OPPOSITION DES HUG1 ENOTS
affaires de Mende. Aux Vans comme ailleurs, les Frères eurent un plein succès, à tel point que les huguenots s'en alarmèrent et jurèrent leur perte. Si nous en croyons Maillefer1, l'opposition fut si vive, que l'intendant de la province dut se transporter sur les lieux pour contenir les sectaires.
Ils tentèrent d'abord de décourager les Frères par des tracasseries et des insultes. Comme les menaces n'intimidaient pas, ils eurent recours à la violence. Ils se ruèrent un soir sur les écoles, brisèrent à coups de pierres les portes et les fenêtres, et ils allaient mettre à sac ton le la maison, lorsque le magistrat, averti, vint délivrer les Frères du danger. Durant cet assaut de fanatiques, les Frères s'étaient tenus dans leur oratoire, se contentant de confier à Dieu leur défense et se préparant , s'il le fallait, à donner leur vie pour sa cause. Ce fut une grande joie, pour le serviteur de Dieu, d'apprendre que ses enfants avaient été jugés dignes de souffrir la persécution ; car ces contradictions et ces épreuves, au lieu d'abattre son courage, lui apparaissaient comme des marques de la bienveillance céleste sur son Institut. Il félicita les Frères de l'attitude qu'ils avaient gardée pendant la tempête, et il se réjouit de ce qu'ils n'avaient eu recours qu'aux armes de la prière pour vaincre leurs ennemis. La fondation des Vans n'en fut point ébranlée : l'école, ainsi vivifiée par l'épreuve, dura jusqu'à la Révolution.
L'école des Vans est la dernière qu'ail fondée Jean- Baptiste de la Salle. Dans les huit années qu'il vécut encore, de nombreuses demandes lui furent sans doute adressées. Pourquoi les a-t-il repoussées? Manqua-t-il
' Maillefer . p. 12'.'). Quoique le curé <!>■ < îra\ Lères doute de ces scènes de violence, parce qu'il n'en a trouvé aucune trace dans les documents, nous suivons Maillefer, qui n'a pas pu inventer des détails aussi circonstanciés. D'ailleurs, elles ont pu se passer sans qu'aucun document local en ait gardé la trace.
de sujets? Aima-t-il mieux consolider son œuvre que l'étendre? Les peines extraordinaires dont il fut accablé le rendirent-elles plus timide et plus défiant de sa propre initiative? Nous ne saurions le dire. Si l'expansion de l'Institut fut arrêtée durant huit ans, le serviteur de Dieu ne resta cependant point inactif : il travailla à son organisation, et, ce qui est plus fécond encore, il souffrit pour lui.
D'ailleurs, il avait établi des école- gratuites en vingtcinq villes de France1. Le hou grain était semé : il ne pouvait manquer de lever et de croître.
Nous avons raconte toutes ces fondations : le récit, toujours le même, a pu fatiguer le lecteur. Mais, précisément parce qu'elle est toujours la même, l'histoire en est fort éloquente.
Partout la situation se présente identique. Dans les villes, les enfants riches ne manquent point d'instituteurs; mais les pauvres n'ont point de maîtres, soit parce qu'ils ne payeraient pas. soit parce qu'ils dépareraient les écoles payantes. Faute d éducation, ils grandissent ignorants et vicieux.
Aux âmes chrétiennes le spectacle de cette misère intellectuelle et de ce désordre moral fait pitié. On cherehe des ressources; les testaments et les cotisations volontaires préparent des rentes modestes aux maîtres qui voudront bien prendre soin des pauvres.
Mais où prendre des maîtres? En vain on essaye des clercs et des laïques : il n'y a de ce côté aucune stabilité. Dieu permet qu'on entende parler de l'Institut des Frères des Écoles chrétiennes. Les anciens élèves de Saint-Sulpice connaissent le fondateur ; ils ont été ses amis au
1 Voici ces vingt-cinq villes, dans l'ordre où les écoles j onl commencé : Reims, Rethel, Guise, Château-Porcien , Laon, Paris. Chartres, . Calais, Troyes, Avignon, Darnétal, Rouen, Dijon. Marseille, Mende, Valréas, AJais, Grenoble, Saint-Denis, Màcon, Versailles, Boulogne-sur-Mer, Moulins, les Vans.