ECOLE DE VERSAILLES
mettre1. En effet, le curé de Saint-Louis avait beaucoup d'estime et d'affection pour Le Frère qui lui fut donné tout d'abord, parce que c'était un maître habile, fort instruit et de bonnes manières. Le Frère, 1res flatté des sympathies dont il était l'objet , en profita pour se répandre dans le monde. Mais, dans ces relations dissipantes, il perdit bientôt l'esprit de retraite, de recueillement et de mortification. M. de la Salle ne fui pas longtemps à s'apercevoir du changement; il exhorta, sans succès, son disciple à rentrer dans la modestie et la régularité de son Institut.
Comme le Frère prévoyait bien quelle sérail la peine de sa légèreté, il résolut de se maintenir à Versailles contre la volonté de son supérieur. Ce fut une faute de la part de M. Huchon de se prêter à l'ambition du disciple rebelle et d'entraver l'administration de M. de la Salle. Lorsque le Saint voulut arracher au péril son malheureux disciple. M. Huchon s'y opposa formellement, prétextant qu'un maître si distingué était indispensable à ses écoles. Etrange aberration dans un homme si éclairé, qui n'aurait point admis que, dans sa propre congrégation, l'autorité du supérieur fût ainsi mise en échec. Il ne soupçonnait pas qu'en gardant le Frère, il le perdrait tout à fait.
M. de la Salle, pour ne point détruire L'école, acquiesça au désir du curé de Saint- Louis. Mais ses prévisions ne furent que trop vite réalisées: car le Frère, dégoûté d'une vocation dont il n'était plus digne, quitta L'habit religieux H s'évada. Quant à M. Huchon, il regretta ses imprudentes sympathies et laissa désormais les Frères sous 1 autorité de leur sage Supérieur.
Depuis lors. Les Frères furenl toujours honorés à Versailles. A la mort de Louis XIV, M. Huchon leur fit obtenir pour logement la maison qui servait auparavant de petit séminaire. Son successeur, M. Le 1 Jailli, ne
1 Ces détails sonl empruntés à Blain, I. II. p. 64-66.
témoigna pas moins de bienveillance envers les disciples de M. de la Salle.
Ce fut encore à l'instigation d'un prêtre de la Mission que les Frères furent appelés à Boulogne -sur -Mer. M. Bernard, directeur au séminaire de Boulogne, en suggéra l'idée à un vertueux gentilhomme, Jacques Abot de la Cocherie, seigneur de Bazinghen, subdélégué à l'intendance d'Amiens1.
M. de la Cocherie, vrai religieux sous l'habit séculier, vivail dans le célibat et consacrait sa fortune avec sa vie aux œuvres de zèle. Déjà une grande partie de ses biens avait passé aux mains des pauvres, lorsque, en 1710. M. Bernard lui inspira le dessein de fonder à Boulogne des écoles gratuites. Trop appauvri pour suffire seul à la fondation, il fil appel à la générosité de ses concitoyens : huit cents livres de rente furent assurées aux quatre Frères envoyés par M. de la Salle2.
Parmi les bienfaiteurs de l'entreprise, nul ne manifesta, d'abord, plus de zèle que l'évêque de Boulogne. Pierre de Langle. Non content d'accorder sa bénédiction cl scs sympathies aux Frères, lorsqu'ils vinrent humblement lui présenter leurs respects, il offrit une renie de deux cent cinquante livres pour achever leur pension, il les lil loger dans sou séminaire en attendant qu'on leur eûl trouvé une maison dans la ville, et il engagea leg familles à confier aux nouveaux maîtres leurs enfants^ Bientôt après, frappé i\v^ grands avantages que la ville basse lirait de l'école des Frères, Pierre de Langle désira procurer' le même bienfail ;i la ville haute, et, en digne émule <\r son ami Jacques de la Cocherie, il y fil venir i\vwx nouveaux Frères. •
La maison louée dans la ville basse pour les six Frères se trouva trop petite el l'orl incommode. Au bout de
1 Cf. Blain, i. II. p. 90. — - Les Frères commencèrent leurs classes (M octobre 1710.