‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 213 sur 320 · ECOLE DES VAN · texte numérisé non relu

ECOLE DES VAN

de la ville, qui semblèrent à certains moments s'être concertées pour faire échec ;i ses écoles. Mais il prit avec courage la défense des pauvres el de leurs maîtres, et lorsqu'il mourut, le 15 mai 1730, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans. son œuvre était solidement assise. La ville de Moulins le reconnut alors ef le pleura connue son bienfaiteur insigne . A ses funérailles, ce fui un spectacle touchant de voir les trois cents enfants de son école « marchant deux a deux, les mains jointes et le chapelet à la main, derrière la croix de la paroisse el la clochette de la charité, avec les deux Frères précepteurs etles directeurs en exercice ' ».

Le zèle religieux qui, à Moulins, avait inspiré Louis Aubery, soufflait à cette époque sur loule la France. Jusque dans les montagnes du Vivarais, on en sentit la bienfaisante influence. Alors vivait, au diocèse d'Uzès2, dans le canton des Vans, un noble et saint prêtre, très préoccupé de l'instruction de la jeunesse pauvre. Il se nommait Scipion- Vincent du Rouie d'Elze, abbé seigneur de Saint-Jean. Né sur la petite paroisse de Brahic, il avait passé une partie de son enfance dans la ville des Vans, dont le prieur et le maire étaient ses propres frères3. Aussi désintéressé que pieux, il avait « toujours vécu dans les exercices de la piété la plus édifiante et en même temps la plus pénitente »; après sa mort, on le trouva « revêtu de la haire et du cilice, qu'il avait (tories depuis plus de vingt ans qu'il était dans l'étal ecclésiastique 4 ».

Etant allé à Avignon en 1708, il eut l'occasion d'y voir les Frères dans leurs écoles; il fut vivement frappé de l'ordre, du bon esprit, de la piété qui régnaient dans ces classes. Il résolut alors de doter la ville dc> Vand'une œuvre >i salutaire el de consacrer Imite sa fortune

1 Cf. Moret, p. xxi. — - Uzès, qui n'es! plus évêché, est dans le Gard, tandis que le bourg des Vans esl dans l'Ardèche. ■ — r! D'après les pièces conservées aux Archives des Frères. — ' Moreri, Dictionnaire, art. Grimoard du Roure.

à une si heureuse création. Sans larder, le 20 juillet 1708, il se rendit chez Me André, notaire à Avignon, pour y écrire son testament. A ses héritiers il lègue « cinq sols ». afin de rendre son testament valable légalement; puis il donne lout son bien, sept mille livres, aux Frères des Ecoles chrétiennes, afin qu'ils élèvent gratuitement les pauvres de la ville <\c> Yans. Cette pièce fait trop d'honneur au pieux fondateur el révèle trop bien les sentiments chrétiens de l'époque, pour que nous n'en citions pas les passages saillants1.

« Je ... nomme et eslis mes héritiers universels, seuls, el pour le tout, sçavoir les Frères des écoles gratuites des garçons, conduictes à présent par M. de la Sale, prebtre, leur supérieur général, résidant à Paris; voulant (pie, en vertu de ce mien héritage, ils soient obliges de l'aire dans la ville des Yans un establissement des écoles gratuites, où ils tiendront, pour le moins, deux de leurs Frères ou autre pins grand nombre proportionné aux rantes qui leur reviendront de ce mien héritage. Le lout soubs l'approbation de Mgr l'évesque el comte d'Uzès ou de ses successeurs dans l'évesehé ; chargeant les Frères ainsi establis du soin de l'instruction de la'jeunesse de la ville, pour la former à la piété et luy donner les principes de la religion catholique, persuadé que je suis que la plus pari des jeunes gens de ladite ville, par le défaut d'éducation, lombenl dans le dérèglement des mœurs, et, estant nés dans le sein de l'hérésie, n'ont aucung sentiment ni connaissance de la religion catholique, cause funeste de leur dérèglement et désordres. Et c'est pour prévenir ce malheur que j'ay fondé à perpétuité l'establissement des Frères, à la charge par eux, et leurs successeurs à perpétuité, d'élever la jeunesse de la ville des Vans dan- les bonnes mœurs et dans les prin-

1 Copie de ce testa ni aux Archives des Frères. A Avignon, mi-

de M' Andr< .

