LE NOVICIAT RUINÉ
leur >;iin( fondateur < qu'il n'était venu en Provence que pour détruire el non pour édifier . Au dire de Blain, l'un des deux se trouvait en résidence à Mende lorsque, Tannée suivante, le serviteur de Dieu lui rejeté de lu
mai-on des Frères '.
En attendant, leur séparation donna du crédit aux bruits calomnieux que le parti répandait contre M. de la Salle pour le perdre dans l'opinion. On espérai! en effet,
par ces propos calomnieux, te rendre odieux à la popula lion el le chasser de la ville.
11 lui représenté comme ■ un homme singulier, dur, outré, inflexible, et sur l'esprit duquel il n'y avait rien igner... Le caprice était l'âme de toute sa conduite. Il était entêté et seul de son sentiment; et, ce qui pis il voulait mouler les autres sur lui-même. Il les chargeait de fardeaux insupportables, et il les assujellissail à une forme de vie insupportable el sans exemple
Dans ces conditions, c'était faire acte d'humanité que de s'attaquer à son noviciat. Sa destruction fut, en effet, résolue. On commença par supprimer les secours pécuniaires qui le faisaient vivre. Mais . contre un homme accoutumé à supporter la faim et la soif, cl capable d'inspirer à ses disciples l'amour des plus dures privations, cette tactique n'eût produit aucun résultat. Dans celle place forte que la famine ne pouvait réduire, il fallait pénétrer pour y semer le mauvais esprit.
Les ennemis du serviteur de Dieu ne reculèrent pas ëevant ce moyen d'attaque. Non contents d'arrêter à la porle et de détourner les postulants qui voulaient entrer, ils s insinuèrent sournoisement dans l'esprit dc< novices qu eux-mêmes avaient placés là, et. par des discours pernicieux, les dégoûtèrenl de leur vocation. Les novices infidèles devinrent, hors de la maison. dv> instruments Irop dociles cuire les mains du parti. Par eux. les pra-
1 Bl.un, t. Il, p. 93. — a Hi.ain. l. II. p. 90.
tiques du noviciat furent connues jusque dans leur détail, el la malice humaine fit un crime au serviteur de Dieu (les exercices qui sont La vie et l'honneur des plus saintes communautés '.
Toutes ces accusations turent ramassées en un libelle qu'on répandit à profusion dans le public. Par un infâme artifice de la calomnie, les vertus mêmes qui devaient placer un joui" M. de la Salle sur les autels et nimber son front d'une gloire impérissable aux yeux de la postérité, la mortification, l'obéissance, l'abnégation de soimême, l'union à Dieu, turent représentées comme des tendances inhumaines et barbares, propres à ruiner dans les jeunes gens la santé el la raison. Telle était déjà la puissance de la presse, que, par le libelle, la calomnie prit de la consistance el acheva de ruiner la réputation du serviteur de Dieu.
Dans ces douloureuses conjonctures. M. de la Salle ne s'abandonna point lui-même. Pour sauver du moins lesj derniers débris de ses œuvres, il écrivit un Mémoire' justificatif. D'après son biographe, qui sans doute avait lu celte défense, le saint auteur n'avait usé (pie de paroles de vérité et de charité. Il n'y faisait aucune personnalité contre ses calomniateurs, et ne laissait échapper aucune de ces vivacités de langage qui sont le cri tout spontané de l'amour-propre blessé.
« Tout ce qu'il dit de plus fort, ajoute Blain, fut qu'il apprenait, par son expérience, ce (pie l'Eglise avait à craindre d'un parti qui se fortifiait tous les jours, el qu'il prévoyait avec douleur les plaies que l'Epouse du Christ en recevrait2. »
Cette ivponse. d'une fermeté si digne et si contenue. n'arrêta point la calomnie. On avait lu la diffamation, on ne lui pas la justification. Ainsi vont les choses. chaque fois qu'éclate un scandale : on prête curieuse-
1 Blain, t. II. p. '.H. — - [bid., t. II. p. 92.