‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 232 sur 320 · II. FAIT LA CLASSE A GRENOBLE · texte numérisé non relu

II. FAIT LA CLASSE A GRENOBLE

du moins son éminente sainteté. Aussi fil -il efforl pour le retenir longtemps, afin qu'il embaumai de la bonne odeur de Jésus-Christ un sanctuaire déjà si pénétré de l'esprit de Dieu. Mais notre Saint ne se laissa séduire ni par les invitations pressantes du prieur ni par sou attrait pour celle solitude : sa Chartreuse, à lui, était sa cellule au milieu de ses Frères. Il y redescendil et y reprit ses austères habitudes de prière et de pénitence.

Il avait pour son Institut une sollicitude toujours anxieuse. Dans son cœur de père, la tendresse tenait autant de place que la fermeté. Les nouvelles qu'il recevait par lettres, de ses maisons du Nord, étaient trop incomplètes pour le satisfaire. Afin de se rendre un compte plus exact de la situation des Frères, il députa le Frère directeur de Grenoble pour les visiter.

Avec une simplicité tout évangélique, dont il avait déjà dix fois donné des preuves, il remplaça lui-même dans la classe le Frère absent. Il ne crut point déroger en apprenant l'a h c aux plus petits enfants. Les plus pauvres et les moins ouverts avaient ses préférences; il se penchait avec un amour tout particulier vers ces déshérités de la fortune ou de la nature. La méthode qu'il appliquait était si parfaite, le zèle qu'il déployait était si patient, qu'il réussit, dit son biographe, à faire des miracles sur les esprits les plus stupides et les plus ignorants; car il leur apprit enfin les véritez de la religion, et les avança dans la lecture et dans l'écriture '. »

De sa tâche de maître il ne négligeait aucune partie. Il conduisait lui-même les enfants, en rang, à travers les rues de la ville, à la messe qu'ils entendaient chaque jour après la classe du malin. Rendu à l'église, il laissait les écoliers à la garde du second Frère, et montait au saint autel. La piété qui rayonnait alors sur son visage, et qui empruntait à son humble dévouement un éclat

1 Blain, t. I, p. 101.

particulièrement vif, impressionnait tons les assistant». Le souvenir en resta à Grenoble, où sa mémoire est en vénération. On le distinguait entre tons les ecclésiastiques, et, le voyant passer, on dis;iif de lui : « Le saint Prêtre. •

Tandis qu'il envoyait dans le Nord le directeur de Grenoble, il se r;iis;iil remplacer dans le Midi par un autre visiteur*. Pour ne point réveiller Forage enfin apaisé, il erul préférable de ne point retourner en Provence. Il suivit du moins de ses prières et de ses conseils celui qui le représentait : il ne refusa de même aucune réponse aux Frères qui le consultaient par lettre-.

Les courts loisirs que lui laissaient la prière et la correspondance, il les employait à la revision de ses ouvrages. 11 retoucha encore une t'ois le livre des Devoirs du chrétien. Comme il en avait l'ait, pour toutes ses écoles, le livre fondamental, il travaillait à le rendre irréprochable. Pour celle troisième édition, il voulut faire quelques additions importantes. Mais il paraît qu'elles ne furent point du goût de l'imprimeur; et telle était alors la puissance (\v^ imprimeurs en face des auteurs, que M. de la Salle dut céder et se contenter (\v^ premières éditions3. 11 mit aussi la main à divers ouvrages de piété. Il revit avec soin l;i Pratique du Uiujlement particulier, qui serrait à régler l'emploi du temps dans l'Institut, et dont il tira plus tard s;i Règle proprement dite l.

Durant le séjour qu'il lit à Grenoble, Dieu visita son serviteur par la maladie. Notre Saint éprouva une nouvelle crise de rhumatisme, qui le rendit impotent et

1 IW \i\. p. 102, nous affirme que des visiteurs furent envoyés dana

I'' Mnli; mais il ne les nomme pas. Nous croirions que ce fut le frèïl Timothée qui fui ainsi envoyé, si nous pouvions affirmer que le noviciat de Marseille n'existait plus alors. — a Ces détails sont de BtAIN, p. 102. — 3 Maii i.i:i i il, p. 252. — l Voir le manuscrit aux Archives de la maison mère.

