‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 263 sur 320 · ACHAT DE SAINT -YO · texte numérisé non relu

ACHAT DE SAINT -YO

ment une communauté de ses Frères établis dans une grande ville de province, qui aima mieux encourir la disgrâce des premiers supérieurs du diocèse que de faire ce qu'on exigeait d'eux, parce que la démarche leur en paraissait contraire au respect que leur Instituteur leur avait toujours inspiré pour l'autorité du Saint-Siège et de l'Eglise de France.

« Voilà, mon cher Frère, le témoignage que je dois à feu M. de la Salle, que nous avons tous extrêmement regretté, et pour vous, et pour le public et pour notre propre édification. Si Dieu exauce nos vœux, il continuera de vivre en s;i communauté, par la fidélité qu'elle aura à ne jamais se départir de ses maximes et de ses exemples de zèle pour l'instruction des enfants, pour la simplicité, la pauvreté, l'édification, l'obéissance et la profonde vénération pour les évêqûes, etc. Au séminaire de Saint-Nicolas, le 1er mars 1721 .

Le serviteur de Dieu se trouvait encore à Saint-Nicolasdu-Chardonnef, lorsque furent entamées les négociations qui aboutirent à rachat de Saint- Yon.

La marquise de Louvois, qui était propriétaire de l'enclos, étant venue à mourir dans les derniers jours de l'année 1717, ses héritiers, dès les premiers jours de janvier 1718, mirent la maison en vente et firent savoir aux Frères qu'ils avaient à l'évacuer dans un bref délai. Ce fut un grand émoi dans l'Institut. Depuis treize ans que la communauté y était établie, les Frères y avaient pris leurs habitudes, ils avaient accommodé L'immeuble à leurs œuvres diverses, ils s'y considéraient chez eux. Il leur serait très douloureux de quitter une terre où ils avaient jeté de si profondes racines. D'ailleurs, où aller? OÙ trouver, en peu de temps, une maison adaptée à leurs besoins? Seul, M. de la Salle demeura calme, et leur dit « que Dieu ne les abandonnerai pas, mais qu'il allait penser à acheter la maison 4 ».

Cette parole étonna les Frères; mais l'assurance avec

1 Maii.i.efer, p. 289.

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laquelle elle était dite leur inspira confiance, et ils se mirent en devoir de préparer les négociations. La Providence mon lia bien, par les facilités qu'elle donna à celle entreprise, que le Saint avait élé inspiré d'en haut.

En effet, L'abbé de Louvois, exécuteur testamentaire de la marquise sa mère, connaissait M. de la Salle et les écoles chrétiennes par son oncle, Maurice Le Tellier, archevêque de Reims. Il vénérai! le fondateur comme un Saint, et il regardait l'Institut comme une œuvre des plus utiles à L'Eglise. Avec une parfaite bonne grâce, il fit un favorable accueil aux avances des Frères, leur promit la préférence et s'engagea à ne demander qu'un prix modéré.

Quelque modique quelle fût pour L'immeuble, la somme exigée était néanmoins de quinze mille livres : pour des pauvres qui ne vivaient que d'aumônes, elle était difficile à trouver. Cependant la Providence y pourvut. Déjà, en prévision de cet achat, M. de la Salle avail placé six mille livres, en 1 7 1 -> , sur les octrois de Rouen1 : il les lit retirer. Par ailleurs. L'exécuteur testamentaire de Rogicr, apprenant que les Frères avaient besoin d'argent, consentit à verser le capital des deux cent soixante livres de rente qu'il devait servir annuellement à M. de la Salle; de ce chef, il y eut donc encore cinq mille deux cents livres-. Par les dons de charitables amis de L'Institut, la somme nécessaire fut bientôt réalisée.

Malgré L'activité qu'il déploya dans celle affaire, le serviteur de Dieu ne voulut point paraître. « Je ne puis pas vous donner de conseil là-dessus, écrit-il Le 17 janvier au frère Barthélémy3, et vous devez consulter dc> personnes plus éclairées que moy... Il ne convient pas que j'aye aucune part à toutes ces affaires, à cet égard moy n'étant rien, et vous comme supérieur en étant le

1 Lucard, Annules, p. 371, d'après les minutes de M' Saladon. — - Bi un, l. II. p. 158. ' Lettre*, série C, n° 66.

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