INFIDELITE DE QUELQUES FRERES
ment l'oreille à l'accusation, mais on demeure indifférenl à la défense.
Le résultat de cette odieuse campagne fui désastreux. Le serviteur de Dieu encounïl la mésestime du grand nombre; il perdit l'espoir de- s'établir à l'école de Noire- Dame des Accoules ; il vit son noviciat dépeuplé et presque entièrement ruiné. Mais rien ne le blessa si profondément que l'attitude de certains bières à son égard '. Plusieurs d'entre eux, tant à Marseille que dans les villes du Midi, profitèrent de la confusion pour se soustraire à la régularité.
<i Les plus affermis dans leur vocation furent ébranlés, dit Maillefer, quelques-uns abandonnèrent l'Institut*. »
Le frère Ponce, que le Saint avait honoré de sa confiance en le nommant visiteur, donna, en cette occasion, des exemples d'indélicatesse et d'insubordination qu'on ne saurait trop blâmer3; quelque amertume qu'en resrentît le serviteur de Dieu, il supporta plusieurs années encore le Frère infidèle et se contenta alors de l'envoyer ;i Rouen, sous la direction du frère Dosithée*.
Au plus fort de cette furieuse tempête, notre Saint, résigné à la volonté de Dieu, sut garder son sang-froid. Persuadé que le bien de son Institut exigeait qu'il disparût lui-même, il consulta quelques amis fidèles pour savoir où diriger ses pas. Ils furent d'avis que les circonstances étaient favorables pour qu'il réalisai enfin son vif désir d'aller à Rome. Aucun conseil n'allait mieux à -ou cœur. Il serait si heureux, lui persécuté pour sa fidélité à la foi romaine, de prier au tombeau des sainls
1 Lucard , Annales, p. 294, a conteste'' celte infidélité «les Frères. Son opinion est tout ;'i fait gratuite, puisque les deux biographes qui font autorité, Blain, p. '.12, et Maillefer, p. 243, sont du même avis 8ur ce point. D"ailleurs, il n'y a que du profit à constater ces regrettables défections; car elles mettent en un plus grand relief la physionomie du Saint, et elles ne peuvent être pour les Frères qu'une très salutaire leçon. — 2 Maillefer, t. II, p. 243. — :! Blain, t. Il, p. 92. — ' Nous empruntons ce détail à Lucard, Annales, t. 1. p. 294.
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Apôtres, et de déposer, aux pieds du vicaire de Xésiis- Christ, le sincère témoignage de sa soumission î II verrait enfin son bien -aimé frère Gabriel, le plus ancien et le plus cher de ses disciples, qui, depuis treize ans. travaillait à enracine!' l'Institut dans le sol romain. Il presserait L'approbation de son Institut, et, for! de la parole pontificale, il défendrai! sa chère œuvre «les écoles avec un nouveau courage el un succès plus assuré.
Tout plein de ces belles espérances, il arrêta deux places sur un navire qui était prèl à faire voile. Déjà sis préparatifs de dépari étaient faits, el il se rendait au port avec son compagnon, lorsqu'il rencontra lévèque de Marseille. M. de Belsunce lui avait gardé boute son estime et toute son affection; il n'avait vu, dans la persécution soulevée contre lui, qu'une nouvelle agitation d un parti qu'il n'aimait pas: il ne renonçait pas à son projet de confier aux Frères toutes les écoles de la ville. Dès que le prélat sut que le serviteur de Dieu s'embarquait pour Rome, il l'en détourna d'un ton ferme et l'invita à préparer toutes choses pour prendre possession incessamment de l'école de Notre-Dame des Accoules. L'humble supérieur \it dans la parole de lévèque un ordre de Dieu: avec la docilité d'un enfant, cet homme qu'on faisait passer pour un entêté retourna vers ses Frères et leur dit :
« Dieu soit béni! me voilà revenu de Home. Ce n'est pas sa volonté que j'y aille; il veut que je m'emploie à autre chose '. »
Les jansénistes, avertis du dessein de lévèque. sa livrèrent à de nouvelles intrigues, si bien que l'école des Accoules échoua, comme avait échoué l'école de Saint- Martin-.
Ce nouvel échec troubla notre Saint. 11 se demanda SI
1 Muiiimk. p. .''.: 248. Blain, I. H, \>. 93. — - Blmn, t. H'j p. 94.