ENFANCE
en lui d'un seul coup le travail de la perfection; elle ne le conduira que par degrés insensibles à cet héroïsme de vertu qui étonnera un jour ses plus proches parents. Dans cette marche progressive vers une éminente sainteté, Jean -Baptiste nous apparaîtra comme un modèle à la portée de tous. Car, si la vertu fut en lui le résultat des efforts constants d'une volonté fidèle à la grâce, son exemple nous apprend que la même constance nous conduirait à la même sainteté.
Il grandit dans un milieu profondément chrétien et sérieux.
Son père, Louis de la Salle, et son aïeul, Jean Moët de Brouillet , appartenaient à cette magistrature du xvne siècle , si grave , si intègre , si pénétrée de foi chrétienne.
Ce qu'il y avait d'austère dans ces magistrats était tempéré par la tendresse de la îr/ere , Xicolle Moët, et de l'aïeule maternelle, Perrette Lespagnol. Sa grandmère paternelle, Barbe Coquebert, ne put veiller deux années entières sur son berceau ; elle mourut en effet le 12 février 1653, après avoir assuré à Louis de la Salle, son second fds. le droit de résider encore neuf ans. avec sa famille, à l'hôtel de la Cloche1.
Dès le premier éveil de sa raison, Jean-Baptiste montra les meilleures dispositions communes aux enfants de son âge. « Les semences de piété qu'on jetait adroitement dans son cœur produisaient sans peine2. » La piété fut, en effet, le premier trait qui révéla le caractère de cet enfant béni.
On se fit un devoir de le conduire de bonne heure ù 1 église. Il prit un tel goût aux cérémonies du culte sacré, qu'il fallut, dans la maison paternelle, lui dresser un petit oratoire. Là il se plaisait à reproduire ce qu'il
1 Cerf, Maison où dut naître le Bienheureux de la Salle, brochure; Reims, Dubois, 1870, p. 3. — - Mah.lefer, Vie ...., ms., p. 1.
avait vu: il jouissait d'être le prêtre de sa chapelle, de monter à l'autel, d'imiter l'auguste mystère de la messe, de répéter Les chants liturgiques qu'il avait entendus1. Et ce n'étail pas pour Jean-Baptiste un simple jeu d'enfant : il accomplissait ces actes avec tout le recueillement et l'esprit religieux dont, il était capable8.
Jamais, à son gré, on ne le conduisait assez souvent à l'église Parfois il savait se soustraire à la surveillance de ses parents, non pour jouer avec des camarades, niais pour aller au temple prier et suivre les divins offices. Lorsqu'il manquait à la maison, c'était à l'église qu'il le fallait chercher. On l'y trouvait recueilli, attentif, lans celle attitude de respect et de prière qu'il gardera toute sa vie dans le lieu saint3.
L'intérêt qu'il prenait aux cérémonies saintes lui inspira le désir d'y participer. Dès l'âge de sept ou huit ans, il obtint de sa famille, à force d'instances, la permission d'exercer les fonctions d'enfant de chœur. Ce fut alors, pour lui, une jouissance toute céleste de servir le prêtre à l'autel, et il n'eût pas voulu s'en priver un seul jour4. Il s'en acquittait avec tant de grâce et de ferveur, qu'il « attirait l'attention de tous les assistants et inspirait de la dévotion à ceux qui le regardaient5 ».
Ces dispositions religieuses supposaient, dans l'enfant,
une maturité précoce et ne pouvaient, d'ailleurs, que la
développer. 11 avait, en effet, peu d'inclination pour les
amusements ordinaires de l'enfance; les objets religieux
étaient ses jouets, et les pratiques pieuses étaient les
eules distractions qu'il aimât. Un jour qu'une fête de
lie avait réuni à l'hôtel de la ("loche une joyeuse
ité de parents et amis. Jean-Baptiste fut pris tout à
coup d'un ennui profond, au milieu du bruit et des diver-
ments; se réfugiant près de sa vénérable aïeule,
1 IU Ain. Vie..., p. 118. — 2 Lucard, p. T. — n Blain, p. 118.— -1 Blain, p. 119. — Bernard, Conduite admirable, p. 11.