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PROJET D'ÉCOLE A MARSEILLE

qu'un qui sera tiré de ce pays-cy... Ce ne pourra être qu'après Pasques ' . »

Pour consolider l'œuvre de son noviciat, le serviteur de Dieu en confia la direction au Frère qu'il affectionnait le plus dans ses écoles du Midi. 11 rappela de Mende, où il tenait l'école depuis 1710. le frère Timothée ', et l'associa à ses travaux de Marseille. A Mende, il le remplaça par le frère Médard, homme d'humeur for! inconstante, qui avait déjà quitté l'Institut, mais auquel sa bonté venait d'ouvrir les bras. Le passage du frère Médard à Mende n'y fut sans doute point salutaire; en tout Cas, il y fut de courte durée. En effet, après quelques semaines de travail, le pauvre Frère quitta Mende de son propre chef3, et, le 18 février 17134, il mourut à Alais d'une pleurésie. Instruit de cette désertion, le serviteur de Dieu désigna le frère Bernardin pour remettre sur pied une situation compromise.

Les protecteurs empressés de M. de la Salle ne perdaient point de vue leur premier dessein, qui était de confier aux Frères toutes les écoles charitables de la ville. Lorsqu'ils virent le noviciat bien établi, et que de jeunes maîtres parurent en étal de faire la classe, ils renouvelèrent leurs instances. La première demande vint du curé de Saint-Martin, François Aubert 5. Jusqu'alors, 1 école de Saint-Martin était restée dans un étal très précaire : le payement des maîtres n'avait eu rien d'assuré. Avant d'y introduire les Frères, le curé voulut leur donner des garanties. Pour intéresser les fidèles de sa paroisse à l'œuvre qu'il méditait, il pria la Père jésuite qui prêchait la station de Carême de faire appel à leur générosité. Le zélé religieux0 s'acquitta de celle mission

1 Lettres, série C, n° 60. — '2 Le frère Timothée Guillaume-Samson KaGn i était né à Paris sur la paroisse Saint-Séverin , le 14 janvier It'>,s4. el était entré au novieiat en 1701). — '• Bi \i\, t. II. Supplément, p. lit. — ' D'après l'acte de décès à la mairie d' Alais. - 5 II fut cure de Saint-Martin de 1704 à 1718. — * Son nom est resté inconnu : peut-être était-ce encore le Père Croiset.

i.t't SEJOUR DANS LE MIDI

avec l;inl de succès, <jue ses pieux auditeurs, convaincus de la nécessité de pourvoir à l'éducation des enfants pauvres, s'unirent en un commun effort pour fonder la l'en le de l'école gratuite. M. de la Salle n'avait plus qu'à choisir des maîtres pour en tenir les classes.

C'était trop de bonheur pour lui. Accoutumé à semer dans les larmes, il craignait qu'une moisson si promptenienl levée n'arrivât pas à maturité. Jamais la Providence n'en avait usé de cette sorte à son égard : ses entreprises n'avaient réussi qu'au prix de mille contradictions et de perpétuelles souffrances. 11 n'osait se livrer à la joie, tant il redoutait la ruine d'œuvres qui ne se fondaient pas sur la croix de Jésus-Christ. Quelles étaient les intentions de ses protecteurs? Etaient-elles inspirées par la loi pure et basées sur une charité sincère? Déjà il commençait à pressentir des vues intéressées dans leur empressement. Ce nuage, léger et presque imperceptible d'abord, grossit et monta sur l'horizon avec une rapidité effrayante; au bout de quelques jours seulement, l'orage éelata sur sa tête.

Un brusque revirement d'opinion s'était opéré, et l'ardeur bouillante que Marseille avait mise au service de M. de la Salle se retournait contre lui en violente persécution. D'où provenait ce changement, si radical et si prompt?

Maillel'er l'attribue uniquement à l'attachement très terme du serviteur de Dieu aux pratiques de son Institut.

