ELECTION 1)1" FRÈRE BARTHELEMY
très sainte Trinité et snubs la protection de saint Joseph, patron de notre Société, du consentement par escrit de tous les Frères de notre Institut, pour délibérer sur les moyens de nous conserver dans nostre premier esprit, reconnaissons que. pour nous maintenir dans une union constante et persévérante et dans une entière uniformité, au milieu de tous les événements tant ordinaires qu'extraordinaires auxquels nous sommes exposez dans cette vie, et pour procurer autant qu'il nous sera possible le soutien et la solidité de nostre Institut, avons jugé à propos, pour la plus grande gloire de Dieu, de commencer par la nomination de l'un d'entre nous pour en avoir la conduitte généralle et universelle . duquel tout ce qui concerne nostre Institut dépende entièrement, pensé et fait plusieurs prières et œuvres pieuses à cette intention, nous nous sommes servis des formalité/, ordinaires de billets et scrutins , dont le plus grand nombre a esté en faveur de nostre très -cher frère Joseph Truffet, dit frère Barthélémy, lequel nous avons élu et élizons de libre volonté, sans acception de personnes , nv espèce de contrainte , pour nostre supérieur général et perpétuel , promettant avoir une entière soumission et obéissance à son égard par union a Notre -Seigneur, obéissant jusqu'à la mort de la Croix, renonçant à tout ce qui pourrait y estre contraire , soit pour le présent, soit pour l'avenir, »
Sur la demande du frère Barthélémy, deux assistants furent élus par l'assemblée: le frère Jean, directeur de la maison de Paris, cl le frère Joseph, directeur (\cs ('•coles de Reims '.
Cette nomination d'un Frère comme supérieur causa à M. de la Salle une joie inexprimable ; elle assurait l'avenir d'une œuvre qui lui était >i chère, elle déchargeai son humilité d'un fardeau qui lui pesail tant! Il pouvait chanter son Nunc dimittis, puisque les projets de ses adversaires sur l'organisation de l'Institut étaient déjoués; il allait enfin suivre son alliait pour l'obéissance et pour
1 Minute de VIe Saladon, aux Archives des Krères.
la vie cachée, puisque personne n'aurait plus le droit de lui disputer la dernière place.
Il se trouva néanmoins des censeurs chagrins qui exercèrent leurs critiques sur le fait de sa démission. Les mis l'accusaient d'avoir cédé au découragement et au dégoût; d'autres le jugeaient imprudent d'avoir remis l'Institut aux mains d'un simple Frère, parce que. disaient-ils. on ne souffrirait pas qu'un Frère eût la direction d'une Congrégation religieuse : d'autres enfin furent assez désobligeants pour voir dans celle retraite le désir de se faire remarquer et de se mettre, aux yeux du monde, en un pins grand relief1. Ces interprétations, que la méchanceté humaine ne lui laissa point ignorer, ne troublèrent point sa conscience, dont il avait suivi les inspirations avec nue parfaite droiture; elles servirent seulement à exercer sa patience et à nourrir son insatiable désir d'humiliation. Il lui suffisait, d'ailleurs. d'avoir l'approbation d'amis sincères et éclairés, qui avaient su apprécier, dans celle circonstance, la justesse de ses vues et la fermeté de ses déterminations.
11 avait donc enfin obtenu ce que, depuis 1686, il avait si ardemment souhaité : il n'était plus le premier dans sa maison. Avec quel amour, dès lors, il prit son rang d'inférieur et se voua à la pratique de 1 Obéissance ! Mien, dans sa conduite, ne laissa soupçonner qu'il eût jamais commandé; il ne lui resta pas même, dans l'attitude et dan- le ton de voix, ce je ne sais quoi qui demeure, comme une empreinte de l'autorité, dans la personne de ceux (pu l'ont une l'ois exercée. Il effaçait même, autant que cela se pouvait, sa dignité sacerdotale . pour être l'égal des Frères; on eût dit, à le voir si humilié et si houleux de lui-même, un prêtre condamné à faire pénitence en quelque monastère "-'.
Il demandait les moindres permissions avec une sim-
1 M mi i ri i i; . p. 280. — - l'.i AiN. t. II. p. 152