‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 234 sur 320 · ENTREE DE FRERE [RENEE · texte numérisé non relu

ENTREE DE FRERE [RENEE

suite elle les montrait comme une précieuse relique, et comme le gage de la grâce que Dieu lui avait faite d'être visitée par un sain! '.

La Providence avail eu d'autres desseins encore en conduisant M. de la Salle à Parménie. C'est là. eu effet, qu'elle lui amena une âme d'élite, qui depuis plusieurs années cherchait sa voie, et qui a laissé dans l'institul un suave parfum de sainteté, (pion respire encore à travers les pages de sa biographie-. Nous voulons parler du frère Irénée.

Le frère Irénée s'appelait, dans le monde. Claude- François Lancelot Dulac de Montisambert. Sa famille appartenait à la noblesse d'épée. Né à Tigy- sur -Loire, dans l'Orléanais, le 8 octobre 1681, il fut tenu sur les fonts baptismaux par un aïeul maternel, le marquis de Beauvilliers. Son père, dur et austère soldai, qui le destinait aux armes, léleva sévèrement, et ne permit poinl qu'il apprît le latin. Sa mère, femme pieuse et douce, lui fit de bonne heure goûter la religion et pratiquer la vertu.

A quatorze ans, le jeune Montisambert fut reçu lieutenant au régiment de Sainte -Menehould. Mais alors, sous rinfluence de compagnies dangereuses, il contracta la passion du jeu et perdit des sommes considérables. Ses parents, irrités, le rappelèrent. A la maison, il parut bientôt transformé. Son père, persuadé que le changement était sérieux, lui obtint une nouvelle lieutenance au régiment de Champagne. L'occasion renouvela les fautes : le jeune homme joua encore el perdit. Dieu, qui avail sur lui des vues de miséricorde, le ramena par Tépreuve de la souffrance. A la bataille de Malplaquet,

1 Bi.ain, p. 10;>. Maillefer, ]>. 257. — - De i \ Toi r, Vie <lu frère Ipénée, '■'<<■ édition, publiée par l'abbé Carion eu 1892. Cette biographie fut publiée en 1774, à Avignon, sans nom (l'auteur; niais Quérard , dans la France littéraire, l'attribue saiiN hésitation à l'abbé de la Tour.

il fut atteint d'une balle qui le perça de part en part. La blessure ne fut pas mortelle, mais la convalescence fut longue. Durant ses loisirs forcés, la grâce agit efficacement sur celte âme sincère. La Vie des Saints produisit su r notre jeune officier le môme résultat que sur Ignace de Loyola. Ce temps de réflexion marqua la date d'une définitive conversion.

Après avoir donné sous les armes, durant trois autres années, le parfait exemple des vertus chrétiennes, Dulac de Montisambert, âgé de vingt-deux ans, résolut de se consacrer entièrement à Dieu. A l'insu de ses parents, il quitta l'uniforme et prit l'habit de pèlerin. Sa famille ignora pendant seize ans ce qu'il était devenu. Pauvre volontaire pour l'amour de Jésus-Christ, il s'adonna d'abord aux œuvres de charité dans la ville de Grenoble, lit ensuite le pèlerinage de Rome et de Lorette, puis tenta de se faire religieux. Ce fut en vain qu'il se présenta aux Capucins, aux Chartreux, à la Trappe de Sept-Fonds; on le repoussa partout, soit parce qu'il manquait d'études classiques, soit parce qu'il ne présentait pas son extrait de baptême.

Las de cette vie errante et inquiet de sa voie, il vint faire une retraite à l'ermitage de Parménie. Le chapelain, frappé des dons de Dieu sur cette âme d'élite, en parla à M. de Saléon , qui l'offrit à M. de la Salle pour l'Institut. C'était la main de Dieu qui avait préparé cette rencontre. M. de la Salle se défia d'abord d'un jeune homme dont la vie était semée d'aventures si singulières. Mais après quelques jours d'épreuve, et sans doute sous l'inspiration divine, il le confia au Frère directeur de Grenoble. Le jeune homme fut ravi de tout ce qu'il entendit; il sentit que les règles allaient à son cœur, et que l'Institut serait son lieu de repos. Il entra avec lanL de facilité dans les pratiques de sa nouvelle vie, el v montra dès l'abord tant de maturité, que M. de la Salle, plein de confiance dans l'avenir, lui fit couper sa belle

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