Les fréquentes relations que ses protecteurs: avaient avec lui. dit-il4-, leur donnèrent lieu d'entrer dans une connaissance plus particulière de ses sentiments et dc< maximes de son gouvernement intérieur. Ils désapprouvaient la plupart des pratiques qu'il avait établies parmi les Frères, et leur paraissaient trop gênantes. Ils essayè-

1 M mm i i i ii. p. .241. l 'ci h M ui i i i i i.. légèrement incliné vers le parti, épargne toujours les jansénistes.

FUREUR DES JANSENISTES 49S

rent de lui persuader de Les abandonner ou de les modérer. M. de lu Salle, qui ne les avait introduites qu'après une mûre expérience, n'avail garde d'y donner la moindre altération. Il en sçavait trop les conséquences; aussi ce

lui en vain qu'ils entreprirent de le faire condescendre à leurs raisons. De là vint cette aversion qu'ils conçurenl pour lui, qui lit qu'ils le regardèrent dès lors comme un homme dur. sévère, inflexible. el sur l'espril duquel il n'y avait rien à gagner. Ils se détachèrent de son amitié insensiblement et se le représentaient comme un censeur taeile de leur conduite. Ils affectèrent même de le décréditer dans les esprits et de le rendre odieux à ceux qui voulaient les entendre.

Ce dissentiment d'ordre pratique est une explication tout à fait insuffisante des excès auxquels on en arriva. Au dire de Blain, ce fut un prétexte, et non la cause réelle *. La cause réelle était dans la répugnance irréductible de M. de la Salle pour le parti de Jansénius.

La lutte janséniste en était alors, en France, à son plus haut degré de chaleur; nulle part elle n'était plus ardente qu'à Marseille. C'était une tactique habile, dans le parti, de gagner, par une lente séduction, les hommes les plus eu vue par leur mérite intellectuel ou par leurs œuvres morales. On les entourait, on les flattait, on les assistait : des hommes éminents , mais trop faiblement attachés ii la foi romaine, s'étaient laissé prendre au piège. La conquête d'un homme aussi justement estimé que M. de la Salle parut, au parti janséniste, mériter lous les efforts. De là cet accueil si enthousiaste qui lui fui fait, de là cette promptitude à favoriser ses œuvres, de là celle générosité à subvenir à tous ses besoins : rien ne coulait pour entraîner ce prêtre-, don! la sainteté éclatait à tous les regards, dont l'Institut, plein de vitalité, enlaçai) la France <\\\ Nord au Midi.

1 Blain, I. II. p. 8C-90.

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Quelque habilement dissimulé que fût le piège, noire Saint le découvrit et y échappa. Il préféra perdre ses œuvres plutôt que de perdre la pureté de sa foi, plutôt que de donner même le change sur ses sentiments ; car il était aussi incapable d'un lâche compromis que d'une honteuse trahison.

Les jansénistes de Marseille tenaient, sous couleur de piété, des assemblées périodiques. Ils n'avaient pas manqué d'y inviter le fondateur des Frères. Celui-ci, tant par esprit de religion que par déférence pour ses bienfaiteurs, s'y rendait assidu. Longtemps on avait dissimulé devant lui les opinions qui s'y professaient; tout au pins avait -il remarqué que la charité y était peu en honneur et que la critique, parfois la plus acerbe, s'y donnait libre cours. Il se contentait alors de garder le silence. Mais, à la lin, on aborda des questions de doctrine, et le serviteur de Dieu entendit ranger parmi les pélagiens et les ennemis de la grâce ceux qui ne suivaient pas le parti. Provoqué à dire son sentiment, il fit ouvertement profession de sa foi romaine, défendit avec force les vérités qu'on avait combattues et les personnes qu'on avait critiquées. Usant alors d une liberté tout apostolique, il se plaignit qu'on perdît du temps « en altercations, en invectives, en paroles (Tune vaine science »; il conseilla de substituer de vraies discours de piété « aux questions curieuses, vaines et nouvelles, qui engendrent les combats de paroles1 ».

(les remontrances fermes aigrirent les gens du parti : au lieu de trouver en lui un disciple docile, ils rencon- I raient un censeur courageux. Du moment qu'ils désespérèrent de le gagner, ils résolurent de le perdre. Ce fut le mot d'ordre du parti que M. de la Salle était l'ennemi, La guerre, nue fois déclarée, fui poussée avec acharnement.

1 Blain, I. II. p. 80.

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