‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 256 sur 320 · HUMILITE DU SAIN I S · texte numérisé non relu

HUMILITE DU SAIN I S

plicité d'enfant. En vain Le frère Barthélémy, qui vénérai! en lui son père et son confesseur, et à qui ces demandes étaient à charge, voulut-il lui accorder la permission générale de faire- ce qu'il jugerait à propos : M. de la Salle n'accepta point de se priver du mérite de l'obéissance. Ne fallait-il pas. dn reste, qu'il donnai l'exemple sur ce poinl comme sur tous les autres? Une exception en sa faveur en! énervé la discipline. 11 n'aurait osé. sans permission, changer son heure de messe. A la récréation, il n'acceptait point de présider un groupe; lui donner une marque de distinction, c'eûl été le chasser. Il fallut qu'au réfectoire on lui laissât prendre la dernière place, après les Frères servants ; pour le déterminer à bénir la table, on lui lit sentir qu'il n était pas permis à un Frère de la bénir, lorsqu un prêtre est. présent. Si un novice le priait de permettre qu'on balayât sa chambre, il répondait: « Je ne veux rien, mon cher Frère; allez demander si on veut que je sorte '. »

Il fît tous ses efforts pour se dessaisir même de l'inilnenee morale que lui assurait son titre de fondateur. Aux Frères qui s'adressaient encore à lui avec confiance et lui demandaient des permissions, il disait simplement: « Allez au Frère supérieur, je ne suis rien2. > Il ne répondait point aux lettres qu'on lui écrivait, a moins que le frère Barthélémy ne lui en fil un devoir. Un jour il conclut ses avis par ces mots : « Donnez-vous bien de garde de vous adresser à moi. à l'avenir, pour choses pareilles. Vous avez un supérieur, c'est. à lui que vous devez exposer vos difficulté/.. Pour moi. je ne veux pins me mêler de rien, que de penser à la mort et pleurer mes péchez 3. »

Le frère Barthélémy rivalisait d'humilité avec son bienaimé père : non seulement il ne manqua jamais d égards

1 Blain, t. II. |». 153. — " fbid., p. 152. — ' Ibid., p. 152

envers lui, mais il lui témoigna toujours la plus filiale déférence. 11 n'accepta la supériorité qu'avec confusion,

cl ce lui lui toujours une peine (ravoir à donner des permissions et des ordres à un prêtre. Aussi modeste <pie prudenl , il ne prit aucune décision sans consulter M. de la Salle; sa filiale déférence permit à l'âme du fondateur de s'écouler encore, par de continuelles influences, dans la chère œuvre de son Institut '.

Cette conduite respectueuse et sage lui gagna toutes les sympathies. Déjà il était avantageusement connu; tous les jeunes Frères avaient été formés par lui au noviciat : toutes les écoles avaient reçu sa visite, et depuis 1712 il avait exercé, sans les posséder en litre, les fonctions de supérieur. Le changement d'administration se lit donc sans secousse, et lorsque, deux ans plus lard, la mort frappera au cœur tous les Frères dans la personne du fondateur, son œuvre n'en subira aucun ébranlement. Il est vrai que le frère Barthélémy ne gouverna l'Institut (pie durant trois années2 : mais cela lui suffit pour asseoir l'Institut sur des hases solides.

Dans celte retraite de notre Saint, un trait nous frappe entre tous: il voulut qu'on ne le comptât point parmi les supérieurs de l'Institut et que le frère Barthélémy fût le premier de la série. Pensa-t-il, par cet acte unique d'humilité, effacer de la mémoire des hommes le souvenir des quarante années de pénibles labeurs par lesquels il avait fondé son œuvre? Espéra-t-il que l'Institut vivrait sans (pie son nom y restai attaché? (les calculs, bien dignes de. sa profonde humilité, seront peut-être déjoués; car. s'il nomma ses disciples Frères des Ecoles chrétiennes, la postérité les appellera aussi Frères de saint Jean-Baptiste de /;/ S;t//<>.

1 Hi ain. I. II. p. 151. — - Élu I.' 18 mai 1717. le frère Barthélémy mourut le 7 juin i 720.

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