SÉMINAIRE DES MAITRES
encore d'abbaye, ne disposait d'aucune somme. Force fut donc à M. de la Salle d'avancer les cinq mille deux cents livres qu'on exigeait comme première mise de fonds pour la conclusion du contrat. Il le fit d'autant plus volontiers que l'œuvre du séminaire répondait à ses propres désirs, et que cet argent lui avait été donné précisément pour cette bonne œuvre.
Les arrangements faits, le contrat fut signé dans le nom de Rogier, le 23 octobre 1708. Tout s'était passé avec la plus parfaite régularité et dans la plus admirable entente. M. Clément, qui avait à cœur d'être le fondateur de l'œuvre et le vrai acquéreur de la maison, signa une reconnaissance des cinq mille deux cents livres versées par M. de la Salle, et la remit aux mains de M. Rogier; car, pour M. de la Salle, M. Rogier était un autre lui-même.
Tout alla bien dans les commencements. Sitôt que la maison fut en état, au printemps de 1709, les Frères en prirent possession. Peu de jours après, trois jeunes hommes entrèrent chez eux pour s'y former à l'art d être maîtres d'école. Ils suivirent le programme qu'on avait déjà expérimenté à Reims et au faubourg Saint -Marcel : le chant surtout y fut mis en honneur. Chaque dimanche, les élèves-maîtres assistaient en soutane et en surplis aux offices de leur paroisse, se préparant de la sorte à la fonction de chantres, qu'ils auraient un jour à remplir a la campagne. Durant la famine de L709, la cherté des vivres amena momentanément la fermeture de la maison.
Du dehors, les sympathies les plus encourageantes fuient prodiguées au nouvel établissement. Le cardinal de Noailles exprima clairement les espérances qu'il en concevait. Sur sa recommandation, et à la prière de M de Maintenon, Louis XI Y exempta la maison de L'obligation de loger et de nourrir des soldats. L'exemption, donnée par écrit, portait que la nouvelle école aurait trois Frères, dont l'un sérail spécialement chargé
d'enseigner le plain-chant. M. Clément lui-même, charmé des premiers résultats, visitait souvent les Frères, et manifestait à leur égard le plus sincère attachement.
De cet attachement, le jeune fondateur donna les preuves les moins équivoques. MIle Poignant ayant proposé de reprendre sa maison et de rendre l'argent reçu, il y opposa un refus absolu. Rogier ayant trouvé une occasion de la revendre avec avantage, M. Clément n'y voulut point consentir. Enfin, à son père, qui lui reprochait cet achat et lui conseillait de rompre le contrai au nom de sa minorité, il répondit avec fermeté que sa conscience lui défendait une pareille fraude, et son honneur une si honteuse lâcheté.
M. de la Salle, qui avait procédé si sagement, et qui était au courant de Ion les ces protestations de dévouement, pouvait se féliciter d'avoir prêté la main à une si heureuse fondation. Lorsqu'il partit, au mois de février 1711 , pour visiter ses écoles du Midi, il avait donc raison de croire qu'il laissait toutes choses en sûreté dans le Nord, et que, surtout du côté de Saint -Denis, rien ne viendrait troubler ses courses apostoliques. Aussi, quelle ne fut pas sa surprise lorsque des lettres pressantes le rappelèrent à Paris pour défendre l'acquisition de Saint- Denis, et venger son honneur de l'accusation d'avoir suborné un mineur! Que s'était-il donc passé?
Deux événements, humainement heureux pour la famille Clément, avaient changé les esprits. Dans les derniers mois de 1709., le jeune Clément avait obtenu la riche abbaye de Saint-Calais, dont le titulaire, Charles- François de Mérinville. avait remplacé PaulGoded <l<s Marais, son oncle, sur le siège episeopal de Chartres. Devenu areli iprêl re de Saint-Calais et chanoine titulaire du Mans, ayant juridiction seigneuriale sur un grand nombre de prieurés et de cures ', il subit, inconsciemment
1 L'abbaye 'le Saint-Calais comprenait : le titre d'archiprêtre de