709, d'assigner aux Frères une nouvelle maison d'habitation. Le supérieur, informé, s'en alarma. C'est un beau côté de son caractère que, dans les pratiques les plus austères de la mortification et du détachement, il ail conservé pour la santé de ses Frères une sollicitude S vigilante. Sa lettre du 28 juillet 1709- montre en lui
1 Maillefer, p. 222. Aknould, Votes et documents p. 27. Mail-
ii le rapporte qu'à celte date lout ce qui concerne l'Ecole dominicale, même les fails antérieurs à IToi : c'est une erreur. Mais ce qui nous paraît résulter clairement de son texte, c'est qu'un nouvel essyi lui réellement tenté en 1709. — - Lettres, série C, n° il
la plus heureuse alliance des soins temporels el des sentiments d'ordre surnaturel. « Monseigneur me Ta dit à moi-même, il nous veut loger dans la maison de Saint- Vincent, qui serait très mal commode, et dans laquelle il n'y a ny cour ny jardin, el où il me [tarait que vous sciiez fort mal... Il faut, ci- me semble, prier Dieu et le faire prier par vos écoliers, en faisant continuer les litanies par les écoliers et en envoyant, tous les dimanches el jours de fêtes, cl jeudis, jours de congé, deux Frères communier à Notre-Dame, à la chapelle de la sainte Vierge, à l'intention que les desseins de Monseigneur ne s'èxécuteni pas, cl que ce qui sera le plus grand bien s'exécute, tant pour notre logement (pic pour la multiplication des écoles cl des écoliers: et (pie personne de chez vous ne s'avance pour cela; laissez faire Dieu pour l'exécution. » Prier cl laisser faire Dieu . celait la maxime favorite de celle âme toute livrée à la Providence.
La mort de Godet des Marais, survenue le 26 septembre 1709, le jeta dans de nouveaux embarras. Outre le regret qu'il éprouva de perdre en cet illustre prélat \ni ami très dévoué, il eut la douleur de voir les Frères de Chartres réduits à une extrême indigence. Les Frères, en effet, avaient vécu principalement des générosités de l'évêque; leur bienfaiteur venait de mourir sans avoir rien fondé. Sans doute, ils ne furent pas entièrement abandonnés; car plusieurs personnes charitables, entre nuire- le nouvel évèque, François de Moustiers de Mérinville, neveu du précédent, vinrent à leur secours. Néanmoins. M. de "la Salle se vit dans la dure nécessité de réduire le nombre des maîtres de Chartres; de sept qu'ils étaient, il n'en laissa (pie quatre1.
A Chartres comme ailleurs, les Frères eurent à souffrir de la jalousie des maîtres écrivains. Dénoncés aux magis-
1 Blain, l. I. p. 377. Une lettre écrite au directeur «le Chartres, le •J octobre 1710, contient les plus sérieux ;i\i-. -le direction. Lettres,
série C. , no .'IT.