S» ILLICITUDE POUR LES NOVICES
des maîtres est de leur donner une éducation chrétienne et civile, ils doivent veiller à ne leur montrer en eux que des exemples de vertu, d'union et de parfail accord; il- doivent être pieux, charitables, justes, doués d'une grande égalité cl humeur, et zélés pour former leurs élèves au bien, à la société, et pour développer leurs talents et leurs aptitude- selon les divers états auxquels les parents les destinent. C'est en vain qu'ils se promettraient leur estime, leur attachement, une entière docilité aux leçon- cl aux avis donnés en classe, s'ils ne leur donnent lieu de remarquer que la religion, la raison, l'écpiilé. la bienséance, les inspirent en tout temps et les rendent irréprochables. Il est essentiel qu'un maître ne donne jamais de leçons, ni une instruction quelconque, sans s'y être préparé et s'être mis en état de le bien faire. Partout les Frère-, au pensionnat, seront graves et sérieux, mais avec un extérieur avenant et bon; ils allieronl la douceur à la fermeté; ils écouleront tranquillement les observations, les plaintes, et remédieront au mal en parlant à basse voix: ils montreront à leurs élèves qu'ils se possèdent, sans s'étonner de rien... Ils doivent éviter de montrer de l'éloignement ou de I antipathie pour les élèves qui, par leurs mauvaises manières ou leur caractère récalcitrant, sont propres à décourager. Tous les pensionnaire-, sans exception, doivent être convaincus de la bonté, de la justice e1 de l impartialité dv< maîtres. »
Quelque sollicitude qu'il eût pour les pensionnaires, M. de la Salle suivait plus activement encore les exercices de son cher noviciat. 15ien qu'il fût souvent indisposé1, il s'appliquait avec un zèle ininterrompu à la formation des novices. Il vivait au milieu d'eux, étudiait leurs défauts et les ressources de leur nature, suivait
1 Dans une lettre du '•> décembre 1716, le Saint dit qu'il a été près de dix mois infirme à Saint-Yon. Letti
l'action de la grâce dans leurs Ames. Dans des conférences publiques, il les excitait à la ferveur; dans 1rs conversations privées, il les façonnai! un à un cl leur enseignait Taii de se vaincre. 11 s'accommodait au caractère de chacun; plein de condescendance pour les commençants et de bonté pour les timides, il aiguillonnait les lâches, humiliait Les orgueilleux, affermissait les chancelants. Le frère Barthélémy se mettait, avec une simplicité déniant, à l'école de ce maître consommé; il écoutait et il obéissait comme le plus humble des novices'.
Les Frères, heureux de posséder leur père, recouraient à lui de toutes paris. Malgré son désir de se séparer des affaires, le Sainl ne pouvait se soustraire à leurs filiales importunités. De vive voix ou par lettres, il demeurait le guide toujours écouté de lous les membres de l'Institut -.
Sa présence à Saint-Yon lui attira d'illustres visiteurs avides de l'entendre. Les premiers magistrats du Parlement et les ecclésiastiques les plus en vue se firent un bonheur de le voir. A plusieurs reprises, il acccpla Tinvilalion que lui taisaient les cures de la ville de prêcher ou d'officier dans leur église. Ses liens avec la Compagnie de Jésus devinrent plus étroits; ce fui sans n'ouïe pour mettre plus sûrement les Frères à l'abri des mauvaises doctrines, qu'il s'attacha dés lors parhculiérement aux Jésuites. Il choisit le Père Fraugé, recteur du noviciat, pour confesseur, (le saint religieux avait sou pémlenl en telle vénération, qui] disait quelquefois « que si M. de la Salle mou rail a va ni lui. il dira il bien des choses » . Cette parole nous fait regretter que le Père Fraugé soil mort avant d avoir pu nous livrer ses secrets
Parmi les visiteurs de Saint-Yon , deux principalement laissèrent le souvenir de leur passage, MM. Gense cl Aboi de la Cocherie. M. Gense, homme riche et zélé,
1 Bi vm, I. II. p. L29-130. — - Ibid., I. 11. |>. 128-129. — D'après un rapport inédit conservé aux Archives des Frères.