VISITE! RS DE MARQUE
qui pratiquai loutes Les vertus sacerdotales dans L'étal laïque, était le dévoue protecteur des Frères de Calais cl un ardenl ennemi du parti janséniste. M. de la Gochetie, non moins généreux pour le soutien de la toi romaine, était le fondateur e1 l'insigne bienfaiteur des écoles de Boulogne-sur-Mer. Ces deux vaillants chrétiens s'entendireni pour l'aire ensemble . vers le mois de mai 1716, une visite à Saint-Yon. Au dire de Blain, M. de la Salle se laissa aller, dans celle rencontre, à des épanchements qu'il ne se permettait qu'avec les plus intimes amis. Comme ses hôtes admiraient qu'il eût mené à bien, malgré (\v> obstacles sans cesse renouvelés, une œuvre aussi utile à l'Eglise qu'était celle de l'Institut, il répondit avec simplicité1 :
u Je vous dirai, messieurs, -que si Dieu, en me montrant le bien que pouvait procurer cei Institut, m'eût aussi découvert les peines et les croix qui devaient l'accompagner, le courage m eût manqué, et je n'aurais osé le loucher du bout (\c> doigts, loin de m'en charger. En hutte à la contradiction , je me suis vu persécuté de plusieurs prélats, même de ceux dont j espérais du secours. Mes propres enfants, ceux-là même que j'avais engendrés en Jésus-Christ, que j'avais chéris avec plus de tendresse, que j'avais cultivés avec plus de soin et dont j'attendais les plus grands services, se sont élevés contre moi et ont ajouté aux croix du dehors celles du dedans, qui sonl les plus sensibles. En u\\ mot, si Dieu n'avait pas mis la main pour appuyer cet édifice d'une manière visible, il y a longtemps qu'il sérail enseveli sous ses ruines. Les magistrats se sont unis à nos ennemis, en appuyant de leur autorité les efforts de ceux-ci pour nous renverser. Gomme notre fonction offense les maîtres d'écoles, nous trouvons en chacun d'eux un adversaire déclaré et irré-
1 Blain, t. II, p. :'.:>. Ce discours es! sans doute développé pai Blain lui-même.
conciliable, et, tous réunis en corps, ils ont souvenl armé les puissances du siècle pour nous détruire. Cependant, malgré Ions leurs efforts, V édifice s'esl soutenu, quoique si souvenl sur le penchant de sa ruine; c'est ce qui nie l'ail espérer qu il subsistera, el que, triomphanl enfin dc> persécutions, il rendra à l'Eglise les services qu'elle a droit d'en attendre. »
MM. Gense el de la Cocherie, toul émus des entretiens <ju ils avaient eus avec le supérieur des Frères, ne partirent point de Saint-Yon sans lui avoir l'ail promettre de visiter, en personne, les écoles de Boulogne cl de (Valais. Au reste, le frère Barthélémy, auquel il aimai! ;i si soumettre avec humilité, lui fil un devoir d'aller soutenir, dans le Nord, les intérêts de l'Institut. Tout infirme qu'il lût. il se mil en roule pour Boulogne, vers le mois de juillet 1716 '.
Des honneurs extraordinaires, (pu alarmèrent sa iikideslie. l'attendaient à Boulogne9. Il souffrit vivement de ne pouvoir se soustraire à l'empressement de la population : M. de la Cocherie se lit un honneur de le recevoir dans sa maison; le marquis de Colembert, qui commandait la place, stimula de sa parole les ouvriers volontaires qui travaillaient à la maison t\v> Frères; le peuple voulu! voir cet homme dont tous les pauvres bénissaient le nom. depuis que ses disciples tenaient des écoles; mais personne n éprouva une joie plus vive que la petite communauté (\v> Frères. Son amour de la pauvreté dut céder ;ui\ instances qui lui furent faites d'échanger ses vêtements usés pour (\c< habits neufs et solides.
Sitôt (pi il put se dérober aux honneurs que Boulogne lui prodiguait, il se rendit ;'i Calais, où M. Gense lui offrit 1 hospitalité dans sa maison. I ne grande satisfaction 1 v attendait : il y apprit l;i décision que venait de prendre Louis \Y de payer aux Frères de celle ville la pen-
1 Blain, t. il , p. 130. — - Cf. Maii t.i i i i; . p. :