SUITES DU SÉJOUR A MENDE
Blain. les Frères de Mende seraienl demeurés insoumis jusqu'en 1721. et ils auraienl vécu dans une sorte de schisme jusqu'au moment où ils succombèrent victimes
de la peste1. Mais cette version du biographe esl inadmissible; car des faits qui suivirent il résulte clairement que l'école de Mende resta liée à l'Institut, el que le frère Henri fut, jusqu'à la mort, un maître fidèle à son devoir et à sa vocation. A notre avis, si le frère Henri offensa gravement son supérieur à Mende. il en eut un prompt repentir, et M. de la Salle dut, même avant son départ, lui donner son pardon et lui rendre ses bonnes grâces.
En effet, la lettre suivante, écrite par M. de Brou au curé de Mende, le 5 octobre 1714, c'est-à-dire quelques mois plus tard, jette un grand jour sur la situation :
« J'ai rendu compte à M. de la Salle, monsieur, de ce que vous me faites l'honneur de m'écrire. Il me paraît assez embarrassé de fournir de bons Frères dans votre ville en la place de ceux qui vous manquent. Cependant il a beaucoup d'affection pour soutenir cette école, et se propose d'y pourvoir incessamment. Voilà tout ce que je puis vous mander sur ce sujet; car. depuis qu'il est li Paris, je crois devoir m'en remettre à lui du gouvernement de sa société, dont je n'av pris soin qu'en son absence. Je vous asseure, mon cber monsieur, de mes très humbles respects -. >
Cette lettre prouve que Fécole de Mende n'avait point rompu ses relations avec le centre de l'Institut. Le frère Henri, resté seul à Mende. était certainement revenu à de meilleurs sentiments, puisqu'il n'y est point question de révolte; la douceur de M. de la Salle avait dû gagner cet homme, qui avait eu un moment d'oubli. Un seul collaborateur, le frère Hilaire. lui fut adjoint. M. de la
1 Blain, t. II. p. 49. — 2 Copie aux Archives des Frères.
Salle manquait probablement de sujets; d'ailleurs, la pension suffisait à peine pour deux maîtres.
Dès lors, le frère Henri et le frère Ililaire demeurèrent fidèles à leur vocation : aussi longtemps qu'ils tinrent L'école, ce fut bien nettement en qualité de Frères des Écoles chrétiennes. Les listes des maîtres ne supposent aucune interruption jusqu'en 1721 '.
Le 27 décembre I7I(>. Ions les deux signèrent un acte (I adhésion a i assemblée générale qui devait se tenir à Saint -Yon Tannée suivante: ils étaient alors en communion d'idées et de sentiments avec le reste de l'Institut*.
Enfin, en 1721. lorsque la peste commença à exercer ses ravages dans la ville de Mende, les deux Frères se livrèrent, avec un dévouement bien digne de fervents religieux, au soin des pestiférés. Dans une délibération du 21 septembre, le conseil municipal nomma le frère Henri, pour faire, avec un prêtre, les distributions de secours aux malades3. Il mourut, le li octobre suivant, (( aux infirmeries des pestiférés de ladite ville, au service desquels il s était consacré '. » Quelques jours plus tôt, le 28 septembre, le mal avait emporté son confrère5.
Apre.- deux ans de vacance, l'école de Mende lut reprise6; elle entra dans une voie de grande prospérité, et les Frères y obtinrent de grands succès. La bénédiclion de Dieu tut le prix des souffrances qu'y avait endurées le serviteur de Dieu et de l'héroïque dévouement que les Frères, revenus d'un égarement momentané, déployèrent dans l'exercice de la charité.
Lu résume. si les Frères de Mende. au moment ou l'Institut traversait une crise générale, commirent un acte d'infidélité, leur faute fut passagère, et la réparation lut éclatante.
1 Listes que nous avons citées plus haut. -- - Procès-verbal de la visite îles maisons de l'Institut, par le frèYe Barthélémy : copie authentique aux Archives des I rères. Extrait des délibérations, -I septembre 1721. ' Archives municipales </<' Mende, GG, n° i.. — :' Ibid., ii i2. — ° Arc/tires municipales de Mende, BB, n° la.