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cipes de la religion catholique. Et pour mieux remplir ces pieuses et importantes fonctions, je sollicite toul leur zèle d employer toute leur application dans ce ministère que je commets à leurs soins... Priant très respectueusement Mgr l'évesque d'Uzès, et ses successem Pévesché, de vouloir bien honorer de leur protection et appuy et de leur authorité ladite fondation, si utile et nécessaire au bien de la religion catholique el au bien public de ladite ville des Vans, dont les besoins sont si pressants à cause du mauvais estât où elle se trouve par rapport à la religion. Comme aussi je prie nies pai de ne pas trouver mauvais, si je préfère l'inthérest de la religion et des pauvres à leur inthérest particulier... »

La ville des Vans avait un particulier besoin de cette fondation, et il était juste que le don vînt de la famille du Roure. En effet , dès les premiers temps de la Réforme, la ville des Vans avait été entraînée dan- 1" calvinisme par son prieur Claude du Roure, et le culte catholique y avait été supprimé pendant plus de cinquante ans. Au début du xvme -iècle, grâce aux efforts de zélés missionnaires, une notable partie de la population des Vans avait abjuré le protestantisme; la famille seigneuriale du Roure, entre autres, y donnait l'exemple du plus pur catholicisme. Mais les huguenots restaient nombreux encore; les convertis n'avaient point renoncé à tous leurs préjugés; beaucoup de gens, nés calvinistes, n'étaient devenus catholiques que de nom1, ("'était pour améliorer une telle situation, que l'abbé de Saint-Jean léguait, en faveur des Frères, une rente de trois cenl cinquante livre-.

Il mourut deux ans après avoir écrit son testament, le 19 septembre 1710. Les exécuteurs testamentaires, Antoine de la Tour, avocat à Nîmes, el son frère, André

1 D'après une note très précise, rédigée par M. Canaud, ancien curé de Gravières, et conservée aux Archives des Frèi

iii, RETOUR DU NOVICIAT A PARIS

de la Tour, dominicain, se hâtèrent d'envoyer à M. de la Salle une copie du testament, avec une relation détaillée de la vie sainte et apostolique du vertueux défunt. Quoique la rente léguée pour l'école gratuite fût bien insuffisante, le serviteur de Dieu accepta l'œuvre si instamment recommandée à son zèle par l'abbé de Saint- Jean, espérant que la Providence pourvoirait au reste. Sa confiance ne fut pas déçue: car le maire et le prieur des Vans eurent à cœur de faciliter une création si vivement désirée par leur frère '.

Dès que l'approbation de l'évêque d'Uzès eut été accordée, le frère Ponce, visiteur du Midi, se rendit aux Vans et obtint du conseil de ville (prune somme de cent livres fût assurée aux Frères pour achever leur traitement'2. Les Frères ne prirent possession de leur nouvelle école qu'an mois de septembre3; elle avait été confiée, en attendant leur arrivée, à un honnête laïque nommé Ginhoux. Le frère René, qui fut le premier directeur, ayant trouvé l'école dans un étal de pauvreté incompatible avec les exigences de l'enseignement, pria la municipalité d'acheter au moins l'essentiel du mobilier scolaire. Malgré leur extrême pénurie d'argent, les conseillers. qui n'avaient pas même de local pour leurs réunion-. allouèrent la modeste somme tic soixante-quinze livres, dont remploi. Fort instructif, est consigné dans la délibération du 11 octobre 1711'.

Sous la direction du frère René, l'école des Vans fut donc ouverte dans les derniers mois de 171 I: elle fut dirigée les deux années suivantes par le frère Henri . dont nous aurons à parler longuement à propos des

1 Cola résulte des procès -verbaux des délibérations du conseil des Vans. Copie aux Archives des Frères. — - Délibération du 28 janvier 1711. — 3 Délibération du 20 septembre I ~ I I . — ' Délibération du Il octobre 1714. Lucard, Annales, I. I. p. 2S7, a transcrit la convention passée avec le menuisier. — ' Note faite d'après les quillances successives sig;iu''i'> des Frères. Voir aux Archives des Frères.

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