CRISE DE RHUMATISME iill

menaça même su vie. Sis disciples, affolés, lui prodiguaient leurs soins. m;iis sans résultai. A leur désolation et à leurs larmes. Le patient répondait, en s'inspirant des paroles de Job : - Dieu soit béni! que sa volonté se fasse, et non la nôtre! Si nous recevons de lui la santé, il es( juste que nous acceptions avec constance la maladie. Que son saint nom soit béni éternellement'! •> Les habitants de la ville, qui commençaient à le connaître, montrèrent, à cette oeeasion. toute la sympathie qu'ils avaient pour les Frères el pour leur supérieur; ils turent affectés et alarmés, comme s'ils avaient été menacés dans leur propre maison. L'angoisse de tous était d'autant j.lus pénible, que tous les remèdes essayes m- semblaient aboutir qu'à augmenter les douleurs du malade.

Il est vrai qu'il connaissait lui-même une recel le dont l'emploi avait été suivi de succès à Vaugirard. Mais l'employer c'était se condamner au martyre du feu, et, malgré l'héroïsme de sa vertu, M. de la Salle éprouvait dans sa chair comme une répugnance invincible à y recourir. Soit pour consoler ses entants en larmes, soit pour rassasier sa soif de souffrance, il triompha de cette instinctive répulsion. Encore une fois il s'étendit, louf perclus, sur une sorte de gril; sous ses membres nus, c\c> herbes odoriférantes furent allumées. Tandis (pie sa chair s'img nait de ces fumées brûlantes, le Saint ne poussa pas un soupir; il se contenta de présenter à Dieu la souffrance. Le remède fut efficace : le rhumatisme se dissipa, et le malade reprit ses forces.

Sa convalescence, qui fut longue, devint un exemple pour ses Frères. Que de fois il se lit une héroïque violence pour n'être pas privé du sacrifice de l'autel! Sa prière était incessante. Obligé d'interrompre l'Office divin, il le remplaçai! par le Rosaire, récité plusieurs par jour. Les oraisons jaculatoires, que ses lèvres

1 Blain, t. II, p. 102, et Mailleper, p. 2:>3.

murmuraient à tout moment, prouvaient bien que son âme n'était jamais désoccupée de Dieu1.

Dès qu'il fut en état de sortir, son ami l'abbé de Saléon l'invita à passer quelques semaines dans sa terre de Parménie, pour achever sa guérison. S'il ne se fût agi que d'une villégiature, le Saint eût sans doute décliné l'offre. Mais Parménie lui offrait un lieu de profonde retraite, et il accepta de s'y rendre dans l'espoir de <( réparer ses perles »2; car c'esl ainsi qu'il parlait de l'omission forcée de ses exercices accoutumés.

Parménie, en patois Parmeigne, était une terre de l'abbé de Saléon. silnée à sept lieues environ au nordouest de Grenoble, sur la rive droite de l'Isère. De cette colline escarpée et terminée en étroit plateau, isolée au milieu d'une ceinture de hautes montagnes, la vue s'étend sur de nombreux villages semés eà et là dans les vallées environnantes : on dirait un autel dressé au milieu d'un temple dont les montagnes seraient les murs .

Cette idée religieuse, d'ailleurs, était née spontanément dans l'âme du peuple; car. tant à l'époque galloromaine qu'au temps de la féodalité, Parménie n'avait pas été seulement un point stratégique important ou une forteresse sûre, mais aussi un lieu consacré par la religion. Dès le vnie siècle, les évèques de Grenoble, qui s'y abritaient dans un château fortifié, y élevèrent une chapelle, sous le vocable de Sainte-Croix, et établirent douze chanoines pour la desservir. Au xine siècle. Falcoz, évêque de Grenoble, transféra ailleurs les chanoines de Parménie et les remplaça par des religieuses chartreuses: par ces saintes tilles, le culte religieux se conserva sur la montagne jusqu'en 1400. Depuis le xve siècle, le som-

1 Ri un. I. II. p. in:!. M un ii ii« . p. -2:v.\. — - Blain, p. 103. — ' Dom Beli vnger, S<nir Louise, la pieuse bergère de Parménie, Introduction. lue biographie de sœur Louise, écrite par le chanoine Gras - Duvilars. chapelain de Parménie, lui publiée à Avignon en 1751.

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