VOYAGE DI SAINT A PARIS
Apôtres les affaires de notre Institut, et en particulier d'y prier pour la véritable conversion de celuy qui est, avec toute l'estime et l'affection possible, en Jésus et Marie, votre très humble et très obéissant serviteur. Signé, frère Rahthé- USHY. Mon cher Frère, je ne vous oublie pas dans mes petites prières journalières ; la réciproque, s'il vous plaist. >■
Dans cette lettre, écrite à Paris, le 18 lévrier 171 S. le projet d'un établissement au Canada parait fermemenl arrêté; M. de la Salle, consulté, y avait donné son consentement. Deux jours après qu'on eut désigné des Frères pour cette lointaine mission, noire Saint, dans un mouvement d'inspiration prophétique, dit à l'un des Assistants : « Ah! mon Dieu, qu'allez-vous l'aire? vous allez entreprendre une chose qui vous jettera dans une infinité d'embarras, et qui aura des suites fâcheuses. » Le frère Barthélémy, étant survenu comme il prononçait ces paroles, fit observer que tout était conclu, que les frais d'embarquement étaient déjà faits. Mais le serviteur de Dieu se contenta de répéter : ci Qu'allez-vous faire? »> Cette réflexion, dite avec tant d'insistance, fit sur les Frères une si vive impression, qu'ils renoncèrent au projet et rompirent leur traité. Ils apprirent ensuite de M. Charon, Fun des fondateurs de l'hôpital du Canada, qu'on se proposait de disperser les Frères chez les curés de campagne. Celle disséminai ion. contraire à nue règle fondamentale de l'Institut, eûl infailliblement perdu les Frères. Dieu avait donc donné à son serviteur, en cette occasion, le pressentiment du péril auquel ses disciples allaient être exposés1.
M. de la Salle était venu à Paris, le i octobre 17I7, en même temps (pie le frère Barthélémy. Il y axait été appelé pour recevoir un legs de deux cent soixante livres de rente, que Rogier, son ancien ami. venait de bu
1 Blain, t. II, p. 153-154. Une nouvelle tentative fut faite en I7:t7. mais sans aboulir. Les Frères n'«ntrêren1 au Canada qu'en 1*37.
laisser en mourant. Rogier, à sa dernière heure, s'était souvenu de son infidélité à l'égard du serviteur de Dieu; la conscienee lui avait rappelé que. dans celte maison de Saint -Denis, qu'il s'était fait adjuger par le Châtelet en 4 74 2, il y avait une somme de cinq mille deux cents livres appartenant à M. de la Salle. Quant à noire Saint, il avait oublié ses droits. Les intérêts du monde le touchaient d'ailleurs si peu, qu'à la nouvelle de celle réparation tardive il s'était écrié : « A quoi pense-t-on de taire des testaments en ma laveur? Ne seait-on pas que j'ai renoncé à tous les biens du monde, et qu'il ne m'esl plus permis d'avoir rien en propre1? »
11 n'aurait point quitté sa chère solitude de Saint -Yon pour recueillir un bien temporel, si le frère Barthélémy ne lui avait fait un devoir d'accepter la donation de Rogier. Mais, lorsqu'il se trouva à Paris en face du notaire, son humilité souleva une difficulté imprévue. Dans l'article du testament qui le regardait, il était nommé supérieur des Frères des Ecoles chrétiennes. Ce titre lui parut blesser la vérité, car il n'était plus supérieur, de fait, depuis le mois de mai. Sa délicatesse fut intransigeante sur ce point de loyauté; il eût sacrifié l'argent, plutôt que de l'accepter à un litre qui n'était plus le sien. Après trois mois d'attente, le notaire, qu'une lelle résistance étonnait, supprima ce mol de supérieur des Frères, et le Saint consentit alors ;'i recevoir, à titre privé, la juste restitution tic Rogier2.
Durant le séjour prolongé qu'il lit à Paris, M. de la Salle ne demeura point à la communauté des Frères. Ce ne fui point assurément par dédain, car il avait assez prouvé, depuis quarante ans, combien il se plaisait ;ï vivre au milieu de ses enfants; ce fut seulement par discrétion. Il craignit d'être traité encore comme supérieur, cl il voulut détourner de sa personne les marques d'obéis-
1 Majllefer, p. ^s-2-j.s:i. - - Blain, I. II. |>. 157.