ZÈLE DE L'ABBÉ AUBERY
des Frères et d'entrer en relations avec leur saint fondateur1. Il pul voir fonctionner les écoles sulpiciennes et se rendre compte des méthodes du nouvel Institut. Ravi de ce qu'il avait découverl à Paris, il voulut savoir comment s'étaient formés les établissements de province : la ville de Marseille, entre autres, lui envoya, sur la fondation de son école charitable, ries Mémoires forl détaillés que nous avons eu plusieurs fois l'occasion de citer2. Il ne lui en fallut pas davantage pour le décider: dès 1710, il demanda deux Frères, que M. de la Salle s'empressa de lui envoyer. M. de la Salle et M. Aubery, vivant depuis trente années des mêmes aspirations, étaient bien faits pour se comprendre.
L'arrivée de> Frères suscita un accroissemeiil de zèle parmi les bienfaiteurs des enfants pauvres3. Le 10 novembre 17 H». Pierre Perrin . doyen des conseiller- au présidial. ajouta une rente de cent livres aux ressources déjà acquises à Pieuvre i\v< écoles. Vers le même temps, le sieur (iiraud de Mimorin , ancien châtelain de Moulins, voulut qu'un \<jg> de sa pieuse mère servît à payer une messe qui serait dite, tous les jours de classe, à dix heures, pour la commodité des écoles charitables. Mais, de tous les protecteurs, le plus sympathique fut Jean-Joseph Languet de Gergy, grand vicaire de l'évêque d'Autun pour la ville de Moulins, et frère (\u vicaire de Sainl-Sulpice.
Dès l'année 1711, les enfants devinrent si nombreux. — ils étaient près de trois cents, — que les locaux se trouvèrent insuffisants. M. Aubery se hâta de faire construire, et on vit les Frères « travaillant avec lui comme des manœuvres, dans l'intervalle que les écoles et leurs autres exercices leur laissaient libres4 ». Avec un rare désintéressement, il consacra à ces constructions les fonds
1 Moret, p. 5. — - Ces pièces sont aux Archives départ, de l'Allier, Bérie 1), liasse 401 . — 3 D'après une Notice sur l'abbé Aubery. Voir aux Archives des Frères. — ' Moret, p. vi.
de rente, sans doute ses derniers restes de fortune, qu'il avait sur les états de Bourgogne, et dont M. Languel lui procura le remboursement.
M. Languet eut vite apprécié la méthode d'enseignemenl en usage parmi les Frères. Après avoir assisté aux classes des enfants pour satisfaire sa propre curiosité, il pensa que lous les catéchistes de la Aille pourraient tirer grand profil du procédé simple el populaire qu'employaient les Frères pour enseigner le catéchisme. Deux ou (rois fois, il convoqua lous les jeunes clercs et tous les catéchistes de Moulins dans l'église Saint-Pierre, pour qu'ils fussent témoins d'une leçon de catéchisme donnée par le Frère directeur à lous les écoliers réunis1. Celle méthode, déjà connue par la Conduite des écoles, est exposée au long dans le Règlement composé spécialement pour les écoles de Moulins-.
Ce Règlement comprend soixante-dix articles el détermine, avec un soin minutieux, loul ce que le maître d'école doit pratiquer pour instruire ses élèves et leur inspirer les sentiments de la vie chrétienne. Il l'ail de nombreux emprunts à la Conduite des écoles, déjà rédigée par M. de la Salle el répandue, à l'état de copies manuscrites, dans lous les établissements de Frères. Au reste . les points de ce Règlement furent arrêtés de concert cidre M. de la Salle el M. Aubery, lorsque le supérieur <\e> Frères passa par Moulins en revenant du Midi.
Même après ayoir confié son écoleaux Frères, M.Aubery en demeura le directeur. Sa sollicitude qui ne fut jamais à charge, garanti! la stabilité de son œuvre. Il eut en effel beaucoup à lutter, dans la suite, contre toutes les notabilités
1 Faii cité dans Bi un. t. II. p. 69-70. — - Ce Règlement est une pièce forl remarquable. La science pédagogique «luit savoir gré à M. Moret, curé de Saint-Menoux Allier . d'en avoir donné !<■ texte intégra] dans sa brochure intitulée Louis Aubery. Ce Règlement, <'n soixante-dix articles, comprend cinquante-deux pages in-8°.