TENTATIVES DE M. DE BROU
fondateur des Frères. Aussi discret que dévoué, M. Blain estima que sou devoir de supérieur consistait à maintenir les Frères dans la voie que leur avait tracée leur père.
A Paris, M. de Brou n'imita point cette sage discrétion. Il ne se contenta point d'une autorité nominale; il en voulut la réalité : << Vous m'appelez votre- supérieur, dit-il un jour aux Frères, il en faudrait donner des marques. » Il exigea qu'un acte fût dressé, signé dv< Frères, et placé dans le Registre de la maison. Le frère Barthélémy céda à une injonction si catégorique : il oubliait l'engagement qu'avaient pris solennellement les Frères, en 1694, de ne jamais élire pour supérieur une autre personne qu'un Frère de leur Institut. Mais cet acte, arraché par violence morale, objet de prompts regrets de la part des Frères; ne subsista pas longtemps; dès le retour de M. de la Salle à Paris, en 1714. on s'empressa de le déchirer '.
Une fois nommé supérieur, M. de Brou prétendit en exercer les pouvoirs. Le premier usage qu'il en fil consista dans une nouvelle rédaction des règles , conforme au plan que nous avons exposé plus haut. Il présenta ensuite ces nouvelles institutions au cardinal de Noailles, pour qu'il les approuvât. L'archevêque de Paris, qui estimait toujours M. de la Salle et qui aimait son Institut, confia l'examen des nouveaux règlements à M. Vivant, son vicaire général. Celui-ci les garda près de huit mois et les renvoya à M. de Brou avec une lettre datée du i avril 171 i, où il est dit : « Son Eminence ne juge pas à propos que rien soit décidé, ni signé en son nom, ni sur les Règlements, ni sur les changements qu'on voudrait faire aux Règlements. Il se repose sur votre sagesse du bon gouvernement dc^ écoles donl mmis pre-
1 Blain, t. II, p. 113.
nez soin, et compte bien que. sous une si sage conduite, la piété et la paix y fleuriront '. »
Sous une forme polie, celte lettre déboutait M. de Brou de ses prétentions et maintenait dans l'Institut, même à Paris, l'ordre établi par M. de la Salle. C'était la juste récompense des prières du saint fondateur et du zèle ardent que les Frères déployaient alors.
En ell'el , depuis l'imprudente lettre du frère Barthélémy, les Frères avaient tout mis en œuvre pour en conjurer les funeste- effets; voyant l'Institut menacé, ils lurent unanimes pour le détendre. Ils s'attachèrent a la fidèle observation de leurs règles: ils se groupèrent autour du frère Barthélémy; ils écrivirent à M. de la Salle des lettres [tressantes pour qu'il vînt reprendre possession de la supériorité.
A la première nouvelle des atteintes portées à son œuvre, le serviteur de Dieu s'était contenté de ee eri de la foi : < Dieu soit béni! si c'esl son œuvre, il en aura soin -. " Pour se rendre compte des ravages produits par le nouveau régime, il avait député le directeur de (lienoble vers les communautés du Nord : le visiteur, frappé dr> protestations unanimes i\v> Frères contre les changements opérés, avait rendu un rapport favorable et témoigné ipie les établissements du Nord n'étaient pas si endommagés qu'on l'avait dit.
Les sollicitations avaient beau se multiplier. M. de la Salle différait toujours son départ. Quel motif pouvait ainsi le retenir? Nous ne le saxons pas. Peut-être hésitait-il à reparaître, parce qu'il savait (pie sa présence exciterai! de nouvelles tempêtes. Peut-être craignait-il que la persistance de ses désaccords avec M. de la Ché- Lardye ne rendit sa présence plus nuisible qu'utile à l'Institut.
Mais ses disciples, impatients de -on retour, ne com-
1 Blain, l. Il . p. I '.'.'. — - [bid., t. Il, p. HT.