‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 262 sur 320 · SA VIE A SAINT- NICOLAS · texte numérisé non relu

SA VIE A SAINT- NICOLAS

sauce et de respecl qui devaient aller désormais au frère Barthélémy. De plus, les antipathies à son égard n'étaient pas sans doute entièrement dissipées: afin de ne soulever contre ses Frères aucune nouvelle tempête, il s'établit loin de chez eux.

Il choisit pour demeure la fervente communauté de Saint- Nicolas- du -Ghardonnet. Là, pendanl cinq mois entiers, suivant librement son attrait pour la solitude ei l'oraison, il donna des exemples de vertu dont le souvenir resta longtemps dans ce séminaire. Le supérieur de la maison en a rendu le plus éloquent témoignage dans une lettre que nous allons citer. Elle fut écrite au frère Barthélémy après la mort du serviteur de Dieu.

Nous avons eu l'honneur et l'avantage, dit le supérieur de Saint-Nicolas1, de posséder ce saint prêtre dans notre séminaire, depuis le 4 octobre 1717 jusqu'au 7 mars 1718. Ce temps a été court, comme vous voyez; mais il n'en a pas fallu davantage pour reconnaître en lui les dons particuliers que Dieu y avait mis, et les grâces mêmes qu'il s'étudiait le plus de cacher aux hommes. Nous avons surtout remarqué en lui un zèle et une ferveur extraordinaires pour sa propre perfection, une humilité profonde et un grand amour pour la mortification et la pauvreté. Le zèle pour sa propre perfection a paru : 1° en ce que, non content de se trouver tous les jours, sans en manquer un seul, à tous les exercices de piété : à l'oraison du matin, aux conférences spirituelles, aux divins offices, etc., il m'a avoué qu'il donnait encore régulièrement chaque jour deux heures et demie ou trois heures à la méditation ; 2° dans l'assujettissement entier où il a voulu vivre au règlement du séminaire, car il se rendait toujours des premiers à tous les exercices, et il n'y avait pour lui aucun article qui ne fût important. Il n'aurait pas voulu, je ne dis pas sortir en ville, mais même parler à un externe, sans en demander la permission. En vain lui ai-je déclaré plusieurs fois qu'il avait chez nous toute permission,

1 Nous empruntons celte lettre à Blain, t. II. p. 155-156.

;;.,ii DERNIÈRES ANNÉES

et que ce point de règlement n'y avait point été mis pour lui. il n'a pas été possible de lui en faire accepter la dispense. Son humilité nous a paru également admirable , et elle était universelle. Il ne faisait rien sans conseil, et l'avis des autres lui paraissait toujours meilleur que le sien. Dans la conversation il écoutait toujours plus volontiers qu'il ne parlait ; on ne l'entendait jamais rien dire à son avantage.

« Plein d'horreur et de mépris pour la mondanité qu'affectent plusieurs ecclésiastiques dans leur extérieur et dans leurs habits, rien de plus simple que les siens, qui n'étaient que d'une serge la plus commune. Tout le reste de son extérieur v répondait, et c'est en partie ce qui m'a fait dire qu'il aimait la pauvreté. Cet amour pour cette vertu a encore plus éclaté dans la générosité qu'il a eue de renoncer à tout et de se dépouiller de tout, pour entreprendre et soutenir l'établissement de sa communauté , et dans les précautions qu'il a prises pour inspirer et perpétuer, parmi les Frères qui la composent , cet esprit de simplicité , et le retranchement de tout ce qui n'est pas absolument nécessaire à la xie et à l'entretien.

<> Sa mortification, enfin, nous confondait, en nous édifiant. Il ne voulut jamais accepter de chambre à feu, quand il entra au séminaire ; et au lieu de se chauffer avec les autres, au moins pendant le temps de la récréation, il aimait mieux s'entretenir dans les salles ou dans le jardin, avec quelques séminaristes, pour avoir l'occasion de leur inspirer quelque sainte maxime et le détachement des choses de la terre ; et comme sa modestie, son air recueilli et l'onction de ses entretiens ne laissaient point douter qu'il n'en pratiquât encore beaucoup^ plus qu'il n'en inspirait, on ne saurait exprimer le fruit qu'il a fait dans ce séminaire.

« On a eu bien tort aussi de vouloir le faire passer pour un homme qui avait du penchant pour les doctrines nouvelles ; sage et prudent comme il était, il en parlait rarement, parce qu'il savait que ces discours servent peu et nuisent souvent : mais il était des plus soumis et des plus attachés aux déci

sions de l'Eglise, et je nie souviens qu'il approuva extrême-

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